partie
En ces jours, le duc de Bourgogne envoya ses ambassadeurs à Amiens, c’est à savoir l’évêque de Noyon et d’Arras, le vidame d’Amiens et aucuns autres, afin de remontrer au majeur et aux habitants d’icelle la bonne amour et affection que lui et ses prédécesseurs avoient toujours avecque eux, disant que s’ils avoien't à faire de chose que lui et ses pays pussent, il étoit à leur commandement; requérant en outre qu’il leur plût persévérer toujours, et eux entretenir de son parti, comme ses bons amis et voisins. Lesquels citoyens d’Amiens, eux voyant ainsi honorer par les messagers de si haut et si puissant prince, ils en eurent grand’ joie, et dirent entre eux que seroit bon de mettre la ville en sa garde, et qu’il mît à néant toutes aides et impositions. Et firent réponse aux dits ambassadeurs qu’ils envoieroient brièvement devers le dit duc aucuns de leurs gens, laquelle chose ils firent. El avecque ce y envoyèrent ceux d’Abbeville, de Montreuil, Sainl-Ribier, Dourlans et aucunes autres, pour obtenir la mise jus des dites gabelles et impositions. Laquelle chose ne leur fut point par icelui duc accordée, mais il leur fut dit qu’au plus bref que faire se pourroit ils auroienl de lui aide et assistance de ce impélrer devers le roi Henri.
En ce même temps, lé dit duc de Bourgogne fit évoquer par toutes les marches de Picardie tous ceux qui avoient accoutumé d’eux armer, et aussi és pays à l'environ, pour être prêts chacun jour pour aller avecque lui où il les
voudroil conduire. Si furent en peu de temps en très grand nombre, et passèrent à montre à Beauquesne , en faisant serment à messire .Tacques de Brirneu, à ce commis comme maréchal. Si se trahirent et tirèrent vers Abbeville et Saint-Ribier, où ils furent moult grand espace de temps, attendant que le dit duc fût prêt et appareillé, dont le pays fut moult grandement oppressé.