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CHAPITRE L

sujets. De laquelle appellation le roi et généralement tout le conseil et clergé furent très mal contents : et pour tant présentement, à l’instance et requête de Tuiiiversité de Paris, le dit procureur fut pris et mis prisonnier en une cruelle chai tre, où il fut longuement.

En lequel temps le cardinal de Bordeaux , natif d'Angleterre, vint à Paris, en partie pour la dite union de l’église : et adonc retournèrent au dit lieu de Paris maître Pierre Paul , et le patriarche d’Alexandrie nommé maître Simon Cramault , lesquels deux avoient été envoyés en Italie comme ambassadeurs du roi de France et de l’université de Paris , aux deux contondants à la papalité , desquels grandement désiroient la venue les prélats assemblés au conseil dessus dit, afin qu’ils fussent avertis par iceux d’aucune besogne (ju’ils avoient à faire. Lequel maître Pierre-Paul , docteur en théologie , chevauchoit très souvent en habit de docteur avecque le dit cardinal parmi Paris, tout d’un côté, comme chevauchent les nobles femmes; devant lesquels cardinal et docteur dessus dits, l’abbé de Cauldebecq, de l’ordre de Cîteaux, docteur en théologie, proposa de par l’université pour l’union de l’église , et aussi fit l’abbé de Saint -Denis et un autre docteur en théologie proposant de par l’université pour l’union de l’église universelle. Et après, icelui cardinal, lui parlant de Paris par Boulogne sur la mer , s’en alla à Calais ; et lors l’abbé de Saint-Denis et un autre docteur en théologie , qui éloient en prison au Louvre, par le commandement du roi , furent mis dehors à la requête du cardinal de Bar, et furent du tout délivrés contre la volonté de l’université de Paris; et pareillement maître Pierre d’Ailly, excellent docteur en théologie, évêque de Cambrai , lequel étoit arrêté à l’instance de l’université , pour tant qu’il n’étoit pas à elle favorable , fut aussi délivré par le pourchas du comte Waleran de Saint-Pol et du grand conseil du roi.

Si éloient lors par toutes les parties de chrétienté grand’ divisions entre les gens d’église par le moyen des deux contendanis , lesquels on ne pouvoit concorder ni faire renoncer à l’église universelle.

Comment le duc .Tean de Bourgogre vint en l’aide de Jean da Bavièi e, évôqiie de I iége, son beau-frère, où il se combattit contre les Liégeois, lesquels il vainquit en bataille.

Or est ainsi qu’en ce temps le duc Jean de Bourgogne étoit moult ententif et curieux d’assembler gens de guerre , pour secourir son beau-frère l’évêque de L'ége , lequel , comme dit est ailleurs, les Liégeois avoient déboulé de son pays et icelui assiégé en la ville de Trect. Et pour tant, pour lui faire secours, manda de tous ses pays le plus de gens qu’il put finer, et aussi en autres lieux voisins ses amis et alliés, c’est à savoir, ceux de la duché et comté de Bourgogne, de Flandre, d’Artois et des marches de Picardie , lesquels y vinrent en très grand nombre et noble appareil. Vinrent aussi plusieurs Savoyens ; et avec ce manda le comte de Mareuse , Ecossois, lequel étoit à Bruges atout quatre-vingts combattants prêts pour retourner en Ecosse , lequel y vint ; et s’assemblèrent tous environ le Tournésis ; auquel lieu le dit duc vint devers eux, et eut aucun parlement avecque ses plus féables capitaines en la ville de Tournai. Et de là , le onzième jour du mois de septembre, se lira atout ses gens d’armes et grand nombre de charrois chargés de vivres et d’artillerie, versEnguien, auquel lieu il fut reçu par le seigneur du dit lieu très joyeusement ; et lendemain alla à Nivelle en Brabant, à une lieue près de Piéruels, appartenant héréditablement uu seigneur de Piéruels dessus nommé , gouverneur du pays de Liège ; et de là se tira en la ville de Florines, auquel lieu vinrent devers lui envoyés de par le roi de France, comme ambassadeurs , messire Guichard Dauphin et sire Guillaume de Tignonville, naguère prévôt de Paris, avec lesquels étoit maître Guillaume Bourralier, secrétaire du dit roi. Lesquels, après qu’ils eurent audience de parler au dit duc, lui remontrèrent comment ils étaient là envoyés de par le roi et son grand-conseil pour deux choses : la première, afin que les Liégeois dessus dits et leur évêque se voulsissent soumettre du discord qu’il avoient l’un contre l’autre sur le roi et sur son grand-conseil. Secondement, le roi sigiiifioit au duc de Bourgogne par ses Icitres-royaux la poursuite que la duchesse

d’Orléans douagière et ses enfants faisoient contre lui pour la mort du duc d’Orléans , défunt, et les réponses que faisoient iceux ses adversaires contre les accusations que autrefois il avoit faites à l’encontre d’icelui duc d’Orléans, et comment elle requéroit très instamment justice , et scs conclusions lui être adjugées contre le dit duc de Bourgogne, en disant que de droit lui devoit être fait, et par milles raisons le roi ne se devoit ni pouvoit excuser qu’il n’en fît justice. A quoi fut répondu en bref par le dit duc de Bourgogne, quant à la première requête, qu’il vouloit, tant (pi’il lui touchoit , obéir au roi et à ses com- | mandements; mais son beau-frère, Jean de Bavière, duquel il avoit épousé la sœur, lui avoit requis à grand’ instance qu’il lui fît et donnât secours à l’encontre des communes cl j ses sujets du pays de Liège, qui contre lui s’é- j tüient rebellés et de fait l’avoient assiégé ; et ; avoit eu pareillement requête du duc Guillaume , comte de Hainaul, son beau-frère, et aussi frère au dit Jean de Bavière. Pourquoi, quant à ce, ne pouvoit dissimuler ni rompre son armée, parce que entre-temps (pie ambassadeurs iroienl d’un côté et d’autre, icelles communes pourroienl mettre le dit .Ic'an de t Bavière, leur évêque et seigneur, en trop grand danger ou nécessité, qui pourroil, en conclusion , être excmjile à telles manières de gens que sont communautés, commencement de rébellion universelle; et qu’avecque ce que le roi j et messeigneurs de son grand-conseil se pourroienl bien déporter légèrement , et sans préjudice, de telles ou pareilles requêtes, attendu que milles des parties dessus dites n’étoient sujets au royaume de France.

El (piant au second point , icelui Jean de ' Bourgogne lit réponse (pie lui retourné de ce voyage et entreprise, il iroit devers le roi et feroil envers lui et tous autres tout ce que â i bon sujet et si prochain parent comme il éloil i du roi aiipartiendroit. |

Après lesquelles réponses, iceux ambassa- i ' deurs. non vo ant qu'ils pussent avoir pour lors autre provision sur le contenu de leur dite ambassade, furent assez contents ; et enfin se conclurent les deux chevaliers dessus dits d’être à la journée qu’allendoit le dit duc de Bour- ' gogne d’avoir à l’encontre d’iceux Liégeois. '

Durant lequel temps vint devers le dit duc de Bourgogne, du pays de Ilainaut, le duc Guillaume, son serourge, accompagné des comtes de Gonversan, de Namur et de Salm en Ardennes, avecque [ilusieurs notables seigneurs, tant chevaliers comme écuyers, de ses pays do Ilainaut, Hollande, Zélande, Üstrcvanl et autres lieux, jusqu’au nombre de douze cents bassinets ou environ , et deux mille piétons bien habillés avec lui , et de ciiui â six cents que chars, (pic charrettes, chargées de vivres cl habillements de guerre. El après qu’au dit lieu de Flourincs et en la marche d’environ ils eurent eu plusieurs conseils l’un avec l’autre, pour savoir comment ils s’auroient à gouverner et conduire en icelle cxercile, se conclurent enfin qu’ils sc tireroient chacun atout sa puissance par deux divers chemins en approchant leurs ennemis, et que certain jour se Irouveroient tous ensemble pour iceux combattre s’ils le vouioienl attendre. Etful ordonné que le dit duc Guillaume iroit par-devers lui, en dègâtanl le pays par feu et par épée; et le duc de Bourgogne , cl avec lui le comte de IMarcuse et toute sa puissance, chevaucheroil par aucuns jours tout le chemin de la chaussée Brunehault, laquelle mène tout droit â Tongres et à Trecl : auquel lieu de ’i’reci , le seigneur de Piéruels et les Liégeois avoient, comme dit est, assiégé leur évèipie et seigneur, Jean de Bavière. El ainsi les deux ducs dessus dits cheminant par divers chemins en dègâtanl pays, le mardi, mercredi, jeudi et vendredi, vinrent le samedi aux vêpres loger en la ville de JMonlenay , assise sur la dite chaussée, et en icelle à l’environ se logèrent tous ensemble, faisant un seul et singulier ost, pour lequel conduire et loger éloienl ordonnés deux maréchaux : c’est à savoir, de parle duc de Bourgogne, le seigneur de Vergy, et de par le duc Guillaume, le seigneur de Jumont. En laquelle compagnie éloienl bien cinq mille bassinets , sept cents arbalétriers et quinze cents archers , toutes gens de bonne étoffe , avec bien seize cents que chars que charrelles d’armures et artilleries, vivres et plusieurs autres choses nécessaires à guerre, comme dessus est dil.

En lequel jour de samedi, le dessus dil seigneur de Piéruels et son lils, (jui ètoit nouvel

CIIROMQI.IES ])'ENGI:ERRAND de MONSTRELET. [1408]

cvCquc par l’accord de ceux du pays tenant leur siège devant la dise ville de Trect, ouïrent certaines nouvelles par leurs espies cl autres gens qu’ils avoienl à ce coniinis, que les ducs dessusdits, très puissamment accompagnés, les approchoient en détruisant leur pays. Et pour ce, tantôt cl hâtivement se départirent de 'leur dit siège , et s’en retournèrent bien quarante mille combattants en la cité de Liège, et là se logèrent ; laquelle cité est à cinq lieues ou environ d'icelle ville de Trect; et eux là venus tinrent moult grand parlement avec les autres Liégeois qui pas n’avoient été au dit siège. Après lequel il fut crié au dit siège publiquement par toute la ville en plusieurs lieux de par le dit seigneur de Piéruels, leur maim- •bourg et gouverneur, et de par son fils, leur évêque , que tous hommes qui pourroient armes porter, le lendemain bien matin, au son de la cloche, fussent prêts et appareillés pour issir d’icelle ville avec les dessus dits et aller où il les voudroient mener et conduire. Laquelle chose fut ainsi faite : car le lendemain , vingt-troisième jour de septembre 1418, issirent hors de la cité, comme on pouvoil estimer à la vue du monde, bien cinquante mille ou environ, entre lesquels ètoient de cinq à six cents hommes de cheval , bien armés selon la coutume des François-, et si avoient de cent à six vingls archers d’Angleterre, qui ètoient venus les servir à leur souldée ; et avec ce très grand multitude de chars et charrettes , ribaudequins ’ et coulevrines chargées , et troussées plusieurs et divers habillements à eux duisables et nécessaires. Et ainsi, comme il leur avoit mandé , au son de la cloche, dès le point du jour, s’en issirent tous ensemble en belle ordonnance, ayant grand désir d’assembler à bataille avec leurs adversaires, et ensuivant leur maimbourg et évêque dessus dits, lesquels pour vrai y allèrent très enuis et en partie comme contraints. El leur avoit ledamoisel de Piéruels, en plusieurs de leurs conseils, remontré moult de fois que d’assembler à bataille avecque leurs adversaires , ce leur pouvoit être grand péril, parce qu'ils ètoient en la plus grand’ partie tous nobles

‘ Sorte de machine de siège avec laquelle on lançoit des javelots.

hommes, usités et éprouvés en fait de guerre, et d’une même et seule volonté concordée sans diverses opinions l’un avec l’autre, ce que point n’étoient les dits Liégeois, comme il leur disoit; et leur valoit mieux demeurer en leurs villes et forteresses, en .gardant icelles, et travailler leurs dits adversaires par diverses manières en les rencontrant à leur avantage, et iceux par longue continuation débouler de leurs pays.

Lesquelles remontrances ne furent pas agréables aux dessus dites communes ; et sembloit que, vu le grand nombre qu’ils ètoient, leurs ennemis ne pourroient résister contre eux, et ne prenoient pas en gré icelles remontrances. Et pourtant icelui maimbourg voyant iceux Liégeois par signes et par paroles ardemment désirer la dite bataille, les mena aux pleins champs et les mit en bonne ordonnance, eux enhortant et admonestant moult souvent et amiablement qu’ils voulsissent à ce jour être d’une même volonté à eux entretenir tous ensemble pour mourir, en défendant leurs vies et leur pays contre leurs dits adversaires qui les venoient assaillir.

Et en ce faisant et remontrant furent conduits et menés jusqu’à assez près de Tongres, à cinq lieues de la dite cité de Liège : auprès de laquelle ville de Tongres ètoient arrivés et venus, le samedi au soir, les deux ducs dessus nommés avecque toute leur puissance, qui déjà ètoient avertis que les dits Liégeois avoient levé leur siège pour les venir rencontrer et combattre. Et pour ce , après qu’ils eussent eu plusieurs conseils avecque leurs (apitaines et autres des plus experts de leur compagnie, envoyèrent le dimanche très matin environ deux cents chevaucheurs , que conduisoit Robert le Roux et autres nobles de la marche environ, pour enquerre la vérité d’iceux adversaires. Lesquels assez tôt après retournant, rapportèrent pour vrai à iceux deux ducs qu’ils avoient vu les dits Liégeois en très grand nombre venant en ordonnance de bataille. Lesijuels oyanl icelles nouvelles, firent diligemment et hâtivement préparer toutes leurs gens et les mettre en belle ordonnance pour aller contre iceux et les rencontrer.

Et quand ils eurent chevauché comme demi*

lieue, ils les commencèrent à voir tout à plein: et aussi les pnuvoient voir les dits Liéj^ois, étant assez près de Tongres. Etadonc s’approchèrent assez près les uns des autres, et se mirent les ducs atout leurs gens à pied en une place assez avantageuse, pensant que les dits Liégeois venroient vers eux pour les envahir; et ne firent qu’une seule bataille , afin de soutenir mieux le faix de leurs adversaires , laissant derrière eux leurs chevaux , chars et charrettes, et mirent par manière d’ailes grand’ partie d’archers et arbalétriers, lesquels archers conduisit en ce même jour très sagement, de par le duc de Bourgogne , le seigneur de ]Miraumont. Lequel duc de Bourgogne étoit à dextre de la bataille, et le duc Guillaume à séneslre, chacun d’iceux ducs accompagné de ses gens. Et là, après qu’ils eurent fait leurs ordonnances et mis leurs gens en conduite selon l’opinion des plus experts de la compagnie , furent faits de celte partie très grand’ quantité de chevaliers nouveaux.

El assez tôt après , les dessus dits Liégeois , enflés et remplis d’orgueil, répulanl les dits ducs et leurs gens pour peu de chose , s’approchèrent d’iceux assez près, cl eux trayant vers le droit lez, sur une haute place nommée communément le Champ du Comble de Ilasebain ; là s’arrêtèrent en moult belle ordonnance , ayant avecque eux l’étendard Saint-Lambert et plusieurs bannières de leurs métiers. El la cause pourquoi là ils s’arrêtèrent , si fut pource que les plus anciens de leurs gens disoient qu’en ce même lieu autrefois leurs devanciers avoienteu victoire; et pour tant présentement derechef créoient l’avoir. El de là incontinent commencèrent à eux mettre en très belle ordonnance de bataille, et jetèrent plusieurs canons contre leurs adversaires , desquels grandement les travaillèrent.

Est à savoir qu’entre iceux deux batailles ètoil une petite vallée, et au fond et au milieu d'icelle avoil un petit fossé par lequel couroienl les eaux en temps de pluies ; et quand les dits ducs et leurs gens eurent un petit attendu, véanl que du dit lieu cl place les dits Liégeois ne se parloienl pour approcher, prirent brief conseil pour, avccque aucuns de leurs chevaliers experts cl sachants armes , pensant que plus hardis sont en bataille les

envahissants que ne sont les attendants, si conclurent et délibérèrent tous d’un commun accord que prestement ils iroient assaillir les dits Liégeois tous ensemble en bonne ordonnance, par poses et reposements, pour le faix de leurs armures, et iceux combaltroient en leur dite place, avant ce qu’ils se fortifiassent ni accrussent plus par nombre de combattants.

Toutefois, en cette même heure , ordonnèrent , pour rompre l’ost des dits Liégeois et ceux envahir par derrière, cinq cents hommes d’armes à cheval ou environ, avec mille autres combattants, desquels furent conducteurs et capitaines, de par le duc de Bourgogne, les seigneurs de Croy, de Ilelly, de Neuville et de Basse, chevaliers; avec eux Enguerrand de Bournonville , écuyer. Et de par le duc Guillaume furent commis et ordonnés avec les dessus dits, les seigneurs de La Hamède et de Ligne , chevaliers ; avecque eux Robert Le Roux, écuyer, qui tous ensemble se tirèrent aux pleins champs, ainsi comme il leur avoit été ordonné; et adonc iceux Liégeois voyant la compagnie dessus dite départir de l’ost des deux ducs et aller au loin, comme dit est, cuidèrent pour vrai qu’ils s’enfuissent, pour doute de ce qu’ils les véoienl en si grand nombre. Si commencèrent de toutes parts à crier de haute voix en leur langage : Fnijol fuyo! en répétant par plusieurs fois la dite parole. Mais continuellement le seigneur de Piéruels, leur chef fait et conducteur, comme sage et bien enseigné en de guerre, les relrahit bénignement et doucement de leur cri, noise cl violence, disant à iceux : « Mes très chers amis, icelle compagnie » à cheval que véez devant vous ne s’enfuit » pas comme vous cuidez ; mais quand icelle >' autre compagnie à pied moult plus grande, » comme vous pouvez voir, sera attentive à » vous envahir et combattre prestement, iceux » que vous véez à cheval surviendront de Ira- » vers par bataille instruite et ordonnée, et » s’efforceront de vous séparer et di\iser par » derrière , entre-lenq)s que les autres vous » assaudront par devant. Et pourtant, très >> chers amis, nous avons la bataille par devant » nos \eux que je vous avois toujours désen- » horlé et déconseillé ; laquelle de tout votre » cœur vous désirez avoir, comme si déjà » fussiezsûrsde la victoire. Néanmoins, comme

CllKUMQllES lyEiNGUEKEArsü DE MüiNSTRELET.

" aulrd’ois vous ai dit, pourcc que n’èles pas » si bien usités en armes, ni ainsi armés que » sont vos adversaires , lesquels sont ù peu » prés tous faits cl appris de la guerre, vous ’> avois conseillé que tarder la bataille vous » étoit prolitable , et qu'eussiez gardé votre » pays, villes et forteresses, cl iceux vos enne- » mis envahis et diminués petit à petit. Pcul- « être iceux vos ennemis envahis ou diminués » petit à petit se fussent tannés et retraits » dans leur pays, villes et forteresses, et on « eCll pu trouver aucun bon appoinlement. « Toutefois le jour est venu que vous avez « tant désiré ; si veuillez d’une môme volonté » mettre toute votre espérance en Dieu, et en- " vahir hardiment et courageusement vos dits « adversaires pour votre pays défendre. » Après lesquelles paroles par lui dites et remontrées, il voulut mettre une compagnie à cheval de ses meilleurs gens pour aller contre les autres par-dessus nommés; mais à vérité dire les dites communes ne le voulurent pas souffrir monter à cheval : ainçois lui dirent moult de laidenges et de reproches , icelui réputant pour traître. Lequel souffrant patiemment leur sotte et rigoureuse rudesse , il ordonna brièvement son ost en quarrure , et par devant éloil en triangle; c’est à savoir en trois côtés. Après ordonna au dos, au dextre et séneslrc côté du dit ost, ses chars et charrettes très bien établis par belle ordonnance ; et éloient leurs chevaux sur le derrière par un des côtés, et par dedans étoienl leurs archers et arbalétriers, desquels le trait éloit de petite valeur, excepté les archers anglois, qui furent mis ès lieux plus convenables et nécessaires. Et le dit seigneur de Piéruels , accompagné de son fils l’évêque et d’aucuns les plus excellents de sa compagnie en armes, en manière de bon meneur se mit au front devant contre ses adversaires. Durant lequel temps , en ce môme dimanche, environ une heure après midi , les deux ducs dessus nommés , semblablement en marchant avant pour aller à l’encontre de leurs dits adversaires, enhorlérenl leurs gens chacun en droit soi moult amiablement , disant qu’ils envahissent vigoureusement et hardiment iceux et qu’ils combattissent par courage ferme et stable cette sot gcnl, qui étoient rebelles à leur seigneur et moult rudes, eux confiants en leur

grand nombre et multitude, disant que si ainsi le faisoienl ils auroient victoire , et emporteroienl sans faillir honneur perdurable.

Après les(juelles choses et outres semblables, dites et remontrées par les dits ducs chacun à sa gent, ils se retrahirenl chacun en leurs lieux ordonnés, auprès de leurs bannières; et tantôt par reposées, comme dit est, approchèrent moult fort de leurs ennemis, lesquels commencèrent très fort à jeter de canons. Si portoit la bannière du duc de Bourgogne un très vaillant chevalier, nommé messire .lacques de Courtejambe, lequel à l’approcher chut à genoux, dont aucuns curent grand’ déplaisance , doutant que ce ne fût signe d’aucuns maux à venir ; mais il fut tantôt relevé à l’aide de ceux qui étoient auprès de lui pour la garde , et se porta et maintint ce jour très prudemment; et étoit icelui chevalier natif des pays du duc de Bourgogne ; et la bannière du duc Guillaume fut portée en cette besogne par un gentil chevalier, nommé messire Olhe d’Escaussines , qui bien se maintint.

En après, les deux osls joignant l’un contre l’autre, y eut très àprement horrible cl épouvantable bataille , commencée d’une partie et d’autre, laquelle dura par d’une heure ou environ, en frappant coups merveilleusi ment, et souvent les uns sur les autres. Et entre-temps, la compagnie à cheval des dits ducs, comme il leur avoit été commandé et enjoint prestement que les dessus dites batailles furent assemblées, vinrent et envahirent au dos les dits Liégeois, lesquels, par empêchement des chars et des charrettes, à très grand’ peine entrèrent en eux; mais en la fin, par force, et vaillance firent tant qu’ils eurent entrée, et par moult grand entente, commencèrent à séijarer , diviser, abattre et occire. Et ainsi qu’ils étoient à ce faire très enlentifs, les aucuns d’iceux, élevant leurs yeux, virent bien six mille Liégeois partant de leur ost et bataille, lesquels, atout leurs engins et banniébes de leurs métiers , s’en alloient moult légèrement , fuyant vers une ville champêtre, étant à demi-lieue près ou environ de la bataille. Et cependant la dite compagnie de cheval, voyant iceux ainsi fuir, délaissèrent ce qu’ils avoient encommencé , et tantôt après iceux allèrent, et les envahirent très ûpremenl, non mie tant seulement une

LIMIE PUKMIEK.

[l4üS]

fois, mais plusieurs, iceux abattant et occisant très terriblement, sans en avoir merci. Et aclonc fu ont faites si grands douleurs et gémissemens d’iceux ainsi abattus, que ce scroit longue chose à raconter, et finalement furent mis en si grand desroi et déconfiture que, pour la crémeur de mort, aucuns fuirent au bois, et les autres ès autres lieux où ils se pouvoient musser et sauver.

Ainsi donc icelle compagnie du tout déconfite, occis, navrés, pris et dévêtus par ceux de cheval, comme dit est, retournèrent derechef en la grosse bataille, pour secourir leurs gens qui combatloient par merveilleuse vertu et puissance, contre leurs ennemis qui se défendoient et les assailloient très puissamment. Et pour vérité, celle bataille fut moult dou,teusc, car par l’espace de demi-heure on ne

Ipouvoit pas connoître ni apercevoir laquelle compagnie étoit la plus puissante en combat- I tant. Si étoit lors grand' cruauléd’ouïr le grand 1 bruit que faisoient les deux parties contre l’au- ! trc; et crioienl à haut cri les Bourguignons et j Ilainuyiers, chacun sous sa bannière : Nolrej Dame Bourgogne! Notre-Dame Ilainaut! et f les dits Liégeois crioient : Saint -Lambert!

1 Piéruels! El peut-être qu’iceux Liégeois eusj sent eu la victoire, si icelle compagnie de che- : val, retournée de l’occision des dessus dits fuyants, ne fût derechef survenue au dos des [ dits Liégeois; laquelle compagnie se porta si vaillamment en celle besogne que leurs adversaires furent incontinent par eux très percés, jaçoil ce que chose à leur pouvoir ils résistassent contre eux. El adonc en assez brief terme fut faite d’iceux grande occision sans prendre nulli à finance.

El k\, pour vrai, par la forte diligence et vigueur des dessus dits de cheval, commencèrent I cl cheoir gens sans nombre l’un sur l’autre ; car i avecque ce, le faix et la puissance de la bataille de pied tourna sureux. Pourquoi ils y furent en assez brief terme tournés ii déconfiture; td churent par milliers morts cl navrés, en grand’ confusion et désolation l’un sur l’autre , en telle I manière que les monts et multitude des morts et navrés éloienl en plusieurs lieux plus grands que ne sont les chaumes des moissons au mois d’août. El de ce on nedoit point avoir trop grand’ merveille, car assemblées do communes petite¬

ment armées et pleines de leurs volontés Irraisonnables, nonobstant qu’ils soient grand nombre, à peine peuvent-ils résister contre multitude de nobles hommes accoutumés et éprouvés en armes, mêmement quand Dieu le soulTre ainsi être fait.

Et en icelle heure, assez prés de la bannière du duc de Bourgogne, où étoit le plus grand fait de ladite bataille, churent le seigneur de Piéruels cl ses deux fils : c’est à savoir celui qui étoit élu évêque, et un autre, lesquels présentement furent mis à mort. Le damoisel de Salm, qui porloit l’étendard Saint- Lambert, c’est à savoir fils aîné du comte de Salm dessus dit, qui se comballoit aux deux ducs, sire Jean Collet et plusieurs autres chevaliers et écuyers, jusqu’au nombre de cinq cents et plus, avec tous les archers anglois, et bien vingt et huit mille des dites communes, ou au-dessus, furent tous morts en icelle place, et plus par trait que par autre manière. Messirc Baudouin de Montjardin, chevalier, pour sauver sa vie, se rendit au duc de Bourgogne, et fut mené et conduit hors de la bataille, et depuis donné par le dit duc à messire Guicharl de Boves.

Tant qu’est à parler de la constance, hardiesse et vaillance d’icelui duc de Bourgogne, et comment en sa dite bataille, au commencement d’icelle , en décourant de lieu à autre sur un petit cheval, enhorla et bailla à scs gens grand courage, et comment il se maintint jusqu’en la fin n’est besoin d’en faire grand’ déclaration; car pour vrai il fil là si grandement qu'il en fut loué et prisé de tous ses chevaliers et autres de scs gens, et oneques de son corps sang ne fut trait pour icelui jour, combien qu’il fût plusieurs fois travaillé et atteint de traits et d’autres dards. Toutefois , quand il fut demandé après la déconfiture si on cesserojt de plus occire iceux Liégeois, il fit réponse qu’ils mourroient tous ensemble, et que pas ne vouloil qu’on les prenst à rançon ni mît à finances.

Pareillement le duc Guillaume et tous les autres princes, avec généralement toute la chevalerie et noblesse tl'icelles deux parties, se portèrent très vaillamment, et furent morts de leurs gens à cette journée environ de cinq à six cents Jiommes, entre lesquels furent morts Jean de la Chapelle, chevalier, conseilhr du dit

duc, messire Florimond do Brimeu, Jean do La Triinoiiille, qui en ce jour avoit él6 fail chevalier, Ilugolin de Nanfon, Jean deThouenne, viconile de Bruniquel, natif d’Aquitaine, Daniel de Lauipoule, natif de Hainaut, Roland de La Motte, et aucuns autres, jusqu’au nombre de cent ii six. viugls gentilshommes, et le surplus varlels.

El adonc, ainsi que les deux ducs dessus dits éloiont demeurés victorieux , issirent de la ville de Tongres environ deux mille hommes, pour cuider aider à leurs gens; mais quand ils les virent de loin ainsi déconfits, si commencèrent à retraire vers leur ville, et furent poursuivis de la compagnie de cheval dont dessus est faite mention, et derechef en tuèrent grand’ quantité, et puis retournèrent devers les dits ducs; lesquels, après qu’ils virent tout à plein qu’ils éloient du tout demeurés victorieux sur la place, et que leurs ennemis étoient du tout déconfits, s’assemblèrent ensemble ; et là, en regraciant leur créateur de leur glorieuse fortune, firent grand’ liesse les uns avecque les autres, et tantôt se logèrent en leurs tonies, auprès du dit lieu où la dite bataille avoit été, et là demeurèrent quatre jours et trois nuits.

Duquel lieu les ambassadeurs du roi, dessus nommés , après qu’ils eurent pris congé du duc , se partirent , et par Tournay et autres lieux retournèrent à Paris devers le roi et son grandconseil. Mais par avant leurvenue, le ditducde Bourgogne avoit jà envoyé un sien chevaucheur portant ses lettres et nouvelles de sa victoire devers le dessus dit roi et autres ses bons amis ; pour lesquelles nouvelles plusieurs grands seigneurs et autres ses adversaires , qui éloient au dit lieu de Paris , à intention de faire poursuite devers le roi contre icelui duo , pour la mort de défunt Louis, duc d’Orléans , ne furent pas de ce grandement réjouis , mais eurent au cœur grand’ tristesse; et pour le contraire ceux tenant son parti en eurent grand’ liesse.

Or est ainsi que le lundi, lendemain de la dite bataille , ainsi qu’à douze heures , Jean de Bavière , évêque de Liège , et avec lui le damoiseau de Hainsebergh , et plusieurs autres nobles et non nobles, jusqu’au nombre de six cents bassinets ou environ , vinrent de la

ville de Trect , où ils avoient été assiégés , à l’osl des deux ducs dessus dits , lesquels il remercia très humblement du secours qu’ils lui avoient fait ; et fut d’iceux et de leur chevalerie reçu à très grand liesse. Si lui fut à sa venue fait présent de la tête du dit sire de Piéruels , lequel avoit été trouvé mort avec les autres, avec ses deux fils dessus dits ; et fut mise au bout d’une lance , pour icelle montrer à tous ceux qui la vouloient voir ; elle mardi ensuivant, jour de saintFremin , martyr , la cité de Liège , Huys, Dinant et Tongres, avec toutes les autres bonnes villes de la terre de l’évêché de Liège , excepté le chûlel de Bouillon , voyant et oyant la grand’ destruction de. leurs gens et la puissance de leurs ennemis, et atteints de peur , non voyant espérance de quelques secours, se rendirent en l’obéissance des dits ducs de Bourgogne et de Hollande , par le rapport de leurs ambassadeurs ; lesquels à ce faire ils envoyèrent par divers iceux , en suppliant aussi très humblement au dit Jean de Bavière, leur seigneur et évêque., qu’il les voulsîl recevoir à merci et miséricorde , requérant humblement sa grâce. Laquelle chose le dit évêque octroya par le moyen d’iceux ducs , pourvu toutefois que tous les coupables de la sédition mauvaise et perverse , desquels plusieurs étoient encore envie, et qu’on leur dénommeroit , ils rendroient et délivreroient en la main des dits ducs , pour en faire ce que par eux en seroit appointé par justice, et pour ce chacune d’icelles bonnes villes bailla bons Otages et bonne sûreté, telle qu’ils voulurent avoir selon leur bon plaisir.

Et le jeudi ensuivant, les deux ducs, avec euxl’évêqueet toutleurost,parlantdudillieu , allèrent vers Liège ; et se logea le duc de Bourgogne en une ville nommée Flavie , sur la rivière de Meuse , à une lieue près de la dite cité de Liège ; et le duc Guillaume et son frère l’évêque se logèrent assez près ès montagnes.

Le dimanche ensuivant, iceux ducs et l’évêque, avec eux tous les conseillers d’icelles parties , se mirent ensemble ; et y eut plusieurs conseils mis avant sur les besognes dessus dites , jusqu’au mardi ensuivant; auquel jour l’évêque dessus nommé alla à la cité de Liège et fut reçu du remain des habitants en grand’ humilité. Et déjà éloient pris en icelle et en

CHROMQUES D’ENGUERRÂND DE ftlONSTRELEï.

toutes les autres villes, et mis en prison les plus coupables de la dite conspiration. Si alla premièrement à l’église cathédrale de Saint- Lambert faire son oraison et icelle réconcilier, et après ce alla à son palais, où il fut très humblement requis de tout son peuple généralement qu’il eût d’eux miséricorde, laquelle requête il accorda , et brief ensuivant retourna aux champs devers les ducs. Lendemain , environ deux heures après midi , s’assemblèrent iceux ducs et évêques en un lieu assez haut, qui étoit auprès de leur ost, avec eux plusieurs nobles hommes de leur compagnie, et là, par mes-.ire Jean de Jumont , maréchal du duc Guillaume, comme dessus est dit , et selon le commandement et ordonnance des dits ducs, l’évêque fit amener de la dite cité le damoiseau de Rochefort, noble homme et riche, Jean de Saraine, chevalier, et autres quinze bourgeois, lesquels par le bourel, les uns après les autres, eurent les têtes coupées. Et pareillement plusieurs hommes d’église, et aussi aucunes femmes , pour la cause de celle même conspiration , furent mortes et noyées en la rivière de IMeuse.

El le lendemain les dits ducs et évêque, avec tout leur ost , tous ensemble retournèrent vers lui, et se logèrent à trois lieues, près une ville nommée Beaucloquet, auquel lieu ils eurent plusieurs parlements ensemble sur les affaires du pays. El là vint le comte de Nevers, qui venoit à l’aide de son frère le duc de Bourgogne atout quatre cents combattants ; auquel lieu pareillement furent amenés par le dit seigneur de Jumont dix-neuf bourgeois de la dite ville do lluys, qui furent, comme les autres et pour pareil cas , décapités : et comme devant furent derechef noyés plusieurs gens d’église et aucunes femmes.

Vint au dit lieu dessus dit encore devers icelui duc de Bourgogne, pour le servir, Amé de Viry, savoyen , noble homme et très expert en guerre, accompagné de trois cents bassinets des pays de Savoie.

En après, les ducs, l’évêque et tous leurs conseillers eurent plusieurs parlements, et par plusieurs journées, sur les affaires du pays de Liège ; et e fin conclurent tous ensemble avec Jean de Bavière, lequel fut alors nommé Jean sans Pitié, qu’ils s’assembleroienl tous on-

semble en la cité de Tournay, le jour saint Lue ensuivant, pour là conclure et délibérer sur toutes les besognes qu’ils avoienl à faire louchant cette matière.

El après qu’ils eurent fait faire au pays plusieurs justices de très grand nombre de gens accusés des conspirations dessus dites et aussi fait abattre et démolir les fortifications de la ville de Iluys , Binant et d’aucunes autres places, se départirent iceux ducs du pays pour retourner en leurs dits lieux, et emmenèrent avecque eux très grand nombre de Liégeois, lescpiels étoient baillés en étage de par bonnes villes, afin d’entretenir entièrement les traités qui leur seroient appointés à faire. Desquels étages une partie furent envoyés en Hainaut , à Mons et en Valenciennes de parle ducGuiL laume , et l’autre partie furent menés à Lille , à Arras et autres places du duc de Bourgogne. Lequel duc s’en alla en son pays de Fland.i-e, et le duc Guillaume en Hainaut , après qu’ils eurent donné congé à leurs gens d’armes. Et la plus grand’ partie retournèrent des lieux dont ils étoient partis , remplis et enrichis très abondamment des biens d'iceux Liégeois ; lesquels Liégeois généralement demeurèrent en leur pays très dolents et amatis de la douleur qui leur étoit advenue. Si furent en celte exercite avecqucle dit duc de Bourgogne plusieurs grands seigneurs de ses pays; c’est à savoir, des pays de Bourgogne : messire Jean de Châlon , messire Gaultier de fluzpes , le seigneur de Vergi, maréchal de Bourgogne, le seigneur de Saint - George , messire Jean de La Balme , messire Guillaume de Champ-Divers, messire Jacques de Courtejambe, le seigneur de Montage, et plusieurs autres. El des marches de la Picardie: les seigneurs de Croy, de Ileilly, de Fosseux, de Wavrain , messire Boort Quieret et ses frères, le seigneur d’Ancy, le seigneur de Basse, le seigneur de Brimeu, messire Régnault de Cré(jui , seigneur de Couches , Enguerrand de Bournonville, le seigneur de Ront, messire Raoul de Flandre, le seigneur de Poix, messire Guicharl de Boves, le seigneur d’Auxi, le seigneur de JMailli , le seigneur de Thiennes et le seigneur d’Azincourl. Et des pays de Flandre: messire Jean et messire Louis do Guislelle , le seigneur de llam , messire Jean de Railleul , messire Collai t de Fosseux , cl en

CHRONJQLES D Ei\Gl]ERR4^D DE MONSTRELEÏ. [1408]

général toute la plus grand’ partie de tous les nobles des dessus dites marclies do Picardie. Et pareillement y avoit icelui duc Guillaume assemblé tous tes nobles et grauds seigneurs de ses pays, avec plusieurs autres ses alliés ; et si y fut aussi messire Jean de Béthune, frère au vicomte de 3Ieaux.

A laquelle assemblée ne se voulurent pas trouver, comme il fut commune renommée, est à savoir: Antoine de Brabant , frère au duc Jean de Bourgogne* ni Waloran de Luxembourg, comte de Saint-Pol, ponrce qu’ils savoient aucunement les paroles et convenances qui avoient été entre le dit Jean de Bavière, d’une part , et le soigneur de Piéruels et son lils, d’autre part, pour la résignation du dit évêché, comme en autres lieux est plus à plein déclaré, jaçoit ce qu’ils y missent aucunes autres excusations.

En après, les dessus dits ducs et tous leurs gens partis et retournés hors du pays de Liège, environ le jour qu’ils se dévoient assembler en la ville de Tournay, avec eux Jean de Bavière, évêque, pour rendre leur sentence à l’encontre des communautés, bonnes villes et pays de Liège, leur furent envoyés ambassadeurs notables et solennels d’icelle ville de Tournay; lesquels leur requirent instamment qu’il leur plût û eux assembler et convenir en aucune autre bonne ville, disant, en eux excusant, que si grande et telle assemblée leur pourroit porter grand préjudice, pour la petite provision des vivres et autres choses nécessaires qu’ils avoient de présent : laquelle requête leur fut accordée des dits seigneurs assez bénignement. Et au lieu d’icelle s’assemblèrent en la ville de Lille , au jour qui étoit pris par eux comme dessus est dit; et là furent emmenés en leur présence, c'est à savoir des dits ducs , évêque et leurs consaux , tous les Liégeois ou au moins la plus grand’ partie qui avoient été baillés en ôtage, et aussi plusieurs autres, lesquels étoient commis à y être pour ouir la dite sentence que dévoient faire les dessus dits, laquelle fut telle que cy sera déclaré.

S’ensuit la sentence dite et prononcée par écrit aux ôtagiers et commis du pays de Liège : « Selon l’ordonnance des ducs de Bourgogne et Je Hollande , laquelle ils veulent que selon la déclaralion d’icelle elle soit du loiit fermée et

accomplie, sans quelque faute ou interdit, quant à présent , et le surplus retiennent en eux à déclarer et faire déterminaiion entière toutes et quantes fois qu'il leur plaira.

» Premièrement, ils mettront en leurs mains toutes les franchises, coutumes et privilèges qu’avoient et ont les habitants de la cité de Liège et des villes et pays de l’évêché, situées en icelui pays de Liège, et de la comté de Los, du pays de Hasebain , de Saint -Tron, de la terre de Bouillon et des appartenances ayant privilèges, lois, franchises et coutumes. Et ordonnent que de présent les bourgeois de la dite cité de Liège et les autres dessus nommés apportent en la ville de Mons en Hainaut, le lendemain de saint Martin prochain venant, au monastère des écoliers de la dite ville, toutes leurs lettres des privilèges , lois , libertés et franchises qu’ils ont ; et icelles bailleront ès mains d’aucunes personnes qui aux dits lieu et jour seront commis de par les dits seigneurs à icelles recevoir. Et ceux qui apporteront les dites lettres seront tenus de jurer sur leurs âmes et sur les âmes d’iceux qui les envoieront qu’ils n’ont point laissé aucunes lettres de leurs dits privilèges, lois, libertés et franchises frauduleusement

«Item, veulent et ordonnent les dits seigneurs que si aucunes des dites lettres di;s privilèges, lois, franchises et libertés étoient délaissées à apporter devant les dessus dits commis par les dits seigneurs et eussent ceux des dites cités, terres, villes et pays de Liège et des appartenances délaissés à les envoyer, dès adoncques en seront privés perdurablem'':it.

» Item, ordonnent et établissent les dits seigneurs que ès mains de leurs dits commis, aux jour et lieu dessus dits, toutes alliances et convenances pour eux touchants icelles villes, cités et pays seront apportées et baillées aux dits commis, sur peine et serments semblables, comme dessus est dit en deux articles touchant iceux privilèges et alliances.

veulent qu’après la visitation des dites lettres de privilèges, et de là ensuivant celles dont sera appointé et ordonné, ne puissent donner nouvel privilège à iceux l’évêque de Liège et son chapitre aux habitants des dites cités, villes et pays, ni à aucune d'icelles, que ce ne soit par le consentement et conseil d’i-

LIVRK PREMIER.

ceux ducs dessus nommés ou de leurs successeurs.

» Item, ordonnent que d’ores-cn-avant en la cité, villes et pays dessus dits ne seront faits aucuns offîciaux, nommés mattres jurés , gouverneurs et docteurs des arts et métiers , ou autres offices quelconques créés et constituées parla comitiunaulé; mais d’ores-en-avant seront telles offices annulées et les exercices d’icelles.

»Ilem, ordonnent et établissent qu’en ladite cité et autres villes des pays dessus dits et comté de Los et des appartenances, tes baillis, prévôts, mayeurs et autres noms d’offices seront créés et institués par leur seigneur évéque; et aussi éclievins seront renouvelés, chacun an, en chacune ville où il y a de coutume à avoir échevinage, jusqu’à certain nombre, selon l’exigence et grandeur des villes. Auquel échevinage étant en ville notable et fermée, ne seront pas mis ensemble le père et le fils , deux frères, deux serourges, deux cousins germains, l’oncle et le neveu, ni celui qui a épousé la mère de l’un d’iceux, afin d’échever les faveurs des ordonnances qui y pourroient être : et seront tenus les officiers et chacun d’iceux de jurer à leur création et constitution, solennellement, à maintenir et accomplir, chacun selon lui , tous les articles et points contenus ès ordonnances faites par iceux devant déclarés.

veulent et ordonnent que ledit évêque ou seigneur de Liège, chacun an , en la fin de chacun échevinage, pourra créer et établir tels échevins qu’il lui plaira ou ceux qui ont été échevins en l’an précédent , ou autres, selon son bon plaisir, pourvu qu’ils ne soient de lignage ou alfiuité, comme dit est devant ; par lesquels échevins seront jugées les causes déterminées , appartenant au dit échevinage , et les biens communs appartenant aux villes où ils seront institués ; et que les échevins de la dite cité seront tenus rendre compte en la fin de chacun an de leur administration devant leur seigneur et évêque de Liège ou scs commis et députés, et devant un commis et député par chapitre, et un de par les autres églises ; et les autres villes seront tenues de rendre compte devant leur seigneur de Liège tant seulement ou devant ses commis ou députés à ce.

ordonnent et établissent que toutes les

confrairies des métiers en la cité et ville dessus dite étant d’ores-cn-avant cesseront, ice’tos ramenants à néant; et si ordonnent que les bannières d’icelles confrairies et métiers^ c’est à savoir de celles delà cité, seront apportées par les habitants d’icelle au palais du seigneur de Liège, et baillées à ses commis , à tel jour qu’ils leur feront savoir; et les bannières des métiers des autres villes seront apportées par les habitants d’icelles , à certains jour et lieu qu’ordonneront les commis pour ordonner des dites bannières, par iceux comme il leur semblera bon et expédient.

ordonnent que de la dite cité et aucunes autres villes de ce même pays de Liège et des appartenances, aucun ne sera réputé bourgeois, s’il ne demeure sans fraude en la dite cité où és villes desquelles il voudra avoir la bourgeoisie ; et si aucun a bourgeoisie pour le présent en la dite ville et cité ou ès autres dites villes , ils annulent icelles ; et toutefois posé qu’ils fussent bourgeois des villes où ils seront demeurants , ils ne se pourront pas aider par la dite bourgeoisie de cas nouveaux, pour raison des héritages d’eux ou d’autres personnes, tant ès actions personnelles que ès héritages, que la connoissance n’appartienne aux seigneurs sous lesquels icelles personnes seront demeurants et les dits héritages situés.

» Jtem, ordonnent que maintenant et en le temps à venir les dites cités et villes de Iluys et Binant, et autres villes du pays de Liège, de la comté de Los, du pays de llasebaiu et autres appartenant à la seigneurie de Liège, ne soient ou fassent assemblées ni conseils ensemble, ni aucune ville avec l’autre ne fasse aucunes congrégations ou assemblées, et aussi les habitants de la dite cité les aucuns avec les autres, et pareillement de chacune des autres villes, que ce ne soit de l’autorité et consentement de leur dit élu, ou évêque de Liège, ou du chapitre de Liège, quand le siège sera vacant.

Jlem, ordonnent et établissent que le dit évêque de Liège, ou autres du pays de Liège, de la comté de Los , du pays de llasebaiu, ayant administration du dit évêché, ceux du chapitre de Saint-Lambert de Liège, ceux de la dite cité ou autres d’iceux pays , dès maintenant et à toujours, mais ensuivant ne seront ni se porteront en armes contre le roi ou roisdeFrancc,

I .;i)!ro icoux ou l’iin d’iceux, contre leurs successeurs ou aucuns d'iceux, contre les ducs ou CDiutes, ni contre les ducliés ou comtés dessus nommés, ni aussi contre le comte de Namur, qui pour lors est , ni contre ses successeurs comtes de Namur, ni contre leurs pays, fors pour l’empereur en sa compagnie , et qu’icelui mémo empereur y fût en propre personne, si n’étoit que le roi de France ou iceux dessus nommés ou l’un d'iceux envahissent comme ennemis les pays de Liège dessus dits.

ordonnent et établissent perdurablemciit, pour mémoire de la dite victoire perdurable, en signe de conquête des dits pays faite par iceux seigneurs, que quand iceux ducs ou seigneurs , ou l’un d’iceux ou de leurs successeurs voudront passer le fleuve de Meuse par aucune partie des dits pays de Liège et de la comté de Los , l’allée ou retour leur sera ouvert, soit par quelconques villes fermées ou autres lieux et passages tels qu’il leur plaira ou à l’un d’iceux, soit qu’ils viennent à passer atout gens d’armes ou autrement, pourvu toutefois qu’ils ne souffriront aux gens des dites villes et passages par leurs gens faire aucun grief, et que vivres leurs soient administrés pour leur argent , sans qu’on leur vende plus cher qu’on a accoutumé pour cause de ce.

» Item , ordonnent et établissent que leurs monnoies et de l’un d’iceux ou de leurs successeurs ducs , ou comtes des dits duchés ou comtés des dits pays et seigneuries auront leur cours et seront allouées comme en leur pays , ou de leurs successeurs, ou de l’un d’eux.

» I/em, ordonnent et établissent que au lieu où ils obtinrent victoire soit fondée et édifiée une église , en laquelle seront quatre chapelains et deux clercs: et sera garnie de chasubles, calices et autres ornements à dire et célébrer au dit lieu messes et autres tels services divins qu’il sera advisé, perdurablemenl, pour le salut des âmes de ceux qui moururent en la dite bataille: desquels chapelains la collation appartiendra à eux successivement par ordonnance, et ainsi qu’il sera advisé ; et feront faire à leurs dépens la collation de la dite église , et icelle pourvoir tant seulement pour une fois de chasubles, calices et autres ornements à ce appartenant ; et l’évêque de Liège ordonne sur les constitutions à lui revenants deux cents

écus d’or de rente annuelle pour les dits chapelains et clercs ; est à savoir pour chacun chapelain quarante écus, et pour chacun clerc dix écus, et pour entretenir la dite église vingt écus.

» Item, feront nos dits seigneurs que le vingttroisième jour du mois de septembre, auquel jour fut faite la dite bataille, que à tel jour perdurablement une messe de la benoite vierge Marie sera solennellement célébrée ou chantée par le prévôt ou doyen de l’église de Saint- Lambert de Liège, au chœur, et au plus grand autel de la dite église ; et en ce même jour après vêpres seront dites et chantées vigiles des morts , et lendemain sera dite une messe de Requiem solennellement au dit chœur et au dit grand autel pour les âmes des trépassés en la dite bataille et de tous autres. Et requerront nos dits seigneurs de ce faire aux autres églises collégiales et monastères de la dite ville et cité, et à tous autres collèges et abbayes tant d’hommes comme de femmes du dit pays de la dite comté de Los et des appartenances.

»/<em, requièrent nos dits seigneurs à l’évêque de Liège et à son chapitre dessus nommé que sur eux et sur toutes autres églises ils enjoignent par statuts, commandement et ordonnance les dits services être célébrés en chacune des dites églises collégiales et monastères , comme dessus est dit, pour perdurable mémoire ; et que pour icelle victoire , toutes personnes d’église des dits pays dessus dits furent et sont remis en leurs lieux paisiblement.

«Item, ordonnent et établissent nos dits seigneurs que dorénavant l’évêque de Liège, qui maintenant est, et ses successeurs évêques de Liège, ou ayant l’administration du dit évêché quand le siège sera vacant, ceux du chapitre Saint-Lambert de Liège, institueront et mettront tel châtelain ou capitaine de telle nation qu’il leur plaira au chàtel de Huys ; auquel aussi mettront telle garnison de gens d’armes et provision de vivres, comme il leur semblera bon expédient et comme seigneur franc doit et peut faire ; et auront franchement entrée et issue vers la ville de Huys, ni ceux du dit pays ne pourront ni devront mettre aucun empêchement qu’ils n’aient ladite entrée et issue vers les champs. Pareillement et semblablement , ordonnent être fait du chàtel d’Estoquillon et

de Bouillon, tant qu’à la constitution des dits châtelain et garnison.

» Item, ordonnent nos dits seigneurs que au cas qu’aucuns, quelconques qu’ils soient, s’efforceroient ou viendroient par voie de fait ou de molestation au travail irraisonnable, aucunement contre les dons d’église ou autres dons d’offices, qui ont accoutumé être donnés à vie par le dit évêque de Liège et ses prédécesseurs, ceux du chapitre de la dite cité et des pays de Liège seront tenus à résister et défendre de tout leur pouvoir, sans fraude aucune.

« Item, et pource qu’encore sont vivants des mauvais et pervers conspirateurs et fugitifs hors des dits pays de Liège et de la comté de Los, et se sont retraits et reçus èspays voisins, ils ordonneront et commettront certaines personnes à ce habiles et idoines, par lesquelles diligemment il sera enquis où telles i>ersonnes seront, pour savoir les noms d’iceuxet sous quel seigneur ils se sont transportés ; et quand ce sera su, les seigneurs des lieux dessous qui tels conspirateurs se seront retirés, requis seront, afin qu’ils les prennent ou fassent prendre pour bailler à la justice du dit évêque de Liège, afin qu’ils soient punis ainsi qu’il appartiendra par raison, ou au moins qu’iceux seigneurs chassent les dits fugitifs hors de leur pays, ou fassent chasser et contraignent à issir tels conspirateurs. Et si on pouvoit obtenir vers iceux seigneurs que des conspirateurs ils voulussent faire justice, tant vaudroit mieux, et que tous tels conspirateurs, comme contraires et rebelles à leur seigneur, et émouveurs et commoveurs de peuple, soient bannis hors du pays de Liège, de la comté de Los et des appartenances. Et en outre sera crié par tous les pays de Liège et de la comté de Los et des appartenances qu’aucuns ne reçoivent les dits conspirateurs ou aucun d’iceux ; mais si aucun est qui sache qu’ils soient ès dits pays, il sera tenu d’iceux prendre et amener à la plus prochaine justice, en requérant aide de par le seigneur, s’il est besoin. Et au cas qu’il ne pourroit iceux prendre, il sera tenu de le dénoncer à la justice du seigneur, le plus tôt qu’il pourra , sur peine d’être puni de semblable punition en corps et en biens, comme seroient cl devroient être tels conspirateurs punis ; cl au cas qu’en faisant leur devoir ou

veuillant faire, mort s’en pourroit ensuivir, pour cette cause rien ne leur en sera demandé du tout en tout.

«Item, ordonnent que les murs du châtel de Renin, les portes et les tours seront abattues et détruites, tant en la ville comme en la montagne, et les fossés remplis ; et ne sera icelle ville plus réparée ni restaurée en temps à venir de murs, de tours ni de fossés.

«Item, pareillement sera fait de la ville, chàlel et forteresse de Commun, tous les murs et portes seront abattus et détruits, tant en la ville comme en la montagne, et les fossés remplis, et ne sera icelle ville plus réparée ; et ainsi tous les murs des autres garnisons et défenses étant sur la rivière de Sambre, tous les fossés seront remplis ; et plus ne seront villes ni châteaux ni autres défenses, ou retraites aux habitants des dites villes, ni autres quelconques; par quelque manière ni en temps ù venir ne seront plus forteresses, ni les fossés plus refaits.

«Item, que les portes de Dinant, les murs et toutes les tours soient détruits et abattus, tant outre le fleuve de Meuse quededans la dite ville, et que par les habitants de la dite ville ou par autres quelconques ne pourront perdurablemcnt être réédifiés par quelque manière.

«Item, que ceux des dites villes de Renin, de Commun et de Dinant, ni autres quelconques des autres villes, cités et pays dés maintenant et perdurablernent ne pourront être réédifiés par eux , ni par autre faire, refaire, réédifier les villes fermées, ou défenses et garnisons, enmontantde Namur enllainaut, entre les deux fleuves de Meuse cl de Sambre.

«Item, sera abattue et détruite une des portes de la ville de Tongres, c’est à savoir celle (pii regarde vers la ville de Trect , avec quarante pieds de mur de chacun côté de la dite porte, sans ce que jamais puisse être réédifiée. Et avec ce, ceux de la dite ville de Tongres seront tenus de remplir ou faire remplir à leurs dépens leurs fossés par eux faits devant la dite ville , en laquelle ils assiégèrent leurs dits seigneurs.

» Item , pour ce que à moult grands dépens , coûts et mises , ils ont subjugué et mis en leur obéissance le pays de Liège dessus dit, et avec ce ont eu en leur pays grands pertes pour la cause de faire la dite subjcction, comme il est

CllKOMQl ES IVENGI ERKAM) DE MONSTRELEl. [1408]

assez notoire, ils veulent que sur les liabitans de la dite cite, des villes et des pays dessus noiulu^s il sera imposé, cueilli et levé une aide de la somme de deux cents et vingt mille écus d'or, à lever icelle le plus tôt que faire se pourra, eu premièrement considération sur la faculté et richesse d’un chacun des dits habitants.

pour ce que plusieurs ôlages sont baillés en leurs mains ù tenir leurs ordonnances faites et à faire, ils ordonnent que si aucuns des dits ôlages trépassoient devant ce que les choses dessus dites soient accomplies et ordonnées , en ce cas ceux de la \ille ou villes de laquelle ou desquelles étoient les dessus dits ôlages morts, ils seront tenus de renvoyer et remettre personnes, en tel nombre et en telle sufTisance que celui ou ceux qui sont morts avoient été.

»Ilem, ordonnent que quand les lettres seront faites contenant les promesses et obligations h tenir toutes choses que par eux seront ordonnées, l’évéque de Liège, son chapitre et tous les habitants qui sont soumis viendront consentir, promettre et octroyer pour eux et pour les autres des dits pays que , au cas que les choses ordonnées pour le temps à venir ou aucune d’icelles ne seront pas gardées , ains violées et trespassées que les dessus dits évéque de Liège, ses successeurs évêques ou élus de Liège, le chapitre dessus nommé, ou ceux des dites villes, cités et pays, autant de fois encherront, et pour cliacune fois que ce feront, en la peine de deux cent mille écus d’or, du coin et forge du roi de France, ou d’autres florins d’or de France à la valeur des dessus dits écus, c’est à savoir cinquante mille écus à l’empereur ou au roi romain qui sera pour le temps; au roi de France cinquante mille; et à chacun des dits ducs , ou leurs successeurs ducs et comtes dessus nommés, cinquante mille : à prendre et lever les dites sommes sur iceux Liégeois , par l’appréhension de leurs biens et de leurs corps, en quelques lieux qu’ils pourroient être trouvés. Et avec ce consentiront, voudront et octroieront ceux du pays de Liège dessus dits, que s’il advenoit (ju’on allât au contraire des dites ordonnances, ou d’aucunes d’icelles, comme dessus est dit, que dés maintenant et adonc l’évêque ou élu de Liège cl l’archevêque de Cologne, qui s''ui

pour le présent, ou seront pour le temps, et chacun d’iceux, puissent mettre interdit généralement ès dites cités, villes et pays de Liège et appartenances. En outre, aussitôt que sera en la sainte église de Dieu un seul, vrai, non douteux pape, que semblablement par icelui puissent être mis en interdit, lequel ne devra être ôté ni réparé, ainçois que ne soit réparé ce qui auroit été fait au contraire des dites ordonnances, et ainçoisque les dites peines pécuniaires ne soient payées, comme dit est dessus. Et s’il advenoit qu’aucune partie des dessus nommées aucunes villes, ou aucuns particuliers d’iceux pays fissent au contraire des dites ordonnances ou d’aucunes d’icelles, et après que par iceux ducs ou par l’un d’iceux ou par leurs successeurs, l’évêque de Liège dessus nommé, ou son successeur évêque de Liège ou élu, ou son vicaire en son lieu, ceux du chapitre et les bourgeois de la dite cité, pour eux et pour tous les autres habitants des dits pays, auront été requis et sommés de faire contraindre les dits empêcheurs, et allant au contraires des dites ordonnances, ou d’aucunes d’icelles, à réparer ce qu’ils auront forfait dedans un mois prochain ensuivant ; et que si iceux ne se désistoient ou réparoient le forfait dedans le dit mois ainsi passé après la dite sommation , bîs dessus nommés encourroient ès peines des amendes et des interdits par dessus déclarés, et néanmoins seront réparés et remis au premier état et dû ce qu’ils auront fait au contraire après l’intention de nos dits seigneurs. Et ainsi ils ordonnent et établissent que dorénavant leurs sentences et ordonnances seront faites et tenues entièrement et mises en écrit, et en seront lettres faites et scellées de leurs sceaux , et baillées au seigneur évêque de Liège et à son chapitre unes; à la cité de Liège unes ; et pareillement à chacune des dites villes unes; lesquels dessus dits seigneur et son chapitre, ceux des dites cités et villes bailleront lettres chacunes d’icelles ainsi qu’il appartient aux dits ducs; c’est à savoir le dit évêque et chapitre sous leurs grands sçeaux, d’avoir eu et reçu agréablement les dites ordonnances, par lesquelles ils approuvent et promettent à tenir les dites ordonnances; et ceux des dites cités et villes pareillement bailleront leurs lettres scellées des grands sceaux

de la di(e cité et de chacune des dites villes, en eux oblipîeanl à iceux ducs ès sommes contenues ès dites ordonnances.

«Item, pourcc que plusieurs, tant ecclésiastiques comme séculiers, personnes nobles et non nobles, ont baillé plusieurs requêtes et supplications, contenant que pour l’occasion des dites rébellions, lesquelles sont advenues au dit pays, ils ont eu plusieurs dommages déclarés en leurs dites supplications ; et pour ce que nos dits seigneurs n’ont point encore pu y entendre pour le présent, ils aviseront ou feront aviser sur les choses contenues en leurs dites supplications, le plus tôt qu’il pourront.»

Toutes les choses dessus déclarées et mises par écrit furent prononcées par le commandement des dits ducs et en leur présence, à Lille, en la grand’ salle, le vingt-(piatrième jour du mois d’octobre l’an de grâce 1408.

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