CHAPITRE XXXYIII
Comment le duc de Bourgogne retourna en Hollande et assiégea la ville de Zenenberghe, laquelle se rendit à lui; et autres matières
Au commencement de cet an, le duc de Bourgogne assembla très grand nombre de gens d’armes de ses pays de Flandre, d’Artois et de Bourgogne, lesquels, après qu’il eut préparé son armée, il mena en Hollande devant une forte ville nommée Zenenberghe, qui, avec le seigneur d’icelle, tenoit la partie de la duchesse Jacqueline de Bavière, et faisoit forte guerre par terre et par mer à tous ceux qui avoient fait obéissance au dit duc de Bourgogne; mais en bref, la dite ville fut très fort environnée, assiégée et combattue par icelui duc de Bourgogne et ses gens. Et d’autre part, les assiégés, qui, avec le dit seigneur, étoient en très grand nombre, se tinrent et défendirent très vaillamment. Mais après que ledit duc de Bourgogne eut par long temps continué son siège, le dit seigneur de Zenenberghe fit traité avec lui, par tel si qu’il lui délivreroit la ville et forteresse avec la seigneurie et sujets d’icelle. Et avec ce rendit sa personne et tous les gentilshommes qui éloient avec lui en la volonté du dit duc, sauves leurs vies, promettant de tenir prison honnête partout où il leurseroit ordonné. Item, furent délivrés ès mains du dit duc de Bourgogne tous les habillements de guerre étant dedans les dits ville et château, avec toutes les navires; et quant aux soudoyés étranges qui éloient dedans, eurent congé, en faisant serment que jamais ne feroient guerre à nuis des pays du duc de Bourgogne. Item, furent délivrés franchement tous les prisonniers qui éloient du parti du duc, entre lesquels éloient le seigneur de Moyencourt, le damoisel d’Ercleet autres. Item, tous les bourgeois et habitants de la ville firent serment au dit duc ou scs commis ; et par ainsi demeurèrent paisibles, en payant certaine somme de
deniers. Et fut le dit seigneur de Zenenberghe dévêtu de sa ville et de ses biens, et avec ce, fut amené à Lille en Flandre, et le dit duc garnit les dites ville et forteresse de ses gens. Et après ce leva sou siège et retourna avec les siens en Flandre et en Artois ; mais en faisant les dits voyages moururent d’épidémie le seigneur de Humbercourt et messire Mauroy de Saint-Léger, avec aucuns autres.
En icelui an, après que le duc de Bedfort eut séjourné en Angleterre par l’espace de sept à huit mois, avec sa femme et trois mille combattants s’en alla à Calais, et de là à Paris, où il fut certaine espace de temps pour ordonner des affaires de France. Et après alla à Lille. Auquel lieu vint devers lui le duc de Bourgogne , qu’il reçut joyeusement, lui et sa femme. Et là eurent plusieurs conseils ensemble pour apaiser le discord qui étoit entre le duc de Glocestre et le dit duc de Bourgogne; mais pour néant y besognèrent. Et pour tant le dit duc de Bedfort s’en retourna à Paris. En ce temps, le duc de Glocestre fit grand mandement en Angleterre après le département du duc de Bedfort, son frère, en intention de venir en Hollande pour soutenir la duchesse Jacqueline, qu’il disoit sa femme ; et s’étoit allié avec le duc de Glocestre contre le duc de Bourgogne le comte de Salsebery et plusieurs autres seigneurs d’Angleterre. Le dit duc de Bedfort, sachant cette entreprise, envo' a hâtivement ses ambassadeurs en Angleterre devers son frère le duc de Glocestre ; lesquels ambassadeurs traitèrent tant avec lui qu’il se déporta de sa dite entreprise, en impétrant trêves entre les parties jusqu'à certaine espace de temps, espérant de les mettre d’accord, et firent celte ambassade l’abbé d’Orcamp et maître Jean Le Duc.