‹ ChroniquesChapitre 299 sur 562 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Comment le seigneur de Longueval et plusieurs autres seigneurs tournèrent de la partie du roi Charles.

En cet an, le seigneur de Longueval, Régnault son frère, Jean Blondel, le seigneur de Saint-Simon, Jean de Mailly, le seigneur de Maucourt et plusieurs autres chevaliers de A'^ermandois et d’environ, qui toujours avoient tennu le parti de Bourgogne, s’assemblèrent en la ville de Roye en Vermandois, pour avoir avis et délibération ensemble comme ilspourroient résister aux gens d’armes qui souvent dégûtoient aucunes de leurs villes, de leurs amis et de leurs gardes, et vivoient induement sur le pays , dont moult leur déplaisoit, après qu’ils étoient retournés des courses et assemblées que par avant avoit faites messire Jean de Luxembourg pour la conquête de la comté de Guise. Lesquels venus au dit lieu de Roye, en y eut aucuns qui s’allièrent ensemble, et firent alliance pour résister contre les dits gens d’armes Les autres, doutant le dit de Luxembourg, s’excusèrent en conseillant qu’une autre journée fût prise ; dedans laquelle fut envoyé message propice devers messire Jean de Luxembourg, à savoir son opinion, et si c’étoit de son gré que tels détroits fussent faits à ceux qui sur ce se départiroient. Néanmoins, les aucuns n’entendirent point à la besogne si avant que depuis elle s’apparut ; et pour tant se retrahirent tout coirnent d’être à telles assemblées. Toutefois le dit seigneur de Longueval, Régnault son frère, messire Jean Blondel, le seigneur de Maucourt , Pierre de Recourt

l.tF2J1

et plusieurs autres alliés continuéi'cnt en icelle besogne. Et si concluront ensemble (b..> eux tourner du tout du parti du roi Charles, et mirent dedans plusieurs villes et forteresses , dont les uns étoient seigneurs et les autres capitaines, gens de par eux les plus forts. ]\Iais bref ensuivant, leur intention vint à connoissance , pour quoi assez brièvement ils furent en grand’ cache, et toutes leurs villes, terres et seigneuries furent mises en la main du roi d’Angleterre; et avec ce, la plusgrande partie appelée à ban. Si se rendirent tous sujets et tinrent tout pleinement le parti du roi Charles, menant guerre de nuit et de jour au pays du roi Henri et du duc de Bourgogne, dont moult de gens furent émerveillés, pource que le dit seigneur de Longueval et aucuns des autres dessus dits avoient tout le temps servi le duc de Bourgogne et tenu son parti ; mais ils s’excusèrent en disant que c’éloit par les déplaisirs que leur avoient faits et faisoient encore chacun jour les gens du dessus dit sire Jean de Luxembourg: puis disoient que mieux aimoient mettre en aventure de perdre tous leurs biens que de vivre en telle sujétion , jà soit ce que depuis eurent moult é souffrir. Et en y eut pour les causes dessus dites d'exécutés à mort, comme ci-après vous sera déclaré.

Page 1