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CHAPITRE CVIII

Comment Henri de Lancastre, roi d’Angleterre, qui avoit été très vaillant chevalier, trépassa en cet an, et de l’alliance d’entre lui et les princes de France.

Environ la fin de cet an, Henri de Lancastre, roi d’Angleterre , qui en son temps avoit été très vaillant chevalier, aigre et subtil contre ses ennemis , et lequel , comme en autres histoires est plus à plein déclaré i, pour venir à l’honneur et possession de la couronne du dit royaume d’Angleterre, avoit jadis, parcer-

• Voyez le .î' volume de Froissard.

tains moyens assez étranges et peu honorables, déboulé d’icelui royaume son propre cousingermain, Richard, roi d’Angleterre, après ce qu’il en avoit joui et possédé paisiblement l’espace de vingt-deux ans, moult aggravé et piteusement oppressé de la maladie de lèpre , termina sa vie S et fut mis en sépulture royalement et honorablement en l’église de Wastemoulier emprès ses prédécesseurs. Lequel roi délaissa quatre fds ; c’est à savoir le premier nommé Henri , qui étoit prince de Galles, et succéda au dit royaume; le second éloit nommé Thomas , duc de Clarence ; le tiers , Jean, duc de Bedfort ; te quart, Honfroi, duc de Gloceslre; et avoit une fille qui fut mariée au rouge duc de Bavière. Lesquels quatre frères dessus dits étoienl tous beaux personnages, bien adressés en plusieurs sciences ; et eurent chacun d’eux depuis assez grand gouvernement , dont il sera fait aucune mention ciaprès. Toutefois il faut parler aucunement d’aucunes paroles qu’icelui roi défunt dit à son fils aîné , à son derrain jour.

Vérité est que lui étant par plusieurs jours si étreint de maladie que plus ne pouvoit , ceux qui de lui avoient la garde, un certain jour, voyants que de son corps n’issoit plus d’haleine , cuidanls pour vrai qu’il fût transi , lui avoient couvert le visage. Or est ainsi que, comme il est accoutumé de faire au pays , on avoit mis sa couronne royale sur une couche assez près de lui, laquelle devoit prendre présentement après son trépas son dessus dit premier fils et successeur; lequel fut de ce faire assez prêt ; et prit la dite couronne , et l’emporta sans le donner à entendre des dites gardes. Or, advint qu’assez tôt après le roi jeta un soupir ; si fut découvert , et retourna en assez bonne mémoire, et tant qu’il regarda où avoit été sa couronne mise; et quand il ne la vit, demanda où elle étoit; et ses gardes lui répondirent : « Sire , monseigneur le prince » votre fils l’a emportée ». El il dit qu’on le fit venir devers lui ; et il y vint 2. Et adonc le

' Henri étoit sujet à des attaques d’apoplexie depuis son retour d’Écesse. Hardjng, dans sa Chronique métrique anglaise, dit aussi qu’il mourut d’une afl'ection lépreuse.

* Ce même fait est raconté par Watsingham et les «litres historiens anglais.

roi lui demanda pourquoi il avoit emporté sa couronne, et le prince lui dit : « Monseigneur , » voici en présence ceux qui m’avoient donné à » entendre et affirmé qu’étiez trépassé ; et pour » ce que suis votre fils aîné , et qu’à moi ap- » partiendra votre couronne et royaume, après » que serez allé de vie à trépas, l’avois prise. » Et adonc le roi, en soupirant, lui dit : » Beau » fils , comment y auriez-vous droit , car je >• n’en eus oneques point, et ce savez-vous » bien. » — « Monseigneur, répondit le prince, » ainsi que vous l’avez tenue et gardée à l’épée, » c’est mon intention de la garder et défendre » toute ma vie. » Et adonc dit le roi : « Or, » en faites comme bon vous semblera ; je m’en » rapporte à Dieu du surplus, auquel je prie » qu’il ait merci de moi. » Et bref après, sans autre chose dire, alla de vie à trépas.

Et après qu’il fut mis en terre, comme dit est dessus, le dit prince de Galles fut couronné très honorablement par tous les princes et prélats du royaume d’Angleterre ; et ne fut homme, de quelque état qu’il fût , qui s’apparût pour lui contredire.

Et tantôt après, le duc de Clarence et les autres Anglois qui étoient encore en la duché d’Aquitaine , quand ils ouïrent les nouvelles de la mort de leur roi , retournèrent au plus bref que faire purent au royaume d’Angleterre ; et jà soit ce qu’il y eût trêves entre les deux royaumes, nonobstant ce, après sa mort, les dits Anglois des frontières de Calais commencèrent à courir et à travailler très fort le pays de Boulenois ; et tant qu’il fallut que le connétable renforçât ses garnisons d’Ardres , Gravelines cl autres lieux tenants le parti des François.

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