‹ ChroniquesChapitre 334 sur 562 · CHAPITRE LL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LL

Commcnl le comte de Salsebery conquit Jargeau cl plusieurs villes devers Orléans; et comment le duc de Bedfort voulut avoir les rentes des églises.

Le comte de Salsebery allant, comme dit est, devant Jargeau atout sa puissance , le fit de toutes parts environner, et très fort combattre et approcher de ses gens et habillements de guerre. Et pour tant ceux qui dedans étoient de par le roi Charles , doutant la puissance d’icelui comte, firent avecque lui traité, en lui rendant la place, par tel si qu’ils s’en pourroient sauvement partir. Lequel comte, après qu’il cul icelle garnie de ses gens, s’en alla devant Joinville et la fit assiéger de toutes parts très puissamment. Et les François, étant dedans atout leur puissance, commencèrent à eux défendre; mais en aucuns peu de jours après trouvèrent manière d’avoir parlement avec icelui comte, lequel ne se put à eux concorder, et pour ce, après que les François sc furent retraits dans leur ville, s’émut une escarmouche entre les assiégeants et les assiégés. Pour laquelle la plus grand’ partie des Anglois s’armèrent tout soudainement, et sans le commandement du dit comte , leur souverain , allèrent en grand’ hardiesse assaillir la ville, et tant continuèrent en icelui assaut, qu’assez bref ensuivant ils prirent et conijuirenl la dite ville , dedans laquelle plusieurs François furent pris et morts, et y furent faits d’autres maux inesliîuables , lesquels seroieni trop longs à déclarer.

Durant le temps dessus dit, le duc de Bed-

:)9V CHROiMQUES lyE^GlJERl\AND DE MÜiNSTRELEï. [1428]

fort, régont, et ceux du conseil du roi Henri étant à Paris requirent très instamment à avoir pour le profit du dit roi toutes les rentes et héritages qui avoient été donnés depuis quarante ans par avant aux églises. Et pour ce mettre à exécution, furent en la dite ville de Paris tenus plusieurs parlements en grandsconseils entre le dit duc de Bedfort et le conseil du roi, d’une part, et ceux de l’université de l’église , d’autre part. Toutefois icelle requête fut très fort débattue, et tant qu’enfin la besogne fut mise au net, et demeurèrent ceux de l’église paisibles quant à ce.

Auquel an aussi le roi de Portugal mit sus une grosse armée, et avec lui le duc de Cambrai, qui faisait son avant-garde, et pouvait avoir sur tout dix mille combattants, atout lesquels il alla en une île, sur les mécréants , où étoit le roi d’Albàtre S atout bien vingt mille Sarrasins , furent Turquois, Tarlares et Barbarins , desquels la plus grand’ partie morts sur la place, et le dessus dit roi d’Albûlre fut détenu prisonnier. Après laquelle victoire icelui roi de Portugal, à peu de perte , retourna en son pays.

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