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CHAPITRE CGXXYH

Comment la famine, la puerre et la pesiiiencc fut grande et

merveilleuse en plusieurs pavs.

Au commencement de cet an, en continuant de mal en [lis, la famine universelle, dont en autre lieu est faite mention, commença derechef être si très grande et si dètroile que c’è- 'loit piteuse chose à voir les pauvres gens mourir en grand’ multitude par le moyen d’icelle famine. Et avecque ce fut très grand’ mortalité en diverses parties du royaume de France, cl par spècial en la comté de Flandre, et plus en la ville de Bruges que ailleurs, et pareillement dedans la cité de Paris ; et d’autre part, la guerre étoit très âpre et dure merveilleusement en plusieurs divers lieux cl pays. Pour lesquels trois inconvénients, plusieurs nobles hommes, et généralement tout le peuple du dit royaume et des pays à l’cnviron , furent en moult grande et douloureuse perplexité et moult amalis. Et entre-temps, les François qu’on nommoit en commun langage les écorcheurs, se tenoient en grand nombre sur les marches de Bourgogne, où ils faisoient de très grands et innumérables dommages, tant de prendre forteresses et prisonniers comme de tuer et ravir hommes et femmes, tant nobles comme autres, en toute et pareille manière comme eussent pu faire les ennemis et adversaires du pays. Lesquelles entreprises venues à la connoissance du duc Philippe de Bourgo¬

gne, en eut au cœur grand’ déplaisanct-, tout pour l’amour du bien ; aussi de la famine comme pour les mortalités qui étoienl en plusieurs lieux de ses pays.

CHAPEFRE CCXXYIH.

Commont le seigii'ur de Talbot, messire Thomas Kiriel ei aucuns autres capitaines anglois conq-uirent Longucvilla et plusieurs autres forteresses sur les François.

En cet an, le seigneur de Talbot, messire Thomas Kiriel et aucuns autres capitaines anglois se mirent sur les champs environ le mois de mai, avec eux le nombre de huit cents combattants ou environ; et allèrent loger devant le châtel de Longueville, que tenoient les gens de La Hire. Duquel châtel et de la seigneurie icelui La Hire se disoit seigneur par le don du roi Charles, ainsi et par la manière que l’avoit eu jadis ce très vaillant et excellent combattant Bertrand de Clesquin, breton, connétable de France. Lesquels assiégés, voyant leurs adversaires, en assez bref terme rendirent la forteresse aux Anglois , par tel si qu’iis s’en départiroient , saufs leurs corps et leurs biens. Si s’en retournèrent à Beauvais. Lesquels Anglois, après qu’ils eurent mis bonne et suflisanle garnison , s’en allèrent devant Chastel-Ménil , qui étoit un moult bel châtel séant au [ilus près de Dieppe, appartenant au seigneur de Torsy, lequel fut rendu ; et pareillement conquirent Guillemecourt et aucunes autres places que tenoient les François au pays de Caux. El la cause pour quoi ils furent si tôt mis en obéissance , si fut pource (lu’ils étoient mal pourvus de vivres et d’artilleries.

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