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CHAPITRE CCYIII

Comment les Flamands se remirent en armes depuis qu’ils furent retournés de Calais en leurs vdles.

Après que les communes de Flandre furent rentrées dedans leurs villes, comme dit est dessus, leur vinrent dedans brefs jours ensuivant nouvelles qu’une grande foison de navires d’Angleterre étoient arrivés devers septentrion sur la marche de Flandre, entour Biclinghe, ayants intention d’entrer au pays. Et I)our ce derechef les bonnes villes remandérenl toutes leurs gens du plat pays, et se

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iviniiTiil en armes à loule puissance; cl allôrenl hâtivement sans grand charroi devers Itrevelicr, et se logèrent sur la mer à rencontre du dit navire d’Angleterre, qui éloit là environ. Eiéloilce navire là pour occuper et donner empêchement à ceux du pays , afin qu’ils ne se relrahissenl devers l’osl du duc de Glocestre , qui étoit en la marche de Poperinghe et Bailleul. Lequel navire l’avoient là mené, et n’y êloient pour lors dedans que les mariniers et aucuns peu de gens pour le garder ; pour quoi ils n’avoienl mie volonté de prendre port pour entrer au dit pays. Si se départirent en assez brefs jours ensuivants, et retournèrent à Calais.

Après laquelle retraite et département , les dits Flamands se rclrahirent chacune compagnie en leurs places ; mais les GTanlois, qui bien savoient qu’on leur bailloit là plus grand’ charge du département de Calais qu’à tous les autres , dont ils étoient très mal contents, ne vouloient mettre jus leurs armes. Si contendoient à faire de grands nouvellelés et étoient en moult grand discord l’un contre l’autre : par quoi il convint que leur prince y allât. Lequel là venu, lui firent bailler plusieurs articles de remontrances ; desquelles en y avoit aucunes qui vouloient savoir pour quoi le siège n’avoit été mis par mer devant Calais comme par terre, si comme il avoit été conclu ; et aussi pour quelle raison le navire d’Angleterre n’avoit été ars, comme on avoit ordonné. A quoi on leur fil réponse, de par le duc de Bourgogne, qu’au siège par mer, il leur étoit impossible, comme bien savoient les mariniers à ce connoissanls, que navire y sût arrêter, par fortune de mer, sans péril d’être boulé forciblement par devers la terre en divers lieux en la subjection de ses ennemis ; et avecque ce , les Hollandois, qui lui avoient promis une aide et accordée pour fournir le dit navire, lui avoient failli de promesse. Et au regard du navire d’Angleterre qui n’avoit point été brûlé , les gens et vai.sseaux qui avoient à ce été ordonnés à l’Ecluse pour ce faire n’avoient nullement eu vent propice pour y aller, mais leur avoit toujours été contraire. Et quant à plusieurs autres points qu’ils requéroient, c’est à savoir d’avoir trois capitaines pour gouverner la ville de Gand, pour faire procession par le pays à main ar¬

mée, de garnir les forteresses des gens natifs du pays de Flandre , d’apaiser le discord d’entre ceux de Bruges et de l’Écluse et de plusieurs autres besognes requises par eux , leur fut par icelui duc faite si bonne et raisonnable réponse qu’ils furent assez contents de lui; cl se rclrahirent ceux qui étoient armés au marché des Vendredis en grand’ multitude, en leurs maisons; et laissèrent leurs armes, jà soit ce qu’ils eussent été fort émus de première venue. Et avoient aux archers de leur prince fait mettre jus leur bâtons qu’ils porloient après lui, disant qu’ils étoient forts assez pour le garder. En après, furent bannis de Gand messire Rolland de Hultekerque , messire Colard de Commines , messire Gilles de La Voustine , Enguerrand Auwiel et Jean d’Audain , pource qu’ils ne s’étoient remontrés comme bourgeois, ainsi comme les autres, quand il avoit été publié ; et écrivirent les dits Gantois à ceux de leur châtellenie que qui pourroit prendre l’un des dessus dits bannis et le mettre entre leurs mains, il auroit pour son salaire trois cents livres tournois avecque raisonnable dépens; et depuis furent faites plusieurs ordonnances pour la garde et défense du pays. Si furent commis plusieurs capitaines , desquels le seigneur d’Estenhuse fut établi capitaine ; le seigneur de Commines , à Gand ; messire Girard de Tournay, à Audenarde ; messire Girard de Ghistelles , à Courtrai. Et pareillement furent commis par toutes les autres villes aucuns nobles et gens de guerre selon l'état d’icelles, (ant selon les frontières vers Calais comme sur la mer et ailleurs. En outre fut publié que nul ne se partit du pays pour cause de la guerre et sur grand’ amende , et que chacun se pourvût et garnit d’armes selon son état et puissance ; et aussi que toutes bonnes villes et forteresses fussent réparées et fournies de vivres et habillements de guerre ; et avecque ce , que toutes fosses et barrières fussent visitées et réédifiées ès lieux et ès places accoutumés ; et tout aux dépens du pays et de ceux dessous qui les réédificalions se dévoient faire.

En après, pour mieux faire que laisser, convint que le dit duc des susdit dit de sa prodre bouche aux Gantois qu’il éloit bien content d’eux pour la départie de devant Calais , et

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qu’ils s’en éloient retournés par sa licence et ordonnance ; car c’étoit tout leur désir et alTcclion que d’en être excusés, pource qu’ils savoient et connoissoienl bien qu’ils s’en étoient partis trop honteusement. Et quand toutes ces besognes dessus dites furent ainsi remises en règle, comme dit est, le dit duc s’en retourna à Lille ; et lors vinrent devers lui le seigneur de Charny et aucuns autres vaillants hommes , qui amenèrent des parties de Bourgogne environ quatre cents combattants, qui furent mis en garnison sur les frontières du Boulenois. Et puis après, bref ensuivant, vinrent et arrivèrent les seigneurs d’Ansy et de Warenbon atout encore quatre cents combattants savoyens, lesquels dommagèrent moult les pays d’Artois, Cambrésis et vers Tournai; et puis les mena le seigneur de Wai enhon en garnison à Pontoise, là où ils furent grande espace de temps. Si étoient lors, par toutes les parties du royaume de France, les églises et le pauvre peuple oppressé et travaillé à l’occasion de la guerre, et n’avoient comme nuis défendeurs. Et nonobstant ta paix d’Arras faite, les Fran^'ois et Bourguignons, vers les pays et marches de Beauvoisis, Vermandois, Santois, Laonnois, Champagne et Réthelois, faisoient moult souvent de grandes entreprises les uns sur les autres, et prenoient querelles non raisonnables l’un contre l’autre. Pour quoi il advenoit moult de fois que les pays dessus dits, tant d’un côté comme d’autre, étoient courus et pillés, et avoient autant ou plus à souffrir comme par avant la dessus dite paix d’Arras. Si n’y pouvoient les pauvres laboureurs mettre autre provision, sinon décrier misérablement à Dieu leur créateur venleance ; et, qui pis éloit, quand ils obtenoient aicun sauf-conduit d’aucuns capitaines , peu cn'jtoit entretenu, mêmement tout d’un parti. Et »ntre-temps que ces besognes se faisoient , mesure Jean de Homes, sénéchal de Brabant, qui av>ii eu la charge avec le commandeur de la îMore de conduire le navire par mer et aller dev^i Calais quand le duc de Bourgogne y éloit, futroncontré par aucuns Flamands sur les dunes û la mer, ainsi qu’il alloit à ses affaires, à peth compagnie; lesquels le mirent à mort , dont i. (h( (juc jç Bourgogne eut au cii'ur très gran déplaisir.

Et d’autre part, après que le dit duc cul rapaisé les Gantois, comme dit est ci-dessus , et qu’il eut entendu que toutes les communes de sa comté fussent bien unies, si s’émurent les Brugelins'm très grand nombre pour aller assiéger l’Ecluse ; et .se tinrent en armes sur le marché par moult long temps. Et entre-temps mirent à mort l’cscoulelle de la ville, qui éloit un des olhciers du prince , nommé Yauslre d’Estembourg; cl fut pour ce qu’il no vouloil point aller en armes sur le marché avecipic le commun, où ils lurent bien six semaines; et étoient les capitaines Pierre de Bourgrave et Christophe Alinèrc. El y eul un nommé George Vauldeberques qui fit lever la duchesse et son fils de son chariot pour quérir ceux de dedans; laquelle duchesse pour lors y éloit; et rarrélèrcnl. Et puis après , quand elle se départit , lui ôtèrent de son chariot la femme de messire Jean de Homes, dont icelle duchesse fut moult troublée ; mais elle n’en put avoir autre chose. Si étoient avecque elle messir Guillaume et messire Simon de Lalain. Toi tefois, par certains moyens qui depuis se firent entre leur prince deux, se relrahirent en leurs hôtels; et leur pardonna pour celle fois leurs offenses et maléfices , pource qu’il avoit plusieurs grandes affaires vers eux.

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