CHAPITRE CXIX
Comment le bouleverl de Lagni-sur-Marne fut pris des Anglois,
Environ le mois de mars de cet an , furent ordonnés par le duc de Bedfort et le conseil du roi Henri, étant à Paris, certain nombre de gens d’armes pour aller mettre en l’obéissance du dit roi aucunes forteresses que tenoient les François , ses ennemis , sur les marches de rile-de-France, comme Mongay, Gournai et autres , et avecque ce rompre et démolir le pont de Lagny, qui vient de la ville par-dessus l’eau vers l’Ile-de-France : de laquelle armée furent chefs et conducteurs le comte d’Arondel, l’enfant de Warvvick, le seigneur de l’Ile- Adam, maréchal de France pour le roi Henri , messire Jean, bâtard de Sainl-PcI, le Galois d’Aunay, chevalier, seigneur d’Orville et aucuns aulres, lesquels tous ensemble, parlant de Paris atout douze cents combattants ou environ , et foison de chars cl charrettes, canons , artilleries et aulres instruments de guerre, vinrent par aucuns jours dedans les dites forteresses. Lesquelles en assez brefs
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Jours, par contrainte d’iceux Anglois , furent mises en l’obéissance d’eux, et se départirent aucuns des dits François , sauve leur vie et partie de leurs biens, et les autres demeurèrent à volonté. Si en y eut aussi aucuns exécutés par justice, et les autres mis à finance.
Après lesquelles redditions , les dessus dits Anglois prirent leur chemin vers Lagny-sur- Marne , et se logèrent devant. Si fit le comte d’Arondel asseoir une grosse bombarde contre l’arche du pont-levis de la ville , laquelle , du premier coup qu’elle jeta, rompit la dite arche par telle manière que ceux de dedans ne pouvoient bonnement venir à leur boulevert, qui étoil à l’autre bout du pont qui passe pardessus l’eau. Et adonc, le dit comte d’Arondel et les autres capitaines avecque leurs gens assaillirent hâtivement icelui boulevert et le prirent sans délai, nonobstant que ceux de dedans, qui éloient en bien petit nombre, le défendoient puissamment et vaillamment. Auquel assaut fut mort Jean de Luxembourg, un des bâtards de Saint-Pot, et aucuns autres, avccque plusieurs navrés. Et enfin, les dessus dits Anglois rompirent le pont en plusieurs lieux et après ardirent le dit boulevert , puis se reirahirent en leurs logis. Si conclurent, dedans brefs jours ensuivants, d’assaillir la ville en plusieurs lieux , laquelle chose ils firent.
Si demeura le dit comte d’Arondel, atout certain nombre de gens, sans aller au dit assaut, et quand ce vint que le maréchal et tes capitaines se départirent pour aller au dit assaut, le dit inessire Jean de Luxembourg, bâtard de Saint-Pol, qui portoil en sa devise et en son étendard un soleil , dit tout haut , oyant plusieurs , qu’il faisoit vœu à Dieu que si le sole 1 entroit en la ville qu’il y entreroil aussi. Laquelle parole fut de plusieurs entendue par divers propos. Néanmoins, ils allèrent à l’assaui, et s’y portèrent assez vaillamment : mais par la diligence de Iluçon Queue , écossois , messirc Jean Foucaut et autres capitaines de la ville, ils furent bien et vaillamment reçus, et en y eut plusieurs des dessus dits assaillants morts et grièvement navrés ; et avecque ce perdirent quatre ou cinq de leurs étendards et canons, qui furent tirés à force de bras dedans la ville par les deux bouts , desquels fu- j
rent la bannière de l’Ile-Adam , maréchal , et l’étendard et enseigne du soleil appartenant au dit messire Jean, bâtard de Saint-Pol , qui avoit voué d’entrer en icelle ville. Si convint qu’ils se retrahissent à grand’ honte et confusion en leur logis ; et au bout de trois jours ensuivants , s’assemblèrent et s’en allèrent secrètement grand’ partie d’iceux compagnons de guerre , sans le congé de leurs capitaines, voyant qu’ils perdoient leur temps de lâ plus séjourner; car ils y pouvoient plus pebdre que gagner. Si retournèrent à Paris devers le duc de Bedfort ; et avant qu’iceux Anglois et Bourguignons fissent icelui assaut , avoient bien été huit jours logés devant la ville, et y assis grosses bombardes, dont iis avoient fait battre et travailler la muraille d’icelle.