CHAPITRE CCCXLL
De rassemblement de gens d^armes que fîtt Bedre le roi , et comment fut dëceu par trop se fier en le frère de Warwyc.
Je reviens donc à ma matère du roj angles Edouard , qui véoit et savoit Warwjc estre en Londres , et l'avoir toute par Ij , par l'effort du commun peuple , mes au grief toutefois et annu j des notable bourgeois et marchans qui n'j porent résister, et qui eussent bien volu aultrement ; car Edouard estoit fort amé entre eulx , et les avoit doulcement traictiés, aveucques ce que la personne de ly estoit agréable et belle , autant qu'oncques de veue d'ommes j eust eu prince. Or estoit-il comme j'ai dict , au pajs de nort , là où il fist son assamblement; et prétendoit avoir grands gens puissamment , pour aller encontre de Warwyc , pour le combattre; et de faict, en avoil la promesse et l'attente , comme toute certaine de plu-
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sieurs grands seigneurs , et se fondoit et se eonfioit comme en ly-meismes. Or a voit-il emprès ]y
le conte ^. , frère au conle de Warwyc,
son cousin-germain , auquel ce roy Edouard icy , pa ramour qu'il avoit à ly singulière , ainsi qu'on aime l'ung plus que l'aultre , lui avoit fait mercy et pardon d'avoir commis contre ly , aveucques son frère Warwyc ^ en la dernière bataille aveucques le duc de Clarence, et là où cestui conte ^ frère à Warwyc, fustpriset détenu, et Warwyc et le duc de Clarence eschappèrent et allèrent en France devers le roy, comme il a esté dict 2.... Ce jeusne seigneur doncques , mespris ainsi envers son roy, et souverain seigneur, et qui ne véoit salut ne garant pour ly, fors de prier et faire prier mercy au roy de sa faulte et desléaulté , s'en mist en tout devoir, et lui promectant à tousjours mais avoir sa faulte devant ses yeulx , et plus encore sa royale mercy et miséricoïde, s'il la pooit obtenir d'aventure , lui voloit et désiroit faire serment que plus lui seroit ferme et léal désormais qu'oncques n'avoit esté malvais ne contraire , vivroitet morroit aveucques ly, tiendroit son parti et
1. Lacune. L'auteur veut parler sans doute du marquis de Montaigu, fière du comte de Warwick.
2. Je n'ai pas retrouvé la partie dans laquelle G. Chas • telaîn décrit tous ces faits. Il s'agit du soulèvement dans le comté d'York.
Chroniques. T. XLIII, — G. Chastellain. ///. l4
lia 'querelle contre son frère et contre tout homme y ne jamès, ne pour mort ne pour vie , ne le relin- <jueroit ne ne Tabandonneroit. Dont le roy, voyant et considérant le personnage à qui il avoit faveur naturelle, ensambleles beaux mots quÂprocédoient, ce sambloit, du fontenis du cuer, le print à mçrcy, et depuis y fonda tant son amour et sa confidence, <jue autant se tenoit asseur de ly et de sa preudommie comme de soy-meismes ; et n'osoit à peine penser que fraude lui peust entrer en cuer envers
O nature de vrai noble homme , et comme par toutes terres tu es à tost et à légier déceue^ et par trop estre noble et de noble entière foy , tu chiés à estre trompée et escharnie de ceulx qui te doivent faire ciel et trosne , glorifier par loenges et par grasces rendue^ , et en contraire te procurent et gardent mort et ruine ! 0 comme en a grant nombre et bien détestable , me doubte bien, ailleurs que icy , et qui ont rendu et rendent mal pour bien , hélas ! et amère doloreuse déception, pour léaulté trouvée ! Et dont se jamès Dieu ne devoit tenir jugement que pour tel cas, si est-il nécessaire <ît expédient que vengeance s'en fasse.
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