‹ ChroniquesChapitre 268 sur 562 · I.lVRi: PREMIF.R · texte numérisé non relu

I.lVRi: PREMIF.R

et commencèrent ses gens à monter dedans par l’échelle dessus dite , et de fait y en monta plusieurs : mais lui , qui alloit tout derrière pour les bouter, en passant en avant sur une vieille planche par-dessus un grand fossé , chut armé de plein harnois dedans le dit fossé, et ne put de là être tiré par ses gens, nonobstant qu’ils lui baillèrent deux lances l’une après l’autre, lesquelles lui demeurèrent ès mains.

Et entre-temps ceux de l’ost, qui ouïrent le murmure et effroi , vinrent sur eux à grand’ puissance sans délai, et les prirent. Si fut le dit seigneur d’Offemont navré cruellement au visage, et pareillement plusieurs de ses gens. Et en cet état le menèrent devers le roi d’Angleterre, qui de sa prise fut moult joyeux, et l’examina sur plusieurs propos , et après le fit mettre en bonne garde et bien panser de sa personne. Et le lendemain, les assiégés, tristes en cœur de cette aventure, doutant qu’au long aller ne pussent garder la ville et le marché , firent retraire aucuns des biens de la dite ville dedans le dit marché ; laquelle chose aperçue parles gens de Jean Guigny, savoyen, qui étoit au dit siège , s’émurent soudainement et allèrent assaillir la dite ville ; et d’autre côté commença l’assaut de toutes parts , tel et si âpre qu’en bref fut gagnée sans ce que les assiégés y fissent grand’ perte ; et se retrahirent les dits assiégés atout partie de leurs biens dedans le marché. Toutefois il en y eut aucuns pris et morts, non pas grand nombre. Dedans laquelle ville se logea le roi anglois et grand’ multitude de ses gens , et bref ensuivant gagna une petite île assez près du marché , en laquelle il fit asseoir plusieurs grosses bombardes, qui moult terriblement grevèrent les maisons du dit marché, et aussi les murailles d’icelle. Et par ces moyens furent les dits assiégés fort contraints et mis en grand’ nécessité -, car avecque ce le dit roi d’Angleterre avoit fait dresser plusieurs engins, taudis, bouleverts et autres habillements près de la muraille. Et tant avoit ce continué qu’iceux assiégés éloient dejourenjour en péril d’ètre pris d’assaut ; et si n’avoient nulle espérance d’èlre secourus par ledit dauphin , leur seigneur , pource que les jours étoient passés que le dit secours leur avoit été promis à envoyer. Et derechef, en continuant

de mal en pis pour les dits assiégés, furent pris par les Anglois les moulins du dit marché: par quoi ils ne pouvoieni moudre leurs blés, sinon en grand danger.

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