AU CLUB DES PANORAMAS
la |)rtnct0«i( 0(lgiajii0o.
Vous eicellm dans un jau «{ui a «erc^ le géai« de tous les grands hommes.
Vous êtes née dans ce beau pays qui n'a point de lacune sur la page de ses illustrations ; tous êtes sceur de Lallî, d'Ercole 4.el Bio , de Ponziaoi , de Gîanuttio , de Carrera , de Cozzio.
Permettez- moi de vous pràenter un poème sur nn jeu qui a donné
la célébrité à Uni de vos compatriotes. T.a Dame est la plus brillante pièce de l'ccliiquicr; en vous offrant mes vers, je les dedic 3 la Reine des Ëcliccs.
Votre dïvoui! itrvii MÉRY.
UNE REVANCHE
a ri^m alqiu Jpfa Hl pi
Vous (|ui croyez cncoi- qu'une pnix étemelle Tient deux peuples rivaux à l'ombre de son ullo, Politiques profonds , mais ne voyez-vous pas Qu'une guerre de feu s'embrase sous vos pns?
Les remparts de Calais fument j le canon tonne ;
Vinj^t cartels sont jetés à la race bretonne;
La France , croyez-moi , n'est pas à "^on déclin ;
Les jours du prince Noir , les jours de Duguesclin
Réjouissent encor la côte maritime „
Et le sol des combats attend une victime.
Sur réchiquier royal , Fontenoy , tu renais
Aux mainsde Mac-Donnel et de Labourdonnais ;
Deux héros ; l'un de France , et G\s de ces Falaises
Qui ne tremblèrent pas sous lesbombesanglaises,
Quand Saint-James lançait , par le courant de.reau ,
Sa machine infernale au front de Saint-Malo.
L'autre , général jeune , ingénieur précoce ,
Descend , comme Rob-Roi , des mQutajrnes cl'Ëeossc ;
Et Londre , en le voyant , cria dans ta Cité
Que le grec Falamède était ressuscité.
O boulevart Montmartre ! ô Véron! ô Vivienne!
Amateurs de Berlin , d'Amsterdam et de Vienne,
Accourez aujourd'hui de vos divers climats
Au noble club ouvert sur lesFanoramasj
C'est pour vous que je chante une bataille immense ,
Qui sur tes camps rivaux avec le jour commence,
Et d'échecs en échecs , vers la nuit finissant , Ne laisse pas sur terre une goutte de sang.
Le champ clos a croisé soixante-quatre cases ;
Aui^ deux extrémités , les tours posent leurs bases ,
Ces formidables tours , ces tours qu^un doigt savant
Comme aux sièges romains feit rouler en avant :
Sur des chevaux sans mors des cavaliers fidèles ,
Lestes et menaçants , se placent auprès d'elles ;
À franchir deux carrés ils bornent leurs élans ,
Et tombent, décote, sur les noirs ou les blancs.
Ces pièces vont ainsi ; l'amitié les a jointes
Anxfous , sages guerriers qui partout font des pointes.
Fuis la dame se place et garde sa couleur ;
Nul combattant du jeu ne l'égale en valeur :
Elle vote d'un bond de l'une à l'autre zone ;
C'est Camille au pied leste , invincible amazone ;
Elle veille , et défend tes pièces d'alentour ,
Par la force du fou , réunie à la tour.
Près d'elle le roi siège; hélas t il garde un trône
Que mine le complot, que l'astuce environne;
Ce iDoiiarque , toujours meuacé du trépas ,
Pour tromper reonemi ne peut faire qu'un pas ;
Toutefois , quand sa force est enfin abattue ,
Par respect |Kiur son nom , personne ne le tue ;
Il est échec et mat; son dernier joui* a lui ,
Et tous ses serviteurs sont morts auprès de lui.
Huit modestes pions, soldats de même taille.
Gardent Tétat-major sur un front de bataille;
Un pas leur est permis ; un ou deux , jamais trois;
Troupe vile immolée aux caprices des rois :
Ils ue prennent qu'en pointe; et pourtant il arrive
Qu'un d'eux , soldat heureux , aborde l'autre rive ;
Alors il se grandit ; ce soldat parvenu
Des dépouilles d'un chef habille son corps nu :
Il se métamorphose en tour ; il devient reine ;
Il choisit dans lés morts , étendus- sur l'arène ,
Un chef de sa couleur , par sa force cité ,
L'heureux pion le touche, il l'a ressuscité.
L'Ecossais Mac-Dounel a tiré la claymore ; C'est lui qui doit guider les soldats du roi more ;
Calme et méditatif, économe du sai^,
Il marche avec lenteur sur ce terrain glissant.
Labourdonnais , plus vif, fait jaillir de sa tête,
En rapides éclairs, la foudre toujours prèle;
Il entrevoit déjà , l'œil fixé sur le but ,
La fin de la bataille, au moment du début :
Ainsi Napoléon , dans sa tète profonde ,
Voyait tout, à la fois, sur Téchiquier du monde.
Le roi blanc a donné le signal des combats.
Le pion de sa dame avance et fait deux pas ,
Le voisin aussitôt parcourt le même espace ;
Le pion du fou blanc de la dame se place ,
Audacieux gambit , près de son frère blanc .
Et percé par le noir, il tombe sur le flanc.
Le pion du roi blanc , qu'un noble zèle embrase ,
Se sépare de lui, ne franchit qu'une case,
Le pion du roi noir, beaucoup plus hasardeux,
Affrontant son voisin, soudain en franchit deuA.
Le fou du roi d'ivoire alors brise sa chaîne ,
Et faisant quatre sauts , prend le pion d'ébèiie ;
Le soldat du roi noir enlève le pion
Que !a dame d'ivoire avait pour cbaippion.
Le pioD du roi blanc remplit la même lâche.
L'écuyer du roi more à rîDstant se détache
Et se cabre , ta bride abattue à son cou ,
A la deuxième case au-devaot de son fou.
Soudain le cavalier, serf de la reine blandie,
A deux pas de son fou sur l'échiquier se penche ,
Mais le fou du roi noir, esclave de sa loi ,
Se glisse au carré vide, au-devaot de son roi.
Le monarque des blancs, Labourdonnais l'inspire,
Veille d'un œil serein au salut de l'empire.
D'un signe intelligent, à son doigt familier,
A deux pas de son fou place son cavalier* ;
Aussitôt le roi noir profite de l'aubaine,
Et roque lestement avec sa tour d'ébène.
La dame d'Avenel , qu'alarme un juste effroi ,
Jette son fou joyeux à deux pas de son roi.
Le pion noir du fou de l'amazone noire
Fait un pas : le pion gardant la tour d'ivoire,
La tour du roi des blancs fait un pas en avant
Et gène un fou rival , avec ce trait savant.
" De l> «te où éult le fop.
A sa deuxième case, alors la noire dame
Jette son cavalier, qui va servir sa trame ;
Pour prévenir le choc du more cavalier
Le fou du roi des blancs se pose en bouclier
Au troisième relai du cheval de sa reine;
L^écuyer noir qui sert la noire souveraine
A sa troisième case à l'instant s'est bloqué :
Avec sa propre tour le roi blanc a roqué.
Le cavalier du roi , du roi noir lui réclame
Une troisième place en avant de sa dame.
Le pion de la tour de la dame des blancs
Fait deux pas fort adroits , quoique simples et lents ;
Comme un sinjje moqueur, à Tadverse limite
Le même pion noir, devant sa tour, Timite.
Le cheval du roi blanc se place en palefroi.
A quatre pas devant la case oij fut son roi .
Pour détruire le fou de l'adverse partie
Le fou de dame noire a fait une sortie;
Agitant ses grelots, cet aimable insensé
A deux pas de son roi s'est finement placé*.
Le fou du roi des blancs se glisse en téméraire A la case en avaot de celle où fut son frère. Le pion noir du fou royal marcliedeux pas; L'amazone des bluiics ne s'en alarme pas; Devant la case noire où fut jadis son maître , Elle vient aussitôt se faire reconnaitrc.
Le pion noir du fou royal alors se meut , Et chemine d'un pas, c'est là tout ce qu'il peut. Le fou de dame blanche à la deuxième case De la susdite dame arrive , et prend sa base ; La noire qui veillait à son vierge terrain Se pose sur le trône où fut son souverain.
L'amazone des blancs, soigneuse de leur gloire , Dans la case du roi bâtit sa tour d'ivoire*; Le fou de dame adverse, agile champion, Recule auprès du roi pour sauver un pion.
C'est le coup décisif ; car ta blanche amazone Déjà du roi des noirs voit chanceler le trône; A travers ce chaos d'amis et d'ennemis.
Heureuse , elle entrevoit son avenir promis ;
La science de l'art ne l'aura point trompée , Elle tient son triomphe après neuf coups d'épée : Les noirs la voient tomber avec des yeux d'effroi , Trois cases en avant du camp où fut son roi.
Du cavalier royal le pion noir s'élance D'un seul pasj le fou blanc de la dame s'avance*, Prend le pion du fou , le fou du prince noir ; Le cavalier du more, épris d'un vain espoir, Veut venger son ami ; d'un fameux coup de lance Il perce le fou blanc, le jette à l'ambulance. Malheureux cavalier I L'aveugle Mac-Donnel Croyait la dame blanche au château d'Avenel ; Elle est là ; son bras fort renverse sur l'arène L'insolent écuyer qui pressait une reine.
C'est alors qu'un vrai fou d'une dame, un fou noir, Dans sa lète insensée a mis un fol espoir; Il se fait en lui-même une imprudente phrase : « Si Je prenais , dit-il , la quatrième case Kn face du carré que le fou, mon rival , Occupait au début , à côté du cheval ,
' Le feu de ta dame j blanc ne i]csi;;<ic pas la couleur Je \i ci [oulcur du fou.
Ce poste m'obtiendrait une victoire sàre; Je menace les blancs d'une double blessure :
Labourdonnais n'a pas prévu ce mauvais tour ; S'il veut sauver sa reine , alors je pre^ids sa tour ; Après , je serai pris , tant mieux 1 cela m'arrange , Latourvautmieuxqu'unfou.nousgagiieronsréchange.i
Après ce beau calcul , digne d'un insensé , Sur le carré dépeint ce vieux fou s'est placé. Labourdonnais sourit : par un coup de génie L'avidité des noirs sera bientôt punie ; Le général français avait bien attendu Que les noirs tomberaient dans le piège tendu. L'amazone des blancs prend la troisième case Où la tour du roi more eut sa première base.
Le fou de dame noire à l'instant prend la tour; Le fou blanc de son roi, ravisseur à son tour, Prend le pion placé devant l'écuyer more; Il sait qu'il va mourir; cette mort, il l'implore. Sage fou qui déjà , quoique mourant , peut voir Le redoutable mat planant sur le roi noir!
Le pion noir, qu'il vient de provoquer en face,
Etourdi fanfaron , en pointe le terrasse ,
Et tombeau même instant sous le blanc cavalier,
Qui , tout près de sa reine , accourt se ralUer.
L'écuyer africain , qu'un grand péril réclame,
Bondit sur le carré, veuf du fou de la damej
Alors , marchant trois fois , Tamazone au teint blanc
Donne échec au roi noir, qui fuit d'un pas tremblant ;
Sa fougueuse ennemie , & sa perte acharnée ;
Poursuit sa vive lutte, avec art combinée;
Elle voit son triomphe, et, reculant d'un pas,
Menace encor ce roi d'un imminent trépas.
Le prince fictif, dont le tombeau s'apprête.
N'a plus qu'un seul abri pour reposer sa tête ;
Il s'y place; aussitôt, des blancs le cavalier
En face de ce roi, sait bien se replier;
Soudain le fou des noirs , dont l'audace endormie
Trouvait une prison sur la ligne ennemie,
A gauche, obliquement, fait trois pas, et sa main
Nargue la dame blanche au boutde son chemin ;
Insensé I Tout à coup, s'ébranlant sur ses bases,
La lourd'ivoire roule, elle franchit six cases.
Et vers le camp rival semant un long efTroi , Serre d'un vif échec le triste et sombre roi. Hélas! ce roi puissant, que personne n'envie , N'a plus qu'ut ^u' ^^'^' P*>"'' défendre sa vie ; 11 y court ; l'amazone enlevant tout espoir , Fait un pas en arrière , et bloque le roi noir : Oh! quel toit lui donner? q^el refuge lui reste, A ce prince frappé du sort fatal d'Oreste?
C'est la troisième case, en avant de son fou. Alors un vil pion , venu je ne sais d'où , Un obscur fantassin , un pion prolétaire.
Qui , depuis le début clouait son pied sur terre , Uu faible pion blanc , que l'œil put oublier , A sa case , devant le royal cavalier ; Un soldat inconnu ,san3 blason dans l'histoire, Sous un mat décisif va fixer la victoire, Et par un double bond , s'élançant de son coin , 11 crie au roi des noirs : Tu n'iras pas plus loin ' !
Ace grand coup d'un nain arrêtant un colosse, Tous les noirs inhumés hurlèrent dans leur fosse;