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on s'était bien chamaillé, bien disputé au café Chéron, Theure où Ton devait jouer la pièce nouvelle venant à sonner, on riait et Ton ne se quittait pas sans s'être pressé la main.
Le restaurant de la Mère-Camus était le rendez*vous des jeunes commis-marchands, des bons boutiquiers, les employés surtout y affluaient ; j'en ai connu plusieurs, pour ma part, qui, pendant dix ans, n'ont jamais manqué d'y venir un jour et à la même heure, et de se mettre à la même table ; leur place y était marquée, nul n'aurait osé déranger leur couvert; je crois même que, s'il est arrivé qu'une fois l'un d'eux ait manqué de venir dîner, la place a dû demeurer vide... et Ton remarquait l'absent, comme les aiglts de César, précisément quand il n'y était point. Beaucoup de littérateurs et de journalistes, pour se reposer de temps en temps de la cuisine succulente de Baleine ou de Vécy, venaient y dîner modestement. La carte y était abondante, variée, l'hôtesse prévenante, gracieuse, le
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xnâître franc et rond, chaud partisan du vaudeville et des vaudevillistes, abonné à V Epicurien français^ invité aux Soupers de Momusi sachant par cœur les • chansons d'Armand Gouffé et de Casimir Mé-* nestrier, ayant soin de faire sonner bien haut les noms qu'il affectionnait ou ceux qui flattaient le plus son amour-^propre, criant avec une sorte dîorgueil, au milieu des salons : « Potage pour M. Désaugiers ! . . . mouton pour M . Antignac L . . anguille pour M. Barré t. .k, compote pour M. de.Piis! »
A. l'exception, de ces deux spécialités, k passage- Feydeau avait la. même physionomie que beaucoup d'autres : deux bou« tiques de libraires, Marchand et . Dentu^ des marchands d'estampes, un débit- de tabaC; un mercier, des modistes,, un magasin de briquets phosphoriques, une bouquetière^ madame Bernard, ua marf chand de marrons jde Lyon, enfin un estaminet au premier qui occupait presque toute la longueur du passaget
C'est eQCQf^ à une querelle entre déxix
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directeurs que nous devons l'existence du théâtre de la Bourse. J'ai dit dans ma chronique du Vaudeville que Désaugiers étant rentré directeur à la rue de Chartres par une volonté royale, le ministre de l'intérieur M. Corbière, pour dédommager M. Bérard, lui signa le privilège d'un nouveau spectacle, avec la facilité de bâtir là où il voudrait.
Monsieur Langlois, riche capitaliste, qui possédait une partie des bâtiments qui composaientle passage Feydeau, entra dans la spéculation. Une société en commandite se constitua, des actions furent créées, et au bout d'un an, là où avait existé pendant un demi-siècle un des plus vilains passages de Paris, on vit s* élever une jolie salle de spectacle, flanquée à droite et à gauche de fort belles maisons avec des boutiques élégantes...
La salle et ses dépendances ont coûté trois millions quatre cent soixante-sept mille francs. Le tout a été revendu, en i833, onze cent mille francs.
Ce fut M. Langlois qui donna les ter-
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rains et fît les premiers fonds... Le théâtre prit le nom de Théâtre des ^nouveautés, titre qui fit rire, attendu que dans les premiers temps, on y rejoua beaucoup d'anciens ouvrages. L'ouverture de la nouvelle salle eut lieu, le premier mars 1827, par Quinine et vingt ans, ou les FemmeSj vaudeville en deux actes, et le Coureur âe veuves, pièce en trois actes, imitée de l'espagnol. La troupe de M. Bérard, formée à la hâte, laissa beaucoup à désirer sous le rapport de l'ensemble, bien que Ton y comptât quelques artistes estimables, Joly, Cossard, Derval, Armand, Rogy, Préval, Albert, Casaneuve et Jausserand, qui avait eu jadis de la réputation comme chanteur è l'Opéra- Comique. Les actrices, mesdames Génot, Clorinde, Beaupré, Florval *, AnaYs, Miller, Adèle, Prévost, une fort jolie personne du nom de Balthazar, enfin une dame Fradelle, qui s'était fait distin-
* Elle vient de mourir.
guer en province, et dont la place devrait être à Paris. Une actrice venue des départements, madame Albert, montra dès lors les germes d'un talent qui s'est bientôt développé avec une rare énergie.
En 1826, on sait que les terrains étaieat encore d'un prix exorbitant, on fut donc obligé de faire de grands sacrifices pour renvoyer des locataires dont les baux ne devaient finir qu'à des époques plus ou moins reculées; la résiliation des baux. coûta trois cent mille francs, un seul locataire, M. le baron Trouvé, toucha pour se déplacer cent soixante «quinze mille francs *. On fut six mois à bâtir la salle. M. Bérard, malgré son intelligence et son activité soutenue, rencontrant de grands obstacles, ne tarda pas à se fatiguer d'une entreprise qui lui avait coûté tant de peines à fonder, et, au bout d'un an, il se retira avec une pension annuelle qu'il devait toucher jusqu'en 1840, terme
Je tiens ces détails de M, Langlois.
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fixé pour l'expiration de son privilège.
Alors, M. Langlois, celui qui avait mis le plus de fonds dans cette spéculation, fiit chargé de la direction des Nouveautés.
M. langlois, sentant la nécessité de s'adjoindre un homme qui connût toutes les ressoyrces, tous les besoins d'une adm!* nistration théâtrale, surtout la mise en scène, appela M. Crosnier, homme actif et intelligent. Le théâtre des Nouveautés était un malade qui avait besoin d'une forte secousse pour sortir de l'état d'apathie dans lequel il était plongé depuis son ouverture.
Potier, l'acteur encore à la mode, Potier voyageait alors ; on résolut de l'avoir à tout prix, on envoya des courriers extraordinaires sur les traces du Père^ Sournois^ avec ordre de l'appréhender, au corps, de lui courir sus partout où on pourrait le découvrir, de ne pas marchander avec lui. Potier revint au théâtre de la Bourse et y fit sensation : cela devait être. Dans la Maison du Rempart^ pièce fort amusante, de M. Mélesville, il pa-
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rut original; dans Henri IV en famille^ il montra un tact admirable. Potier sous les traits de Tamant de Gabrielle, du vainqueur d'Ivry... c'était chose hardie, surtout venant de jouer Werther. Mais, je Tai dit, je n'ai pas connu d'acteur dont le talent fût plus souple, plus varié, que celui de Potier. Une création de lui qui restera au théâtre comme modèle, c'est Antoine^ ou les Trois générations. Potier a prouvé dans ce drame-vaudeville tout ce qu'un grand comédien pouvait faire ; dans le premier acte, c'était Dazincourt avec sa gaieté goguenarde ; dans le second, Trial avec sa bonhomie ; dans le troisième, Monvel avec sa voix cassée, faible, chevrotante, mais avec sa sensibilité exquise.
A côté de Potier, qui chantait très mal, chantait Philippe -/ovia/, Philippe le rieur, le couplet incarné. C'est au refus d'un rôle qu'il a dû de jouer son second Jovial. MM. Scribe et Dupin, ayant donné un vaudeville à spectacle, les Voyages du petit Jonas^ et Philippe, refusant son
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rôle, fut condamné à payer à M. Langlois la somme de 1 00,000 francs. Le boute» en-train, écroué à Sainte-Pélagie, n'y de • meura que vingt-quatre heures, et déjà M. Théaulon * avait improvisé Jovial en prison, pour faire suite à Jovial^ ou VHuiS' sier chansonnier. Lafont, dans le rôle de Jean qu'il créa aux Nouveautés, se montra très comique en rappelant Clozel dans Philibert le mauvais sujet. Bouffé» dans le Futur de la Grand^Maman^ le Marchand de la rue Saint^DeniSy Caleb et le Couvreur y semblait dire : Attendez ! attendez!... Virginie Déjazet avait quitté le théâtre de Madame pour venir en aide à ce^ui des Nouveautés, qui avait Fair
* M. Théaulon est le vaudevilliste le plus inventif et le plus producteur entre tous ses confrères. Indépendamment des pièces qu'il a composées en société, il est auteur, seul, d'une foule de jolis ouvrages. La Mère au bal et la Fille à la maison^ le Petit Chaperon-Rouge, le Chiffonnier et la comédie de l'Artiste ambitieux suffiraient à la réputation d^un auteur* •