CHAPITRE CXXXVIII
Comment les ducs de Bedforl et de Bourgogne vinrent i Saint-Omer.
A l’issue du mois de mai, vinrent à Saint- Omer les ducs de Bedfort et de Bourgogne, par certains moyens qui avoient été pourparlés entre icelles parties, afin d’eux réconcilier l’un avec l’autre d’aucunes paroles haineuses qui avoient été rapportées tant d’un côté comme d’autre. Avec lequel duc de Bedfort étoit son oncle le cardinal d’Angleterre, qui étoit moult désirant d’iceux deux ducs mettre en bonne concorde. Néanmoins, jà soit ce que pour ce faire fussent les dessus dits ducs venus au dit lieu de Saint-Omer, et qu’il eût été ordonné qu’ils s’assembleroient l’un avec l’autre dedans un certain lieu, sans ce que l’un fût tenu d’aller devers l’autre, toutefois, quand ils furent à leur logis, le dit duc de Bedfort attendoit que le duc de Bourgogne allât devers lui. ce que point faire ne voulut. Si furent sur ce plusieurs seigneurs envoyés d’un et d’autre, tendant y remettre moyen, mais rien n’y valut. Et enfin le dessus dit cardinal vint devers le duc de Bourgogne et parla à lui à part en sa chambre, en lui remontrant amiablement, en disant : « Comment, beau neveu, laisserez-vous ainsi retourner un tel prince qui est fils et frère de roi, qui pour vous voir s’est travaillé de venir en votre ville , sans parler à lui ni aussi l'aller voir? » Auquel cardinal le dessus dit duc de Bourgogne répondit qu’il étoit prêt d’aller au lieu où il étoit ordonné pour eux convenir ensemble ; et finalement, après ces paroles et plu*
sieurs autres, le cardinal dessus dit se départit et s’en retourna par-devers son dit neveu de Bcdforl , et bref ensuivant se départirent du dit lieu de Saint-Omer sans autre chose sur ce besogner iceux deux dues, moins contents l'un de l’autre qu’ils n’étoient par avant.