CHAPITRE CCLXIV
Comment le dessus dit duc de Bourgogne se partit d’Arras,
le comte de Saint-Pol en sa compagnie, et alla deverslcs
rois de France et d’Angleterre, et autres matières.
Après que le duc de Bourgogne eut solennellement célébré la fêle de la Nativité de Notre-Seigneur, dedans Arras, et avec lui la duchesse sa femme, ils se départirent l’un de l’autre aucuns jours ensuivant, non pas sans douleur de cœur et sans larmes, par spécial de la partie de la dite duchesse ; et aussi depuis ne revirent l’un l’autre, comme vous orrez ci-après. Si alla le dit duc au châlel du comte de Saint-Pol, à Lucheu, où il se reposa une nuit. Et le lendemain, le dit comte en sa compagnie, s’en alla à Amiens, et se logea à l’hôtel du bailli. Et jà par avant avoil envoyé ses gens d’armes devant, entre Amiens et Beauvais. Auquel lieu d’Amiens il geut une nuit, et puis se partit à étendard déployé, atout grand nombre de gens d’armes en noble arroi, faisant avant-garde de bataille, et arrière-garde, et ainsi s’en alla loger au Franc-Châtel. Et soi parlant de là, prit son chemin à Beauvais; et de là par Beaumont alla à Paris. Et la duchesse sa femme du dit lieu d’Arras, par Lille, avec tout son état retourna à Gand. Auquel lieu de Paris entra le dit duc de Bourgogne, le comte de Sainl-Pol, et toute sa chevalerie avec lui ; et fut reçu des Parisiens très solennellement. Et pour lors étoient le roi de France et la reine au bois de Vincennes, lesquels icelui duc alla voir et visiter.
Et depuis qu’il eut séjourné aucuns jours au dit lieu de Paris, s’en alla par Lagny-sur-Marne devers le roi d’Angleterre, qui lenoit son siège devant IVIeaux en Brie ; duquel il fut honorablement festoyé ; et tinrent ensemble de grands conseils pour lés besognes et affaires du royaume; mais par avant que le duc y allât, s’éloit parti de lui le prince d’Orange avec aucuns autres seigneurs et grand nombre de ses Bourguignons ; et fut la cause de son parlement, comme il fut commune renommée, qu’iLne vouloit pas aller devers le roi Henri avec le dit duc, afin que par lui ne fût contraint ou requis de à lui faire serment, ainsi qu’il l’avoit demandé être fait au seigneur de Saint-George, qui un petit devant avoit été devers le dit roi
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pour lui humbleineiil requerre de la délivrance de son neveu le seigneur de ChAleau-Vilain, lequel, par le cominandenient d’icelui roi Henri, avoit été longue espace détenu prisonnier en la ville de Paris, et depuis bref terme, délivré par la prière et requête du dessus dit seigneur de Saint-George. Et aucuns jours passés, le dit duc de Bourgogne retourna à Paris, et partant de là, s’en alla par Troyes en son pays de Bourgogne voir la duchesse sa mère et ses sœurs, desquelles il fut reçu à très grand’ liesse; et tôt après reçut les serments accoutumés de ceux de ses dessus dits pays de Bourgogne. Et après qu’il eut achevé aucune partie de ses atl'aires, alla en Savoie vers son bel oncle, qui de sa venue fut moult joyeux, et y furent faites joutes et autres ébaltements pour la révérence de sa personne; en la fin desquels retourna au dit pays de Bourgogne, où il fut longue espace de temps.