CHAPITRE LXII
Comment le duc de Bourgogne, à la requête du duc de Bedforl, s’en vint à Paris, où de nouvel ils réconfermèrent leurs alliances.
Et derechef, en ces jours , furent apportées nouvelles au duc de Bedfort et au grand-conseil du roi Henri d’Angleterre , étant à Paris, de la perte et misérable aventure et destruction de leurs gens , laquelle leur fut tant ennuyeuse et dure à ouir dire et raconter que les aucuns, en plein conseil , commencèrent moult fort à pleurer. Et d’autre part, furent avertis comment le roi (.harles, atout sa puissance, se comparoit et apprétoit pour venir conquérir pays sur eux. Pourquoi parle duc de Bedfort et les Parisiens fut ordonné d’envoyer une solennelle ambassade devers le duc Philippe de Bourgogne, afin de lui remontrer les dessus dites étranges besognes, et lui aussi requerre que brièvement il voulsît venir à
Paris pour, avecque le régent et le conseil du roi, avoir avis sur les affaires dessus dites qui leur étaient survenues. Lesquels ambassadeurs, c’est à savoir l’évêque de Noyon, deux notables docteurs en théologie de l’université et aucuns des plus puissants bourgeois de Paris vinrent à Hesdin , où ils trouvèrent le dit duc de Bourgogne , auquel il racontèrent leur ambassade, en lui requérant très instamment, de par son beau-frère le régent et les Parisiens , qu’il lui plût aller à Paris , au plus tôt que faire se pourrait , pour avecque eux avoir délibération et conseil pour résister contre leurs adversaires. Laquelle requête icelui duc accorda , et leur promit qu'en dedans brefs jours il serait en la dite ville de Paris.
Et adonc fit assembler de sept à huit cents combattants en pays d’Artois et àl’environ, atout lesquels il alla en la dite ville de Paris. Pour la venue duquel fut faite grand’ joie, tant des Parisiens comme du duc de Bedfort. Et par plusieurs journées tinrent ensemble de grands conseils sur les affaires dessus dites. En la fin desquels promirent l'un à l’autre, c’est à savoir les ducs dessus dits, que chacun d’eux, de toute sa puissance , s’emploieroit à résister contre l’intention de Charles de Valois , leur adversaire, et reconfermèrent derechef les alliances et promesses que long temps par avant ils avaient faites l’un à l’autre.
Et après ces choses faites et accomplies, le duc de Bourgogne retourna en son pays d’Artois, et mena sa sœur la duchesse de Bedfort avec lui, et la mit demeurer et fit tenir en son état à Lens en Artois, et le dit duc de Bedfort manda sans délai en Angleterre qu’on lui envoyât gens de guerre les plus experts que l’on pourrait finer. Et pareillement fit évoquer toutes les garnisons de Normandie et d’autres lieux de son obéissance avec tous les nobles et autres qui avaient accoutumé d’eux armer. Duquel pays d’Angleterre , jà piéça mandés , furent envoyés à l’aide du dessus dit due quatre mille combattants ou environ, desquels étoil chef et conducteur le cardinal de Vincestre, lequel passa la mer, et s’en vint à Calais et de là à Amiens. Duquel lieu le cardinal alla à Corbie devers le duc de Bourgogne et sa belle-nièce la duchesse de Bedfort, lesquels , comme dit est, venoient de Paris. Auquel lieu
LIVHE SECOND.
île Corbie ils eurent l’un avec l’autre aucunes brièves conclusions, depuis lesquelles s’en retourna le dit cardinal à Auiiens, et de là mena aucuns de ses gens devers le duc de Bedfort , son neveu, lequel eut grand’ joie de sa venue. En ces jours fut envoyé Jean , bâtard de Saint- Pot, atout certain nombre de gens d’armes des marches de Picardie , de par le duc de Bourgogne, vers le duc de Bedfort, lequel lui bailla en gouvernement la ville et forteresse de Meaux en Brie, et l’en fit souverain capitaine, pour la garder contre la puissance du roi Charles, qu’on attendoit chacun jour en icelui pays.