CHAPITRE CLIII
Comment le duc de Bourgogne retourna en ses pays de Bourgogne, en Flandre et en Artois, et amena avec lui Jean, fils du comte do Nevers, et autres matières.
Au commencement de cet an, Philippe, duc de Bourgogne, retourna en ses pays de Bourgogne, en Artois, en Flandre et en ses autres pays, six cents combattants avec lui ou environ, et laissa au dit pays de Bourgogne la duchesse sa femme et son petit fils, et avec ses forteres-’ ses garnies de ses gens d’armes. Auquel retour amena avec lui Jean, fils au comte de Nevers, son cousin-germain et fils à sa femme précédente. Si visita ses pays et bonnes villes, et prépara pour avoir gens et argent pour retourner au dit pays de Bourgogne. Et entre-temps, les gens de messire Jean de Luxembourg, tenant les frontières de Laonnois, prirent le fort de l’abbaye Saint-Vincent-lez-Laon, que tenoient les gens du roi Charles ; dedans lequel fort fut pris un nolable gentilhomme nommé Antoine de Cramailles, auquel le dessus dit duc de Luxembourg fit couper le chef et son corps écartelé à Ripelmonde; et demeurèrent morts à la prise du dit fort de Saint-Vincent Jamet de Pennesac et Eustache Vaude. Et après, le dit messire Jean de Luxembourg garnit icelui fort de ses gens d’armes ; pour quoi ceux de la ville de Laon furent en très grand doute, et pour mieux y résister, garnirent leur ville de droites gens d’armes ; et par ainsi les parties chacun jour livroient l’un contre l’autre de grands escarmouches, auxquelles souvent advenoit qu’il y en avoit de chacune partie de morts et de navrés, et entre les autres de la partie du dit messire Jean de Luxembourg, y fut mort un vaillant chevalier, nommé Colart de Forges, par un trait dont il fut féru aux dites escarmouches au travers de la jambe.