‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 49 sur 183 · Graz, capitale de la Styrie · texte numérisé non relu

Graz, capitale de la Styrie

Août 1506] GOMMANT LE ROY ENVOYA, ETC. 55

n'aHassent par devers luy et qu'ilz n'eussent veue et GognoissaDoe de Tarmée, qu'il avoit tant pouvre et désordonnée que a iceulx Françoys ne Teust voulu monstrer pour chose du monde ; car ses gens estoyent a peu de nombre et nudz comme Ârabbes. Mais, pendant ce qu'il desloignoit lesditz ambassadeurs, il trecta d'appoinctement avecques les Hongres, qui plus puissans de beaucoup estoyent que luy ; car, estans lesditz ambassadeurs a Lins, iceulx Hongres, jucques a une lieue près du camp du Roy des Rommains, bruUerent trente et cinq villaiges de ses pays, sans ce qu'il leur donnast ung seul allarme; ains trecta d'appoinctement, et après avecques ses gens s'en alla a une ville nommée Vyenne en Autrisse, et de la, pour conclure dudit appoinctement, envoya devers les Hongres ung chevallier des siens, bien fort son recomandé, lequel s'en alla droict au camp d'iceulx Hongres, a une lieue près du lieu ou le Roy des Rommains avoit tenu son camp. Et, lorsque ledit chevallier approcha, cuydant faire son ambassade, la commune gent du camp des Hongres se meut, et, sans avoir esgart a la seurté que doyvent avoir ambassades, coururent sus audit chevalier, disant : c Nous ne voulons appoinctement ne paix au Roy des Rommains, qui sans juste querelle vient assaillir noz pays et nous faire la guerre ; » et, ce disant, sans vouloir oïr ledit chevallier, le tuèrent sur le camp.

Dedans Vienne estoient lors les ambassades des Hongres devers le Roy des Rommains, qui tantost sceut la mort de son chevalier que les Hongres avoient occys; de quoy fut moult courroucé, mais dissimulla pour l'eure. Toutesfoys le peuple de Vienne se meut

56 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Août 1506

ausi, voulant tuer les ambassades des Hongres et leur faire jeu party ; ce que ne voulut le Roy des Rommains pour Tonnesteté garder et Tenvye qu'il avoit d'avoir paix avecques eulx ; par quoy rapaisa tout et la conclut son appoinctement tel que les Hongres luy baillèrent deux mille beufz et troys mille aulnes de drap pour nourir et vestir ses gens, qui bon besoing en avoyent, lesqueulx il disoit vouloir mener avecques luy a Romme pour se faire la couronner empereur. Ainsi fut conclut le trecté d'entre luy et les Hongres. Par quoy, fist partir ce qu'il avoit de gens d'armes en son armée et les fist marcher le chemin de Romme jusques au bout de ses pays, et arrester en une ville nomée Vilhac^ prochaine ville de la terre de Sainct Marc, et luy demeura dedans les montaigncs d'Autrice, a la chace des cerfz et des chamoys, ou print ung grant cerf a merveilles, et plus grant que autre communément, car il avoit cinq piedz de haulteur, duquel il fist mectre la grandeur en toille, qu'il donna pour la nouvellecté a messire Françoys de Rochechouart, ambassadeur pour le Roy, et depuys luy envoya les cornes jusques a Grenoble, lesquelles estoyent si grandes et massy ves qu'elles pesoyent quarente et deux livres, et icelles donna pour estrangc présent au cardinal d'Amboise^.

Or estoyent lesdiz ambassadeurs audit lieu de Graiz, ausqueulx il ennuyoit moult de ce qu'ilz n'avoyent nouvelles du Roy des Rommains, dont messire Françoys de Rochechouart, grant ambassadeur pour le Roy,

Page 1