‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 88 sur 165 · CHAPITRE CCCXXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXXXIX

Comment le duc de Clarence aida à persdcater son frère le roi , el des bendes qui soardirent en Angleterre , entre les sei^ears et peuple commun.

Ne feroye-je long conte de cette matère, qui e$t toutte pleine de brouillis> et originelleuxent et eu fons conduite de vicieux personnages , et soubz une estrange reddition et sauvaige importance de temps non veu pareil. Le roy Loys de France se délitoit en la malice du conte de Warwyc , lequel toutefois il cognoissoit bien que point n'estoit bien sain de ventre et de nez , et si en avoit fait son frère d'armes ; et Warwyc savoit bien aussi les belles meurs et condicionsduroy, aussi aveuques tous ses tiltres; et pour ce s'accouplèrent-ils ensamble, et firent de deux natures^ anciennes ennemies eosamble l'une à l'autre, une soudure et conjonction déshonneste , pour faire encore malvaise^ euvre. Mesmes le duc de Clarence ^ frère au roy £douard> se porta contraire encontre son frère , pour avoir la couronne; et contre nature et contre honneur, l'aida à persécuter aveucques Warwyc; mes enfin.

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et De deuiora gairesque division ne sourdist entre Warvyc et ly, pour la préminence enauctorité, et parquoy le fait de Warvyc en devint moindre ; et sourdirent tant de bendes en ce temps-cy en Londres,, et par le royaulme et ailleurs, que tout y estoit tempeste et malédiction , qui jamès n'en puist evidier, doint Dieu! mais qu'il y eustpaix en France.

O digne, glorieuse France , sainte chrestienne maison , refulgent sur toute la terre ! et que diraijedetoi maintenant, et quelle narration ferai- je de ta fortune d'aujourd'hui, quant cely qui gouverne ton throne et occupe le lieu de ton ancienne splendeur, et en quoytu précèdes et survoles toute autrç nacion , ly , le plus digne du monde et le plus noble en temporel estât, et qui doit porter cuer d'aigle et nature de ly on , et ajouster sur ses nobles vieux pères de jadis aucun nouvel acquest de cler tiltre, s'est allé conforter, et associer soi, et évoquer à son frère d'armes, un Angles^ un bomme forfait encore , et sursommé de bas estât, et tout despareil emprès ly, ennemy de sa corone et de soD estât , et ami tant seulement à terme et à fiction, et à flatterie; et tout pour une honteuse malvaise fin envieuse , qui est de deffaire la maison de Bourgogne , qui par tout temps du monde toutefois a servi et reconforté la maison de France , dont elle est membre , sinon depuis les maudites divisions qui y sont venues, et là oii de France, originellement, est sourse l'envie contre elle de sa gloire et de sa force . *

2o4 CHUONIQUE (i4<59)

0 roy Loys , peu prises-tu de ta dignité , et ton glorieux estât, qui vaux à estre requis de l'empereur , et prié pour estre son frère d'armes , et tu requiers par flatterie et à fainte vicieuse fin un porc sengler , sauvage de nacion et extraction inhumaine, et là où il n'y a fors brutal orgueil, crudilité, viles meurs et nature, ramage sans foy, sans loy et sans quelque vertu ^ sinon de faire grief au monde! 0 roy Loys^ tu ne peux ignorer que tu ne feis aller au devant de ly les processions solennelles de Ruan, et tout Testât de ta maison comme au devant de l'empereur de Grèce. Se tu argues que tu le fis à fainte et à cautele , tu te juges toi-mesmes que tu es un homme faint et double , et que tu as tendu à déception ; et se tu demonstres que tu l'as fait à fin de fruit et de salut de ton royaulme, tu te monstres ignorant doncques en savoir faire et lessier à point, quand tu excèdes mesure des appertenances. Certes tels honneurs fais à tel homme sont dérisions à qui les rechoit, et à cely qui les fait tournent en confusion aussi^ et en tient l'en moins de bien ; si est pité, et je le récite à plainte et à regret , quant le noble royal sang de France d'autant se défigure et forligne que de condescendre à telles basses menuetez et ordures, et tout par envie l'ung sur l'autre en dedens eux-mesmes, et pour se deffaire et escaudeler^ par pieurs encore et plus malvais que eùx„ leurs propres anciens ennemis.

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