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CHAPITRE CCIII

Comment Henri, roi d’Angleterre, avec plusieurs Irlandois, assiégea la ville de Rouen, où se firent maintes escarmouches.

En ces propres jours, Henri , roi d’Angleterre , avecque toute sa puissance et gens de guerre, et grand’ multitude d’engins et artilleries , assiégea la très puissante et noble ville

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de Rouen, au mois de juin , devant qu’iceux assiégés pussent être pourvus de nouveaux grains. Kl vint son avant-garde , à minuit, devant la dite ville, afin que ceux de dedans ne fissent envahie sur eux. Et se logea le dit roi à la maison des chartreux ; et le duc de Gloces- Ire fut logé à la porte Sainl-Ililaire , et le duc de Clarence à la porte de Caux ; le comte de Warwick û la porte de IMartinvillc , et le duc d’Exestre et le comte Dorsel é la porte de Beauvais ; et devant la porte du chàlel le comte Maréchal et le seigneur de Cornouaille , et à la porte de devers Normandie furent mis le comte de Haulidon,de Salbery, de Kime, et le seigneur de Neuville, fils du comte Nosambellan ; et devant Sainte-Catherine, sur le mont , furent mis aucuns autres barons d’Angleterre.

Toutefois, devant que les dits assiégeants pussent être fortifiés en leurs logis, furent par plusieurs fois envahis dos dits assiégés; et y eut de grosses escarmouches , tant d’un côté comme d’autre. IMais les dits Anglois, au plus tôt qu’ils purent, firent grands fossés entre la ville et leurs logis , sur lesquels fossés firent fortes haies d’épines : pour quoi des dits assiégés ne pouvoienl être surpris ni travaillés, sinon par canons ou par traits. Et après firent en l’eau de Seine, à un côté et ù l’autre, au jet d’un canon ou environ près de la ville , tendre des chaînes de fer : c’est à savoir , l’une éloil pied et demi dedans l’eau, la seconde en l’égalité de l’eau, et la tierce étoit deux pieds dessus : et ce firent, afin que par bateaux ne pussent avoir les dits assiégés secours , et aussi qu’ils ne pussent vider par le cours de l’eau. Et avecque ce firent les dits Anglois , en plusieurs et divers lieux, moult de fossés parfonds en terre , pour aller de logis en autres sans pouvoir être atteints de traits, canons et autres habillements de guerre des dits assiégés.

Ceux qui étoienl dedans Sainte-Catherine, au bout du bois , rendirent le fort au dit roi d’Angleterre, par faute de vivres, et s’en allèrent , tant seulement sauves leurs vies, sans emporter nuis de leurs biens.

Et avoit avecque lui le dit roi anglois en sa compagnie bien huit mille Irlandois, dont la plus grand’ partie alloient de pied, un de leurs pieds chaussé et l’autre nu, sans avoir braies , I et pauvrement habillés, ayant chacun une tar- |

gelle et petits Javelots, avecque gros couteaux d’étrange façon. Et ceux qui alloient sur chevaux n’avoienl nulles selles, et chevauchoienl très habilement sur bons petits chevaux de montagne ; et étoient sur penneaux , assez de pareille façon que portoient les blaliers du pays de France. Toutefois ils étoient de pauvre et petite défense au regard des Anglois, et avecque ce n’avoient point habillements dont ils pussent grandement grever les François, quand d’iceux ils étoient rencontrés. Lesquels Irlandois, souvent durant le dit siège, avecque les Anglois, couroient le pays de Normandie et faisoient maux infinis et inestimables, ramenant à leur osl grands proies. El mêmement les dits Irlandois de pied prenoient petits enfants en berceau, lits et autres bagues, atout lesquels montoienl sur vaches, portant les dits petits enfants et bagues devant eux sur les dites vaches; et furent par plusieurs fois trouvés des François en tel étal. Pour lesquelles courses, tant des dits Anglois, Irlandois, Bourguignons et Dauphinois, le pays de Normandie fut moult oppressé et le pauvre peuple détruit.

En outre, le dit roi d’Angleterre, étant en son siège devant Rouen , fil devant les portes et murailles de la dite ville jeter plusieurs grosses bombardes et d’autres engins pour icelle confondre et abattre. Et pareillement les dits assiégés, par toutes les voies et manières qu’ils pouvoient aviser, grevoient leurs ennemis, c’est à savoir de bombardes , canons, engins volants, arbalètes et autres instruments de guerre, faisant aussi plusieurs saillies, lesquelles seroienl trop longues à raconter chacune à part soi. Mais pour vrai iceux assiégés se gouvernèrent très vaillamment.

Durant lequel siège, Laghen, bôlard d’Arly, étoit l’un des capitaines de tous ceux de dedans en qui ceux de la communauté avoienl la plus grand’ fiance , et avoit la charge et garde de la porte de Caux. Devant laquelle vint un certain jour un chevalier anglois nommé messire .lean Le Blanc, capitaine de llarlleur, sous le comte Dorset , qui requit au dit Laghen à rompre trois lances contre lui , lequel lui accorda. El preslemment, après qu’il fut armé, saillit dehors atout environ trente compagnons de pied; et là devant la barrière coururent

de grand’ volonfé l’un contre l’autre. Mais ainsi advint que du premier coup le chevalier anglois fut traversé parmi le corps et rué jus de son cheval; et avec ce fut traîné par force dedans la ville, où il mourut tantôt ; et eut icclui Laghen quatre cents nobles pour rendre le corps ; et avec ce , fut généralement de tous ceux qui éloient dedans icelle ville moult honoré et exaucé pour la vaillance qui lui étoit advenue.

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