MADAME DE MAINTENON VIEILLIT
nue la femme de Louis XIV, Mme de Maintenon a payé son extraordinaire fortune parla contrainte de sa vie, l'extrême fatigue, l'ennui conjugal, l'agitation autour d'elle de fantoches, de désœuvrés et d'énervés ; par des chagrins et des douleurs, et peut-être aussi par une souffrance inavouée, qui lui venait de sa destinée mal assise ; car, si rien ne prouve qu'elle ait voulu outrepasser sa chance en se faisant déclarer reine de France et de Navarre, elle a été gênée par la fausseté de sa condition de reine à côté, par l'incertitude de l'avenir et la crainte, le roi venant à manquer, de se trouver seule au monde. Tout compte' fait, et tout en jouissant de l'extraordinaire fortune, elle estima qu'elle la payait trop cher. Elle a pris en dégoût tout ce qu'elle voit autour d'elle. Elle parle de la cour du même ton amer que les moralistes et les prédicateurs : « Je vois des passions de toutes sortes, des trahisons, des bassesses, des ambitions démesurées; d'un côté des envies épouvantables, des gens qui ont la rage dans le cœur, qui ne cherchent qu'à se détruire les uns les autres ; enfin mille mauvais procédés; et cela, souvent, pour des bagatelles. » — Et dans quel monde était condamnée à vivre cette femme délicieuse et prudeJ? — « Les femmes de ce temps-ci me sont insupportables; leur habillement insensé et immodeste, leur tabac, leur vin, leur gourmandise, leur grossièreté, leur paresse, tout cela est si opposé à mon goût, et, ce me semble, à la raison, que je ne puis le souffrir. » — Toute une
confession, un jour, est soriie de ce Irisle cœur. — « Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait peine à imaginer, et qu'il n'y a que le secours de Dieu qui m'empêche d'y succomber? J'ai été jeune et jolie, j'ai goûté des plaisirs, j'ai été aimée partout ; dans un âge un peu plus avancé j'ai passé des années dans le commerce de l'esprit ; je suis venue à la faveur, et je vous proteste que tous ces états laissent un vide affreux, une inquiétude, une lassitude... » — Cf. Lavisse, Histoire de France, VIII, 435-436. Paris. Hachette,
DERiNIÈRES AMOURS DU ROI
Chantons les exploits inouïs De notre inA'incible Louis Qui septuagénaire,
Eh bien?
S'avise encore de faire, Vous m'entendez bien I
Les malheurs de son petit-fils, Nos pertes ni ses cheveux gris N'ont encor pu l'abattre.
Eh bien?
Il est vif comme quatre, Vous m'entendez bien',
Quoique devenu bisaïeul
Et près d'entrer dans le cercueil,