CHAPITRE LXXXIII
Comment de duc de Bourgogne alla meure le siège devant le chilel et forteresse de Clioisy, lequel il conquit en brefs jours.
Après que le duc de Bourgogne eut séjourné en la dite ville et cité de Noyon huit jours ou environ , il s’en alla mettre le siège devant le châlel de Choisy-sur-Oise, dedans laquelle forteresse éloit r.ouis de Flavy, qui la lenoil par messire Guillaume de Flavy, et y fit le dit duc dresser plusieurs de ses engins pour icelui chàtel confondre elaballre. Si fut moult travaillée par les dits engins, tant qu’en conclusion les dits assiégés firent traité avec les commis du dessus dit duc de Bourgogne, tel qu’ils départirent, saufs leurs corps et leurs biens, en rendant la dite forteresse, laquelle, sans délai , après qu’ils en furent partis, fut tantôt démolie et rasée. Si fit icelui duc faire un pont par dessus l’eau d’Oise pour lui et ses gens passer vers Compiègne au lez devers Mont-Didier. Durant lequel temps avoient été commis le seigneur de Saveuse et Jean de Brimeu à garder les faubourgs de Noyon atout leurs gens avec le seigneur de Mongonniry et autres capitaines anglois qui éloienl logés au Pont-l’Evôque, afin que ceux de Compiègne n’empèchassenl les vivres qui alloient à l’ost du dit duc. Si advint un certain jour que les dessus dits de Compiègne , c’est à savoir Jeanne la pucelle, messire Jacques de Chabannes, messire Théolde de Yaleperghe, messire Régnault de Fontaines, Polhon de Sainte-Treille et aucuns autres capitaines français , accompagnés de deux mille comballanlls ou environ, vinrent au dit lieu de Ponl-l’Evêque, entre le point du jour et le soleil levant , où éloient logés les dessus dits Anglois, lesquels ils envahirent de grand courage , et y eut très dure et âpre escarmou-
che, à laquelle vinrent hâtivement au secours d iceux Anglois les dessus dits seigneurs de Saveuse , Jean de Brimeu et tous leurs gens. Duquel secours les dessus dits Anglois prirent en eux grand courage tous ensemble. Si reboulèrent par force leurs ennemis . qui déjà étoieut bien avant entrés au dit logis. Finablemenl, d’iceux Anglois furent que morts que navrés environ trente , et pareillement des François, lesquels, après celle besogne, se retrahirent à Compiègne, dont ils éloient venus. Et les Anglois dessus dits , depuis ce jour en avant, fortifièrent en grand’ diligence leurs logis tout à l’environ. Et aucuns brefs jours ensuivants, Jean de Brimeu allant atout cent comballonls ou environ devers le duc de Bourgogne, en passant parmi le bois , au lez vers Crespy en Valois , fut soudainement envahi d’aucuns François , qui à celle cause éloienl venus devers Alhery en celle marche pour trouver aventure , et en bref, sans grand’ défense, fut pris et emmené prisonnier. Si fut la cause de sa dite prise, pource que lui et ses gens, chevauchant en train , ne se purent assembler tant qu’ils ouïrent l’elTroi.De laquelle prise le dit Jean de Brimeu fut depuis mis ès mains de Polhon de Sainte-Treille, lequel enfin le délivra en payant grand’ finance.
Après que le duc de Bourgogne eut fait du tout démolir la dite forteresse de Choisy, comme dit est , s’en alla loger en la forteresse de Condin , à une lieu de Compiègne, et messire Jean de Luxembourg se logea à Claroy. Si fut ordonné messire Baudo de Noyèlle atout certain nombre de gens à loger à Marigny sur la chaussée, et le seigneur de Mongommery, anglois, et ses gens éloienl logés à Venèle, au long de la prée. Si venoienl lors au dit duc gens de plusieurs parties de ses pays, et avoit intention d’assiéger la dite ville de Compiègne, et icelle réduire en l’obéissance du roi Henri d’Angleterre.