septembre
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tillerye contre les navires françoys, par manière de deffience. Le capitaine Ghapperon, qui ne demandoit pas myeulx, ne faillit pas a luy rendre son salut de mesmes et luy (ist ruer ung coup de canon, en disant : c Puysque entre vous avez commaincé le bruyt et corné la guerre, a nous en aurez ! > Puys dist au seigneur d'Âuton, qui près de luy estoit en sa barche : c Mon compaignon, a ceste heure, avons trouvé a qui parler, comme pouvez veoir : ce sont Flamans qui viennent a nous de droict fil pour nous assaillir. Mais ja ne nous sera reproché que deux Flamans, sans autres coups ferir, mectent en fuyte deux Françoys. Or sus, deffendons nous, car mestier en est. > Et, sans plus de parolles, les ungs et les autres approchèrent. La barche du seigneur d'Auton, plus viste voisliere que le navire de Ghapperon, se mist devant et adressa au navire Jaulain, qui alloit aussi devant son compaignon. Tant s'approchèrent que l'ung et Tautre s'entre abborderent pour eulx combatre. La commainça dure meslée ; car celuy Jaulain flamant avoit grant force et bonne artillerye et grosse roupie de gens armez et tous gens de guerre. Le seigneur d'Auton, de sa part, avoit en sa barche tant de moyenne et menue artillerie que de pié a pié en estoit garnye et embouchée, avecques cent souldartz, tous choisiz et hommes de main : dont y en avoit plusieurs jeunes gentishommes de ses parens et alyez et autres qui ne demandoyent que la picque. Que fut ce? a ceste première charge tellement se bâtirent que ceulx de la barche de première rancontre, a coups de main et d'artillerye, tuherent six hommes flamans, comptez ainsi qu'on les gectoit en mer. De ceulx du seigneur d'Auton furent plusieurs
blecez, et uog breton nommé Ghappy, maistre de sa barche, tuhé, lequel eut d'ung coup d'artillerye la teste emportée. Le seigneur d'Auton, armé de toutes pièces, la picque au poing, estant a l'assault avecques ses gens en combatant, eut, d'ung coup d'artillerye, emporté Tavant bras tout entier, sans eslre blecé autrement que foullé et endormy le bras. Ung jeune gentilhomme des siens, nommé Aulbert de Hassoignes, combattit la tant hardiement que, cuydant estre armé de son habillement de teste, tint le combat longuement desarmé ; ce que aucuns des Flamans adviserent, et luy ruèrent ung coup de picque au travers de la gorge : de quoy ne fist semblant, mais combatit sans vouloir desemparer sa place jusques a tant que Tautre navire flamant vint secourir le Jaulain; ce qu'il fist hastivement, voyant que besoing en avoit et qu'il estoit presque a l'oustrance. Le capitaine Ghapperon se hasla ausi pour se joindre a la barche et estre aux coups donner. Or, estoit celuy Jaulain tant tenu de près et si rudement assailly par ceulx de la barche qu'il estoit tout espouventé, et tant que, nonobstant son secours, comme arecreu et pavoreulx, se desaborda de la barche et se mist en fuyte, laissant la son compaignon en la meslée entre le capitaine Ghapperon et le seigneur d'Auton : lesqueulx le tindrent si de court que, après coups d'artillerye et de main, d'ung et d'autre costez donnez, se cramponnèrent, et eulx ainsi actachez se bâtirent longuement. Mais finablement le capitaine Ghapperon, qui estoit froys et délibéré, gaigna l'entrée et, avecques ses gens, se mist dedans par force. Et, combien que iceulx Flamens se deffendissenl a merveilles, si furent ilz oultrez par
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ledit Ghapperon, et quarente d'iceulx mys a l'espée. Le maistre dudit navire fut retenu prisonnier, et xxx de ses gens, avecques troys femmes, qui furent mys dedans ung navire portugalloys passant et envoyez par ledit Ghapperon a Lisbonne en Portugal. Ge faict, dedans celle nef prise, fut mys le seigneur d'Âuton, et sa barche baillée a Andrieu Gombault, son lieutenant ; et, pour gouverner ladite nef prise, fut mys dedans ung normend nommé Richard du Lyon. Vingt et cinq pacquetz de draps de noir et xv cendrées d'argent furent la dedans trouvez avecques largesse de metaulx et grant force annelletz de cuyvre, pour porter en Barbarye aux Mores, et grant nombre de bonnes pièces d'artillerye et prou vivres. Ausi fut trouvé ung grant coffre soubz les pacquetz, que le capitaine Ghapperon fist mectre en sa nef, pencent que quelque grant trésor y eust : lequel fist ouvrir, ou ne trouva que petilz couteaulx d'Allemaigne et tout plein de mirouers. De toutes pars fut cherchée celle nef prise et tout ce qui fut trouvé dedans mys au butin et departy entre les capitaines et autres qui la estoyent.
Puys entreprindrent et conclurent de passer les destroictz, et eulx en aller yverner a Morgues en Savoye* avecques leur prise. Ainsi chascun se retira en son navire, c'est assavoir : le capitaine Ghapperon dedans sa nef, le seigneur d'Auton dedans la nef prise, et Andrieu Gombault dedans la barche dudit seigneur d'Auton; lesquelles nefz furent, premier que partir, garnyes d'artillerye et de souldartz et d'autre equippage, scelon ce qu'ilz en avoyent. Et empruntèrent
\. Probablement Monaco.
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des gens de leurs mesmes vaisseaulx pour medre dedans la prise, qui en estoit desgarnye. Eulx estant prestz de partir, ung soir, sur l'eure de vespres basses, adviserent venir et approcher neuf grans navires, desqueulx estoit ung nommé La Juliane, leur admiralle, lesquelles ne voulurent actendre ne rancontrer ; et, pour eulx vouloir oster de leur roupte, se mirent avant en mer et a cartier, ou tirèrent toute celle nuyt, qui fut obscure a cause des brumes qui estoient grandes, tellement qu'ilz ne s'entrevirent plus. Et, comme ilz allassent en avant, ung nommé Bastien, contremaistre de la nef du capitaine Ghapperon, sur l'eure de la mynuyt, appella tout hault Richart du Lyon, maistre de la nef prise, dedans laquelle estoit le seigneur d'Auton ; lequel Bastien dist a celuy du Lyon qu'il suyvist une certaine roupte, comme pour aller après le navire de Ghapperon. Mais iceulx maistres des navires, qui avoyent entre eulx quelque butin de vaisselle d'argent a départir et s'entendoyent a ce moyen, ne demandoyent que voye pour eulx desrober et escarter leurs capitaines, ce qu'ilz firent ; car celuy du Lyon, faignant suyvre la roupte du navire de Ghapperon, retourna au rebours et prist le chemin devers la Rochelle, et ledit Bastien mena le capitaine Ghapperon tout droict vers les destroictz de Gibaltar. Le seigneur d'Auton, tirant par mer, celle nuyt, pensoit que sa nef suyvist celle de Ghapperon, et qu'ilz allassent vers les destroictz ; advint que, sur l'esclarcye du jour, sortit de sa chambre et regarda en mer, tout autour de luy, et au loings tant que sa veue peut adviser, et ne vist que sa nef et sa barche; de quoy fut esmerveillé, et lors appella Richart du Lyon, maistre
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de la Def, auquel dist : t Qu'est cecy a dire, maistre? ou nous avez vous amenez? Je croys que nous summes escartez, car je ne voy point la nef du capitaine Ghapperon, que je pensoye tousjours suyvre et accompaigner, ce qui me faict penser et dire que nous summes hors de sa roupie et esloignez de nostre voye. — Capitaine, dist le maistre, je ne say si nous allons droict ou non, mais je suys bien seur que nous suyvons droictement la roupte que Bastien, le contremaistre de la nef de Ghapperon, m'a dicte et enseignée. Par quoy ne me devez blasmer de ce, ne ancores vous soucyer de tant, car peut estre que ledit Ghapperon a voulu faire quelque cource segrecte ou descouvrir en mer et puys se rendre icy, mesmement pour ce qu'ik nous ont monstre ceste roupte. — Je ne say que pencer, dist le seigneur d'Auton, car le capitaine Ghapperon n'a point acoustumé de s'esloigner sans le me dire ou m'en advertir; par quoy je cuyde qu'il y ait autre chose. > Et, sur ce, fist retourner sa nef sur la coste de Portugal, vers le cap Sainct Vincent, et la se mist a chercher ledit Ghapperon et enquérir a ceulx qu'il trouvoit sur mer s'ilz en savoyent aucunes nouvelles, dont ne fut mencion ; car il avoit ja passez les destroictz et tiroit vers le royaume de Grenade ; par quoy n'en peut savoir autre chose ; mais, nonobstant ce, dist qu'il vouloit aller vers les destroictz et qu'il le trouveroit, ou jamais ne cesseroit de chercher. Et, voyant ledit Richart du Lyon, maistre de la nef, le seigneur d'Auton affectionné et tout délibéré de suyvre et retrouver ledit capitaine Ghapperon, luy dist : < Ou voulez vous aller, capitaine? Sachez qu'il est impossible a nous de faire long voyage en
mer oe retourner arrière vers les destroictz, car les vivres commaincent fort a diminuer, et de tant que, dedans vostre nef, n'y a plus que une pipe de buvrage, ce qui vous deffend tirer plus outre et vous monstre la voye du retour, et bientost. Pour ce, vous fault prendre port pour avitailler et faire equipper vostre nef, qui en a tel besoing que, sans cela, ne pouvez séjourner deux jours en mer que vous et voz gens n'aiez trop grant soif. > Pour savoir la vérité de ce, le seigneur d'Auton descendit en la soubste de sa nef, ou la dedans trouva vm pipes de bière escouUées que celuy du Lyon avoit lessées aller pour donner occasions de ne tirer plus oultre et de retourner. De quoy ledit seigneur d'Auton le souppeçonna et luy en cuyda faire question ; mais luy faillut pour l'eure dissimuler pour ce qu'il avoit affaire de luy au gouvernement de sa nef. Avecques ce destour survint le vent contraire, dont ne peurent tirer en avant ne suyvre le capitaine Chapperon, dont a ceste cause s'en retournèrent et furent aborder a ung lieu nommé Vergerou, a la gueulle de Charente, près Soubize, espérant la avitailler leur vaisseaulx et radouber pour vouloir de rechief aller chercher et suyvre le capitaine Chapperon.
Tantost après qu'ilz eurent mys ancres a fons, le seigneur d'Auton voulut prendre terre et laissa dedans sa nef prise Richart du Lyon, le maistre, et quelques autres soubz luy pour la garder ; en laquelle demeura la pluspart du butin, mesmement toilles de Hollende, draps, tappisserye et metaulx a grant nombre. Aussi laissa la Andrieu Gombault pour garder sa barche et faire provision de victualles; et, ce faict, s'en alla a son hostel d'Auton, une journée près de la, pour illec-
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ques se vouloir refreschir et veoir sa femme. GepandaDt advint que ladite oef prise fut, tout soubdainement et sans savoir conmient, toute abbrazé et mise en flamme, en manière que le maistre et ceulx qui estoyent dedans a peine se peurent sauver, laquelle ne peut estre secourue ne estainct le feu de dedans, que sans remède elle ne bruslast jusques a la soubste et tout ce qui estoit dedans. Et ainsi le pauvre gentilhomme, seigneur d'Auton, perdit en ung moment ce que, a dur travail, longue peine et perilleulx danger, avoit sur la mer gaigné, et ne peut oncques au vray savoir qui avoit esté le boute feu, si n'est que troys Flamans, prisonniers la dedans, se desroberent la nuyt de devant, ou par avanture composèrent avecques le maistre de la nef, qui ja paravant avoit faict une fausse poincte ; or vint a tant que iceulx Flamans sortirent de la nef et prindrent ung esquif ou se misrent ; puys tirèrent oultre, et, en passant, dirent a quelque paisanl, qu'ilz trouvèrent la près sur la coste de la mer, que avant deux jours entiers ladite nef seroit bruslée ; ce qu'elle fut par quelque traynée, comme est a pencer, ou esmorche qu'ilz avoyent faicte. Et, tout en l'cure que le feu fut dedans ladite nef, celuy Richart du Lyon, maistre en icelle, sans prendre congé de son capitaine, s'en alla d'emblée et s'enfuyt, qui oncques puys ne fut veu en ce lieu.
Les marchans et cursoires de mer, qui par cy devant avoyent rencontrez en mer le capitaine Chapperon et son compaignon, en avoyent, en leurs pays et autres lieulx ou depuys avoyent estez, faict si estrange report et tant espouventables nouvelles dictes que nul, pour doubte d'iceulx, osoit, sans bonne garde
OU grande oompaignye, naviguer ou approcher les passages et destroictz de la mer d'Oddant, ce qui moult ennuyoit les marchans et empesdioit leurs voîctures, et portoit grant dommage aux portz de mer de leurs marches. Dont a ceste cause plusieurs, mesmement de ceulx qui avoyent, comme j^ay dit, estez assailliz et chacez, et de ceulx qui de la nef et des urques de Flandres prises estoyent eschappez, en firent grandes plainctes vers le Roy, voire et de telz qui par avanture avoyent par autres estez destroussez; car toutes les courses et pilleryes faictes en mer, durant le temps que le capitaine Ghapperon et le seigneur d'Auton, son compaignon, furent sur mer, leur furent toutes mises sus, et, de ce, furent envers le Roy accusez; de quoy fut si très mal contant qu'il dist que, s'il les pouvoit tenir, qu'il en feroit telle justice que ce seroit a l'exemple de tous autres, pencant qu'ilz n'eussent adveu, et ausi disant que, sans son congé, ne devoyent entrer en mer a main armée. Advint que, par aucuns marchans, fut adverty que le seigneur d'Auton avoit abbordez ses navires vers SoubizeS près la Rochelle, et pris terre, dont envoya xxim de ses archiers de la garde jusques a Auton, en sa maison, pour le cuyder la trouver et faire prendre. Mais luy, adverty de ce par aucuns de ses amys, vuyda la place et s'en alla autre part, tenant chemins escartez et voyes segretes, estant tousjours en habit dissimulé, sans tenir séjour en logys plus haull d'une nuyt, doublant a merveilles tumber entre les mains du Roy, qui de jour en autre avoit de luy et du capitaine Ghapperon plainctes nouvelles.
i . Sur la Charente, près Rochefort.
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Ainsi s'en alloit de lieu en autre tout couvertement, tousjours au prochas de savoir nouvelles de son compaignon Ghapperon, lequel avoit ja passez les destroictz de Gibaltar pour aller au royaume de Grenade» ou, a l'aprocher d'une ville, nommée Ârmairie^, de celuy royaume, celuy Ghapperon et ses gens apperçeurent sur les ondes de la mer, au derrière de la poupe de leur nef, une teste blonde qui les suy vit par sur les ondes, le visage descouvert, plus de troys lieues de mer; de quoy se merveillerent moult et ne sceurent bonnement que pencer de ceste chose, si n'est que le capitaine Ghapperon, voyant celle teste blonde sur l'eau, qui le suyvoit, pença que ce fust la teste de son compaignon, lequel avoit les cheveulx blondz, cuydant qu'il se fust mys a cartier hors la roupte, et que quelques navires plus fors l'eussent rancontré et deffaict; toutesfoys, a la parfin, ne sceut que cela devint, dont s'en alla de tire abborder au port d'Armairye, ou fut la recueilly par ceulx de la ville honnorablement et bien receu; la prist refreschissement et séjourna l'espace de xv jours, bien soubcyeulx de son compaignon, qu'il ne veoit ne n'en savoit nouvelles, dont estoit a malaise, pencent qu'il eust eu quelque fortune de mer qui l'eust esloigné et mys hors de roupte ; si s'en revint d'Armerye et tira a Aiguë Mortes, ou séjourna le temps de troys sepmaines, actendant s'il auroit nouvelles du seigneur d'Auton; et, voyant que la n'en pouvoit autre chose savoir, ne sceut que pencer de luy, si n'est qu'il fut perillé ou pris en mer ; et, sur ce, s'en alla d'Aiguës Mortes aux isles de Mar-
i. Âlmeria.
ceille, actendant la tousjours quelques nouvelles ; et luy, estant la, sachant que le Roy avoit eu plainctes de luy et de son compaignon, n*ousoit prendre terre ; si dist que, s'il pouvoit avoir sauf conduyt pour luy et pour ses gens de la court de parlement d'Âiz, que il se mectroit a terre pour prendre refreschissement. Par quoy envoya ung des siens devers ung des seigneurs de parlement, seigneur du Luz, pour savoir s'il pourroit avoir son sauf conduyt. Lequel seigneur du Luz luy manda qu'il l'auroit tel qu'il vouidroit, et prist charge de le luy faire despescher et signer de ladite court, ce qu'il fist, et l'envoya audit Ghapperon ; lequel, avecques son sauf conduyt, descendit et prist terre a Marcelle, puys voulut aller a Nyce pour quelque affaire qu'il eut la, et, par ce qu'il n'avoit nulz chevaulx, pria le seigneur du Luz luy en bailler, c Bien, dist le seigneur du Luz, je vous en bailleray ce que vous en aurez besoing, et ung myen serviteur pour vous conduyre. > Et, sur ce, luy bailla chevaulx et homme pour le mener ; mais, saichant le chemin que ledit Ghapperon tiendroit, manda de nuyt aux seigneurs du parlement d'Aiz, par unes lectres, que le lendemain au matin le lièvre partoit du giste, et qu'il tiroit vers Nyce : c Pour ce, tendez la voz raiz au passage, et la ne le fauldrez. > Et, sur ce, lesdits seigneurs de parlement d'Aiz, combien qu'il eussent donné sauf conduyt audit Ghapperon, misrent grant nombre de gens armez sur le chemin. Et, sans ce que ledit Ghapperon se doubtast de ce, a l'eure qu'il fut au logis pour cuyder repaistre, se misrent dedans sondit logis, et la, au despourveu, le trouvèrent et prindrent et le menèrent a Aiz prisonnier, ou demeura,