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CHAPITRE LXI

Comment le duc Jean de Bourgogne tint grand parlement en

la ville de Lille en Flandre, sur ses affaires; et de la mort

de lu duchesse d’Orléans.

Le cinquième jour d’août, et huit jours ensuivant, le duc Jean de Bourgogne tint grand parlement en sa ville de Lille en Flandre sur plusieurs de ses affaires, et entre les autres pour accorder ses deux serourges, c’est à savoir le duc de Brabant et le duc Guillaume, pour la cause dont en autre lieu par ci-devant est faite mention. Avec lesquels ducs furent présents leur sœur, femme du dit Guillaume, l’évêque de Liège et le comte de Namur. Et en la fin le dit duc de Bourgogne parconfirma la paix entre icelles parties, par telle condition qu’icelui duc Guillaume dut faire paiement pour toutes dettes au dit duc de Brabant de la somme de soixante-dix mille florins d’or du coin de France, à payer à certains termes ensuivants. Et après ce parlement fini, le dit duc de Bourgogne, entour la mi-août, alla à Paris au mandement du roi et du conseil royal, et mena plusieurs gens de guerre, lesquels il fit loger ès villages vers Paris. El la cause pour quoi il les y avoit menés , si étoil pource que le duc de Bretagne avoit naguère amené d’Angleterre grand nombre d’Anglois, par lesquels, avec ses Bretons, il faisoit mener forte guerre à la vieille comtesse de Penlhièvre et à ses pays , dont la reine de France et le grand-conseil du

tome 3, page 230, une ville de Kepwvtz, vulgairement Kepivt, sur la côte septentrionale de l’île de Chypre, qui semble correspondre aux Chermes de Monstrelet; elle est à quelques lieues de Nicosie.

* Elle n’arriva en Chypre que dans l’année 141 1, suivant l'histoire de Chypre, écrite en grec par l’archimandrite Koprienos.

® Il en eut deux fils: Jean, qui lui succéda, Jacques, lénéchal de Chypre, et deux filles.

roi n’étoient pas bien contents, pource que c’éloit au préjudice du royaume; et aussi le duc de Bretagne avoit battu et injurié sa femme, fille du roi de France, à cette occasion, pource qu’elle lui avoit blâmé les cas dessus dits. Si avoit en intention qu’icelui duc de Bourgogne, atout grand’ puissance, et avec lui autres princes et capitaines, iroient au pays de Bretagne pour subjuguer le dit duc et mettre en obéissance du roi ; et avoit le dit duc de Bourgogne grand désir d’y aller pour secourir la dessus dite comtesse et son beau-fils le comte de Penthièvre.

Mais entre-temps que les préparations se firen.t pour ce faire par le conseil royal, icelui duc de Bretagne, sachant, par aucuns de ses féables, qu’il étoit en l’indignation de la reine de France , sa belle-mère , et de ceux qui gouvernoient le roi, envoya, par le conseil de ses barons, certains ambassadeurs à Paris devers iceux; lesquels offrirent de par lui que du discord qu’il avoit contre la dite duchesse de Penlhièvre il se vouloit soumettre sur le roi et son conseil ; à quoi il fut reçu enfin par le moyen du roi de Navarre. Et fut mandée à venir à Paris icelle comtesse de Penthièvre et son fils; et depuis y vint le dit duc de Bretagne. Si fut la besogne pourparlée entre les deux parties, laquelle fut conclue ; et demeurèrent l’un avec l’autre.

Et en ce même mois, Isabelle, aînée fille du roi de France, jadis reine d’Angleterre , et pour lors femme du duc Charles d’Orléans i, gisant d’une fille, trépassa de celte gésine dedans les jours de sa purification Pour la mort de laquelle le dit duc eut au cœur très grand’ douleur, et depuis prit consolation pour l’amour de sa dite fille, qui demeura en vie.

Auquel temps le dit patriarche d’Alexandrie, évêque de Carcassonne, succéda, après Guy de Roye, dont dessus est faite mention, en l’archevêché de Rheims ; et l’archevêque de Bourges succéda en la dite patriarchie ; et maître Guillaume Boisralier , secrétaire du roi, fut fait archevêque de Bourges.

En ces propres jours mourut maître Pierre-

• Isabelle, veuve de Richard II, avoit épousé, en 140G, à Senlis, Charles, fils de Louis, duc d'Orléanf; elle mourut en 1409, âgée de vingt-deux ans.

Paul, archevêque de Senlis -, au lieu duquel fui mis maître Gilles-dcs-Champs, aumônier du roi ; et Louis de Harcourt, frère du comte de Harcourt , fut constitué archevêque de Rouen.

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