‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 75 sur 183 · mars · texte numérisé non relu

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424 CHRONIQUES DE LOUIS XH. [Mars 4507

quatre mille hommes gennevoys et pizans, aprocha la muraille a tout grant nombre d'eschelles. Et, a l'approcher, Tartillerie des deux costez commainça a tonner comme tempeste. Des montaignes et de la mer tiroyent les Gennevoys sur ceulx de la place, dont plusieurs en affollerent^. Mais, pour ce, nul desemparoit pour doubte de mort. Et tant fut que main a main se combatirent, les ungs a la brèche, les autres sur les eschelles, tant mortellement qu'on ne veoyoit que gens ruer par terre. Ceulx du dedans, a grans coups de picques, repossoyent ceulx qui les approchoyent. Les Gennevoys s'efforçoyent a relays de gaigner la place, et la estoit Paule de Nove, qui fist ses effors, et très hardyment le fist. Car tousjours, combien qu'il fust vieil et encyen, si estoit il des premiers qui emcourageoit moult les autres, et tant que ung pizan, du party des Gennevoys, monta, l'enseigne au poing, par une eschelle, jucques sur le bort de la muraille, laquelle n'estoit du tout mise a bas, et mist ung pied dessus, voulant entrer, et cryant : Populo!^ Populo f La eut merveilleuse foulle, car les Gennevoys de toutes pars eschellerent la muraille et assaillirent la brèche, a quoy résistèrent le Monigoys de telle force que des Gennevoys plusieurs furent renversez. Celuy qui portoit leur enseigne s'efforçoit d'entrer et donnoit sur le costé, ou ung nommé Anthony Bence, monigoys, tenoit sa poste, lequel se deffendit a

1. Les boulets tombaient surtout sur la place et faisaient peu de mal. Tous les matelas de Monaco avaient été requis et servaient de boucliers aux assiégés (Relation),

2. Le texte porte : « Poiiplo, populo; » — « Popolo a me, » d'après la BeJation,

Mars 1507] D'UNO ÀS8ÀULT QUE LES 6ENNBV0YS, ETC. 125

force immodérée, et luy, voyant l'enseigne des Gennevoys ung pié sur la muraille, adressa la si a point que d'ung coup de picque qu'il rua de toute sa force le remversa du hault en bas, lequel fut a la choite tout acravanté. L'enseigne ainsi par terre, ceulx de Monigue se ravigourerent et s'efforcèrent de nouveau, en gectant huysle bouillant et souffre ardant^, a tout lances de feu sur ceulx qui assailloyent la place, tellement que Gennevoys furent repossez et abandonerent la muraille toute enrougye de leur sang. Dont fut cessé Tassault, qui plus de cinq eures avoit duré. Leurs eschelles demeurèrent la, qui servirent de bere pour emporter les mors, dont il y en avoit de troys a quatre cens. Et ne moururent de ceulx de la place que troys seullement, mais grant nombre y eut de blecez. Durant l'assault, les Gennevoys, voulant amuser partye des soddartz de la place, affîn que tant de gens ne fussent a la deffence de la grande brèche, prindrent barches couvertes, brigandins et autres bateaux, jucques au nombre de xx, et dedans misrent quatre cens hommes de guerre, lesquelz abordèrent leurs bateaux a l'entrée du port, vers une tour nommée l'Esperon, et la avecques leurs eschelles descendirent et prindrent terre, comme pour vouloir assaillir ladite place de celuy costé. Dont ceulx qui estoyent aux deffences de celle part, voyant iceulx Gennevoys descendus, tout soubdainement donnèrent coups d'artillerye contre leurs barches et brigandins, si qu'ilz les percèrent, en manière que l'eau entra dedans, tant qu'ilz allèrent a fons, et ainsi demeurèrent ceulx qui estoyent descen-

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