CHAPITRE IX
Commenl le conile de Salsebery assiégea la furleresse de Mum-.\iguillon , laquelle se rendit à lui; et autres matières.
En ce temps alla le comte de Salsebcry, atout grand’ puissance , assiéger la forteresse de Mont-Aiguillon en Champagne, par l’ordonnance et commandement du duc de Bcdfort, qui se disoit régent de France; lequel Salsebery étoit pour lors gouverneur du pays de Champagne et de Brie : lequel siège il continua par moult longue espace de temps, en faisant plusieurs assauts par divers engins et autres instruments de guerre. Et y fut bien six mois ou environ. Toutefois, ce temps durant, furent livrés plusieurs assauts à la forteresse, et par diverses manières de les assiéger furent moult oppressés. Et pouvoient ôire dedans jusqu’à six vingts combattants ; desquels étoient capitaines le seigneur de la Bourbe, le seigneur de Cofigny et un homme d’armes nommé Bourghenon. Desquels six vingts combattants se départirent grand’ i)artie, et on la fin n’y demeurèrent (pie trente ou environ, lesquels, en conclusion, furent contraints de manger leurs chevaux. F-t en la fin se rendirent au dit comte de Salsebiuy, par condition qu’ils paieroient pour sauver leur vie vingt et deux mille saluls d’or, dont, pour la dite somme fournir, demeurèrent en ôlagcs quatre des principaux jusqu’à l’accomiilisseinent d’icelle. Et se partirent les compagnons en purs leurs pourpointcaux sous son sauf-
conduit, réservé ceux qui autrefois avoient fait serment de la paix finale qui avoit été I jurée entre les rois de Franco et d’Angleterre, Et quand tous s’en furent partis, comme dit est, la forteresse fut abattue et du tout démolie.
En ces mêmes jours fut pris dedans Arras , par le commandement du duc de Bourgogne, messirc Mauroy de Saint-Léger, pour plusieurs plaintes qui de lui étoient venues au dit duc, tant pour avoir pillé sa ville d’Auchin comme pour plusieurs autres faits. Si fut mené prisonnier au chàtel de Chavetignes, où il fut par l’espace d’un an entier; et puis fut délivré par le [lourchas de ses amis. En ce même temps, le duc de Bedfort fit, par scs Anglois, assiéger puissamment et de force la forteresse d’Orsay, entre Paris et Mont-le-Iléry, laquelle tenoient les François ; lequel siège les dits assiégeants continuèrent environ six semaines. Et en la fin se rendirent les assiégés à la volonté du duc : desquels les uns furent amenés à Paris, les têtes nues , en purs leurs pourpointeaux , une corde liée entour leur col, et les aucuns tenant leurs épées nues, les pointes appuyées à leurs poitrines. Et en tel point furent menés à l’hôtel des Tournelles , en la présence du dit duc de Bedfort et de sa femme : lequel duc commanda tantôt qu’on les menât au Châtelet. Mais la duchesse, mue de pitié, pria tant pour eux à son seigneur et mari qu'ils furent délivrés sans avoir autre peine, et s’en allèrent où bon leur sembla, les uns au parti dont ils étoient venus, et les autres demeurèrent au parti des Anglois.
Au mois de mai furent envoyés de Rouen et du territoire de Caux de six à sept cents Anglois, les(iuels inonoit le bailli de Caux ; et passèrent iiarnii Abbeville, et assiégèrent le chàtel de IVoël, sur la mer, appartenant à messire .lacques de Harcourt. Et dedans brefs jours après, ceux qui étoient dedans, doutant non avoir secours, rendirent aux dits Anglois leur forteresse, en eux départant , saufs leur vie et leurs biens. Et adonc le dit messirc .Jacques de Harcourt remanda hâtivement scs gens qui étoient à Rue, et laissa la ville abandonnée à ses ennemis sans y mettre (luelques provisions. En laquelle, sans faillir, les .Vnglois . entrèrent tantôt après, où, par moult de mass