‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 63 sur 68 · ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DE LOUIS XIV

Or, écoutez mes chers amis Le très véritable récit :

L'histoire de notre monarque. Et vous jugerez si la Parque A bien ou mal fait de trancher La trame d'un prince si cher.

Son père, le roi des Français Tous les jours faisait des souhaits, Pour que la reine fût enceinte.

Il priait les saints et les saintes, Le cardinal priait aussi :

Il a mieux réussi !

Au bout de neuf mois vint au jour Un petit enfant de l'amour, Avec des dents longues et belles ; Lors, on consulta son étoile, Et, dès ce temps-là on prédit Qu'il mangerait grands et petits.

D'abord sur les mamans tétons

Se creva le maître glouton ;

En leur montrant ses dents cruelles

Il leur déchira les mamelles ;

Chacune d'elles le quitta

Puis une louve l'allaita.

Quand il commença de régner Il aurait dû se faire aimer, Pour démentir la prophétie ; Elle n'est que trop accomplie ; Car il n'a cessé de ronger Et nous a tous fait enrager.

Nous lui prêtâmes notre, argent En beaux louis, en écus blancs.

Croyant qu'il serait honnête homme ; Mais nous savons, à présent comme C'est être fou de se fier A gens qu'on ne peut coffrer.

Il nous vendit de ces billets Qu'il disait être bons effets ; Ils avaient cours dans le commerce, On en payait toutes ses dettes :

Mais à présent ce beau papier Ne peut servir qu'à s'essuyer.

Les uns le nomment Louis le Grand Et d'autres Louis le Tyran, Le banqueroutier et l'auguste, Et c'est raisonner assez juste ; Car n'eut d'autres raisons jamais, Que : Nous voulons, il Nous plaît.

Ce prince n'avait pas pourtant Le cœur dur comme un diamant, Car il aimait la demoiselle Lorsqu'il avait jeune cervelle, Puis, étant devenu barbon, Il prit la veuve de Scarron.

Son confesseur qui le savait, Pour pénitence lui donnait D'exterminer le janséniste Dont en poche il avait la liste.

Et chaque péché pardonnait Pour une lettre de cachet.

En deux mots voici le portrait De ce directeur si parfait, Cet homme qui passe sa vie De Jésus en la compagnie, Mais je crois, moi, qu'il le trahit Car il a l'air de Vantéchrist.

Oh ! la plaisante invention

Que cette constitution I

Elle était pleine d'indulgence.

Elle exemptait de pénitence.

Louis y avait tant de foi

Qu'à tous moments il la baisoit.

Ce prince ayant régné longtemps

Malgré nous, et malgré nos dents,

Fut attaqué de maladie

Qui menaçait beaucoup sa vie ;

11 regarda venir la mort

Tout comme fait un esprit fort.

Il composa dedans son lit

Le dernier tome des édits :

11 régla toute la finance

De ce pauvre peuple de France :

Tout les billets il décria ;

C'est ainsi qu'il s'acquitta.

On fit venir des médecins ; Mais, soit qu'ils n'y connussent rien.

Ou que par esprit de prudence Voulussent délivrer la France, Ils l'ont mis dans le monument, A notre grand contentement.

Aussitôt son trépassement

On l'ouvrit d'un grand ferrement;

On ne lui trouva point d'entrailles ;

Son cœur était pierre de tailles ;

Son esprit était très gâté

Et tout le reste gangrené.

• .vec la constitution,

on cœur fut mis dedans un plomb ut envoyé chez les Jésuites, •ar de beaux traits de politiques, ;e droit, il leur appartenait, Puisque personne n'en voulait.

Sitôt qu'il fut enseveli On le porta à Saint-Denis, Sans pompe et sans magnificence Afin d'épargner la dépense ; Car à son fils il n'a laissé Que de quoi se faire enterrer.

Or, prions le doux Jésus-Christ Qu'il envoie au-devant de lui Ses anges rangés en bataille ; Car on assure que le diable Le regardant comme son bien, Doit l'enlever en chemin.

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