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CHAPITRE CCXXXI

Comment messire Jean de Luxembourg alla coiiri u atout sa

puissance devant Alibaudièrcs, et ce qu'il eu adunt.

Après les besognes dessus dites, environ dix jours devant Piques, fut envoyé messire Jean de Luxembourg, avec lui cinq cents combattants, pour aviser une forteresse à six lieues de Troyes, vers Yermandois, nommée Alibaudiéres, dedans laquelle étoient aucuns Dauphinois qui très fort dommageoient le pays de Champagne. Et quand le dit de Luxembourg fut venu assez près d’icelle, laissa la plus grand’ partie de ses gens en embûche, et alla avec aucuns autres courre devant la barrière. A l’encontre duquel saillirent très Aprement , tout à pied, ceux de la dite forteresse, et commencèrent roidement à traire, lancer et combattre ceux de la dite forteresse contre leurs adversaires. En laquelle besogne le dit de Luxembourg chut Jus de son cheval , par la cause de ce que sa selle se partit ; mais tantôt fut relevé par ses gens. Et incontinent, de grand courage, et tout ému d’ire, alla, sa lance en sa main, de pied, combattre très vaillamment iceux Dauphinois. Et do fait , ji soit ce que de présent eût moins de gens qu’eux, leur ht clore leur boulevert, et se retrahirent en grand desroy. Et présentement manda ses gens qui étoient en l’embûche dessus dite ; et fit hâtivement assaillir le dit bou- Icvert, qui en conclusion fut pris par le dit assaut et mis en feu ; mais à ce faire y eut plusieurs hommes blessés. Et après le dit messire Jean de Luxembourg s’en retourna à Troyes devers le duc Philippe de Bourgogne ; auquel lieu on faisoit pour le temps grand préparation pour recevoir le roi Henri d’Angleterre, qui dedans bref temps devoit venir pour solenniser et faire la fête de son mariage.

Entre-temps, le duc de Touraine, dauphin, et ceux de son conseil , qui étoient à Bourges en Berri, ouïrent certaines nouvelles des alliances qui se faisoient contre lui. Si^fut pour ce en grand souci comment il pourroit résister aux entreprises et efforcements des deux parties

dessus dites, c’est à savoir du roi d’Angleterre et du duc de Bourgogne, sachant que par le moyen de la dessus dite alliance il étoit en péril de perdre sa seigneurie et l’attente qu’il avoit â la couronne de France. Néanmoins il eut conseil de pourvoir à son fait, et lui défendre au mieux qu’il pourroit. Si fit garnir de ses gens plusieurs villes qui étoient sur les frontières do ses adversaires, et y constitua capitaines des plus féables de son parti. Entre lesquels mil à Melun le seigneur de Barbasan, grandement accompagné; à Montereau, le sire de Guitry ; messire Robert de Loire à Montargis ; le bâtard de Vauru et Pierron de Lupcl à Meaux en Brie, le seigneur de Gamache à Compiègne, et en plusieurs autres lieux en fit pareillement. Et avec ce se pourvut de très grand nombre de gens d’armes pour être toujours auprès de sa personne, en attendant les aventures qui de jour en jour lui pouvoient survenir.

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