‹ ChroniquesChapitre 429 sur 562 · CHAPITRE CXLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLIII

Comincnl les François échelèrenl la ville de Crespy en Valois,

et plusieurs autres matières.

Durant ces tribulations, les gens du roi prirent par échelles, à un point du Jour, la ville de Crespy en Valois, tenant le parti des Anglois; et en étoit capitaine le bâtard de Thien, lequel, avecque grand’ partie de la garnison et de ses habitants , fut pris , cl tous les biens pillés et ravis , avec plusieurs autres maux grands et innumérables qui furent faits,

et par la manière qu’il est accoutumé de faire en ville conquise. La nuit de l’Ascension de cet an, se rémurenl les Gantois contre les officiers du prince et les gouverneurs de la ville ; mais le souverain échevin de la ville se mit sur le grand marché atout la bannière du comte de Flandre , bien accompagné , avant que les mouvements fussent assemblés ; lesquels , voyant qu’ils ne pouvoient mener leur intention à tin, se rendirent fugitifs ; et les aucuns furent depuis pris et punis par les souverains gouverneurs de la ville de Gand. En ces jours fut prise la ville do Bruj ères en Laonnois , sur les gens du roi Charles, par aucuns des gens de messire .Tean de Luxembourg, comte deLigny, desquels étoit l’un des meneurs Villemct de Hainaut , capitaine de Montagu ; pour laquelle prise ceux de la ville de Laon furent en grand effroi , doutant qu’en icelle ne fût en bref temps mise puissante garnison contre eux; et pour tant se garnirent et fournirent de gens de guerre au mieux que bonnement faire le purent pour y résister.

CIIATITRE CXLIV.

Comment le duc de Bourgogne tint la journée de Passy; et

comment il fit assiéger la ville et forteresse d’Avalon.

Le premier jour de septembre venu, le duc de Bourgogne , qui par avant avoit mandé ès parties de Bourgogne tous ceux qui l’avoient accoutumé de servir , tint la journée pour la reddition de Passy, dont dessus est faite mention. A laquelle journée vinrent en son aide le seigneur de l’Ile-Adam, maréchal de France, de par le roi Henri, et messire Jean de Talbot, anglois, atout seize cents combattants ou environ , lesquels furent du dit duc reçus moult joyeusement, et fit très beaux dons à iceux seigneurs et leurs gens. Toutefois les dits François ne comparurent pas à la dite journée , par quoi ceux de la dite forteresse de Passy , si comme promis l’avoient , la rendirent en la main du dessus dit duc de Bourgogne , et se départirent sur bon sauf-conduit. Et après, le dit duc envoya aucuns de ses capitaines mettre le siège entour Avalon , dedans laquelle étoit capitaine un nommé Forte-Epice, atout deux cents combattants , fleur de gens d’armes roides et bien instruits de la guerre,

LIVKE SECOMJ.

qui moult vaillamment se défendirent. Et étoient les principaux assiégeants , c’est à savoir , de Bourgogne , le seigneur de Charny , Pliilebert de Vaudray et aucuns autres ; et de Picardie , y étoient messire Jean , Mtard de Saint-Pol , le seigneur de Humières et plusieurs autres nobles hommes , lesquels en grand’ hardiesse approchèrent leurs ennemis, et se logèrent grand’ partie au plus prés des fossés. Si firent dresser plusieurs engins, dont la muraille d’icelle ville fut fort travaillée et en moult de lieux abattue, et tant qu’iceux assiégeants , espérant icelle prendre de force , lui livrèrent un grand assaut, duquel ils furent par force reboutés et reculés ; mais, finalement, les dits assiégés, doutant qu’enfin ne fussent pris de force , et non ayant espérance de secours, s’effrayèrent si fort que par nuit se départirent d’illecque, en desroi, par une poterne qui point n’étoit bien gardée. Mais, ains qu’ils fussent tous hors , furent aperçus de leurs ennemis , lesquels s’armèrent et vigoureusement se férirent en eux , si en prirent et occirent plusieurs ; et le dessus dit Forte- Épice et aucuns des principaux sc sauvèrent par fuite. Et adonc fut la dite ville soudainement assaillie et prise sans trouver quelconque défense. Dedans laquelle fut prise la femme d’icelui Forte-Épice et plusieurs de ses gens, avecque aucuns paysans , et tous les biens d’icelle pris et ravis.

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