CHAPITRE XCI
Commenl lo comle de lliinlingdon vini devant Compïègne en l’aide du duc de Bourgogne.
En ces jours, vint à l’aide du duc de Bourgogne le comte de Hunlingdon cl Bobersart, anglois , atout mille an hers d’Angleterre ou environ, lesquels se logèrent en la ville de Venèle, où [lar avant étoit logé le duc de Bourgogne , h’tiuel de sa personne s’en alla loger en la bastille devant dite , entre IMarigny et Compiégne; et ses gens se logèrent au dit lieu de IMarigny, dont s’étoil délogé le capitaine messire Jean de Luxembourg et ses gens ; et s’en étoit allé en la ville de Soissons , laquelle, par certains moyens qu’il avoit dedans, lui fut rendue avec aucunes places au pays à l’environ. Si se départirent de devant la dite ville do Compiégne le seigneur de .tMonlgoinmery et ses Angl is, et s’en letournérenl en Xormandic après la venue du dit comte de Hunlingdon. El après, icelui duc de Bourgogne fit faire, jour et nuit, grand’ diligence d’abattre et démolir par scs engins le boulevcrl de devant le pont de la ville , lequel , comme en autre lieu est
6'2K CHROMQllES D’ENGUERRÀND DE Mü^SÏWUA^J. '
déclaré, grevoil moult scs gens. Néanmoins, il dura bien l’espace de deux mois environ ; et par souciaia assaut, qui y fut fait par nuit de la partie du dit duc, fut pris de huit à dix hommes dedans, avec aucuns habillements de guerre là étant, qui se défendirent assez petit. Après laquelle prise furent les fossés remplis; et fut icelui boulevcrt fortifié contre ceux de la ville, et gardé soigneusement chacun jour à force de gens d’armes. A laquelle prise furent noyés aucuns de dedans, parce qu’en eux retrayant en hâte , ils churent en la rivière d’Oise. Et d'autre part, le dessus dit duc de Bourgogne fit faire un pont par-dessus l’eau, à l’encontre de Yenète , lequel étoil gardé nuit et jour ; et passoient les Anglois et Bourguignons très souvent de pied et cheval , pour aller escarmoucher les François au lieu vers Pierrefons. Si passa un certain jour le dessus dit comte de Iluntingdon avec ses Anglois, et s’en alla courre devers Crespy en Valois, et de là vint à Saintines, qui se rendit à son obéissance; et après il s’en alla loger à Yerberie, où il fit très fort assaillir l’égli -e de la ville, que lenoicnt les paysans ; lesquels, en conclusion , furent contraints d eux rendre en sa volonté et eux mettre du tout en sa mert i. Et fit pendre un homme nommé Jean de l'Ours, qui éioit comme leur capitaine, pourcc qu’à sa première requête n’avoit voulu obéir.
Si furent tous les dits pajsans pris et rançonnés, et tous leurs biens ravis.
Après s’en retourna le dit comte atout aucunes proies en son logis devant Compiègne. Durant lequel temps se tenoient à Clermonten-Beauvoisis le seigneur de Crévecœur cl Robert de Saveuse avec leurs gens, pour garder la frontière contre les François qui se lenoicnt à Crsil et à Beauvais, et avecque ce, pour faire acconduire en l’ost des vins et tous vivres nécessaires.
Si se tenoient adonc la duchesse de Bourgogne à Noyon atout son état. Laquelle, de fois à autre, alloit visiter le dessus dit duc de Bourgogne, son seigneur. Esquels jours aussi alla ledit duc de Bourgogne, atout sa puissance, tenir la journée devant Gcurnai-sur-Arondo, laquelle on lui avoit promis de rendre et !eineltre en son obéissance. Et fut avecque lui, et pour lui assister et faire compagnie , le duc
de Norfolk, anglois, atout îuiiie coui! allants ou environ , cl le conite de Iluntingdon. A laquelle journée ne vint homme de par le roi Charles ; et pour tant Tristan de Hlagnelicrs, voyant que point ne seroit secouru, rendit la forteresse en la main du dit duc de Bourgogne, lequel la bailla en garde au seigneur de Ci évccœur ; et après s’en retourna, avecque lui le comte de Iluntingdon , à son siège de Compiègne, auquel lieu, à son département, il avoit laissé certain nombre de gens d’armes pour garder son logis ; et le dessus dit duc do Norfolk s’en alla devers Paris.