‹ ChroniquesChapitre 358 sur 562 · CHAPITRE LXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXV

Comment le seigneur de Saveusc et le bâtard de Sainl-Pol furent pris devant Paris par les François; et comment par d’autres François la ville de Saint-Denis fut prise et échelée.

En ce môme temps , le duc de Bourgogne envoya le seigneur de Saveuse et .Tean de Brimeu, atout cinq cents combattants ou environ, en la ville de Paris , pour conforter et aider les Parisiens contre les François, qui, chacun jour, couroient devant la dite ville à tous lez , et leur faisoient moult d’oppressions. Lesquels se logèrent dedans Saint-Denis, et firent par plusieurs fois des envahies contre leurs ennemis. Néanmoins, un certain jour , iceux François, de plusieurs garnisons du côté vers iVtont-le-Héry , vinrent courre auprès du dit lieu de Paris ; et avoient laissé une grosse embûche en un village là environ. Si étoient alors dedans la dite ville le seigneur de Saveuse et messire Jean, bâtard de Saint-Pol ; lesquels, oyanl l’effroi, montèrent à cheval hâtivement à petite compagnie ; et, sans attendre leurs gens, allèrent incontinent aux champs, et poursuivirent vigoureusemeni les dits François. Lesquels, en fuyant, les altrahirenl jusque bien près de leur dite embûche.

Là tantôt, non pouvant à ce résister, furent en assez bref terme tous deux pris prisonniers et emmenés des dessus dits François en leur forteresse, avec aucuns de leurs gens, non point en grand nombre. Si fut le dit bâtard de Saint-Pol très fort blessé au prendre d’une lance au col, dont il fut en grand péril de perdre la vie. Néanmoins les deux chevaliers dessus dits retournèrent en assez brefs jours en la dite ville de Paris, parmi grande finance qu’ils payèrent à ceux qui pris les avoient , dont les gens furent moult réjouis quand ils les virent. D’autre côté, en ce temps, les François qui étoienl sous Alain Géron, Gaucher de Bruissarl et aucuns autres capitaines, vinrent à un point du jour en la ville de Saint-Denis, dedans laquelle éldit venu nouvellement Jean de Brimeu , atout certain nombre de compagnons qu’il avoil amenés du pays d’Artois ; et avec lui étoienl les gens du seigneur de Sa-

UVRl] SFCOXi).

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vouse. Si entrèrent dedans par échelles une partie d’iceux François, et ouvrirent une des portes par où les autres en très grand nombre se boulèrent dedans ; et commencèrent en plusieurs lieux ù crier : « Ville gagnée ! » en abattant huis et fenôtr s, et envahissoient plusieurs maisons où éloient leurs ennemis. Lesquels, oyanl ainsi soudainement si grands cris parmi la ville , furent tout effrayés. Si se trahirent tantôt en aucuns forts lieux d’icelle, c’est à savoir Jean de Brimeu, et plusieurs autres avec lui, en l'abbaye , le bâtard de Saveuse en la porte de Paris, et les autres se mirent en aucunes portes, et tous à sauvcté. Et, d’autre part, en y eut grand’ partie qui , en issant de leurs logis, conlendant à aller devers leurs capitaines eux assembler , furent pris prisonniers, et les aucuns occis. Entre lesquels furent pris Antoine de Wistre , Thierry de Malingehen et de douze à seize autres, desquels il y en avoit une partie de gentilshommes ; et y furent morts Thevenin de Tenequestes, Jean de Hautecloque et aucuns autres en petit nombre. Durant lesquelles besognes , les gens des dessus dits seigneurs et Jean de Brimeu reprirent vigueur en eux , et commencèrent à eux assembler en aucuns lieux au cri et par l’introduction d’un vaillant homme d’armes , nommé Guillaume de Beauval , lequel en grand’ hardiesse rassembla aucuns de ceux de leur parti, et envahit ses ennemis, qui en plusieurs parties , sans tenir grand’ ordonnance, entendoient au piller. Finablement, ils furent reboutés dehors, et mêmemeni aucuns de leurs gens, jusqu’au nombre de huit ou dix. Et alors le seigneur de Saveuse, qui étoit dedans Paris , oyant ces nouvelles , assembla hâtivement ce qu’il put avoir de gens ; et sans délai chevauchèrent vigoureusement devers la dite ville de Saint-Denis , en intention de bailler secours à ses gens. Mais avant qu’il y pût venir, iceux François s’étoient retraits devers Senlis et les autres garnisons , et avoient emmené grand nombre de chevaux de ceux de la ville.

En ce temps furent assiégés des Anglois le seigneur de Rambures dedans la forteresse d’Estrepagny , appartenant héritablement au comte de Tancarville ; devant laquelle iceux Anglois tant continuèrent de combattre par

leurs engins et autrement qu’en conclusion le dit seigneur de Rambures, non ayant espérance d'avoir secours, fit traité avecque iceux Anglois, en leur rendant la dite forteresse par condition que lui et ses gens, atout leurs biens, se départirent sauvement.

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