CHAPITRE CCXLIV
Comment Henri, roi d’Angleterre, alla de Koiien à Calais, avec lui la reine sa femme, et de là en Angleterre, où il fut reçu à très grand' joie de tous ceux du pays.
Après ce qu’Henri, roi d’Angleterre, eut ordonné ses besognes à Rouen , et commis en son lieu capitaine-général de toute la Normandie son frère le duc de Clarence, qui étoit moult prudent et renommé en armes, il se partit de là, et passa parmi Caux , avec lui la reine sa femme, son frère le duc de Bedfort, et bien six mille combattants; et vint par Poix à Amiens, la vigile Saint-Vincent; et fut logé en l’hôtel de maître Robert Le Jeune, qui naguère avoit été constitué nouvel bailli d’Amiens , au lieu du seigneur de Humbercourl. Si fut moult honorablement reçu , et lui fit-on et à sa femme la reine plusieurs présents; et delà, par Dourlens, Saint-Pol et Thérouenne, alla à Calais, où il séjourna aucuns jours; et après passa la mer, et alla en Angleterre, où il fut reçu comme l’ange de Dieu. Et lui venu en son dit royaume d’Angleterre, s’employa hâtivement par toutes manières à couronner sa femme la reine. Laquelle coronation fut faite en la cité royale de Londres, chef et maîtresse de tout le royaume. Et là fut faite telle et si grande pompe et boban, et jolivelé que depuis le temps que jadis le très noble combattant Artus , roi des Bretons et
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des Anglois, commença à régner, jusqu’à présent , en Angleterre , qui étoit appelée la Grand’ Bretagne, ne fut vue en la dite ville de Londres la pareille fête de nuis des rois anglois.
Après laquelle fête, le dit roi alla en propre personne par les cités et bonnes villes de son royaume; et leur exposa et déclara, comme homme discret et beau parleur, toutes les grands et bonnes avenues qui, par son labeur et peine , par long temps et en moult de places lui étoient advenues en France, et les besognes qui resloicnt et demeuroient encore à faire au dit royaume, c’est à savoir subjuguer son adversaire le dauphin de Vienne , seul fils du roi Charles, et frère de sa femme, reine d’Angleterre, qui, à lui contredisant, se disoil régent de France et héritier, et tenoit, occupoit et possédoit en doute la plus grand’ partie du dit royaume, disant que pour ce faire et pour conquerre , deux choses lui étoient moult nécessaires, c’est à savoir finance et gens d’armes. Lesquelles requêtes par lui faites lui furent accordées et octroyées libéralement de tout son peuple des bonnes villes du dit royaume. Et pour vrai il assembla tantôt si grand’ pécune en or, argent et joyaux qu’à peine les pourroit-on nombrer. El ce fait , il élut en son dit royaume une grand’ compagnie de toute la jeunesse du pays, des plus forts et des plus habiles à traire et combattre, et en bref en cueilla et fit un osl qu’il joignit avec ses princes, chevaliers et écuyers, tant qu’en tout assembla bien trente mille combattants, pour derechef les mener en France , et combattre et subjuguer son adversaire le dauphin. Mais lui étant en son dit royaume d’Angleterre , et pour icelui obtenir plus sùr, prit et donna trêves à scs ennemis de Galles et d’Ecosse, cl avec ce consentit la délivrance du roi d’Ecosse, qui par très long temps avoit été prisonnier en Angleterre , comme dit est ailleurs, moyennant qu’il prît à femme sa cousine-germaine, sœur du comte de Sombresset, et nièce du cardinal de Wîncheslre, lequel fut principal envers le roi dessus dit de traiter icelui mariage et délivrance