‹ Chroniques \Chapitre 3 sur 32 · QUE · texte numérisé non relu

QUE

■ 1 à peu y ir la pente de

la poésie, mais d'avance promettez-moi de ne point rouler jusqu'aux alexandrins .'

Un soir d'été, lorsque la Plateforme est couverte de faneurs ; que Lévis se parsème de lumières : que la Basse-Ville illumine ses rues étroiti s. ses longues lucarnes, et laisse monter jusqu'à vous la vive rumeur que fait le mouvement des affaires ; que l'on distingue sur les eaux les grandes ombres des navires qui louvoient dans le port : la scène est d'une animation merveilleuse. C'est alors surtout que l'on est frappé de la ressemblance entre Québec et les villes européennes. On dirait une ville de France ou d'Italie transplantée ici : la physionomie est la même, et il faut que le jour revienne pour que l'on remarque l'altération des traits produite par le passage en Amérique. Le vieil escalier Je la rue de La Montagne, bordé de magasins cil le jour ne pénètre jamais, de boutiques que l'on turait peindre, est un monument qui ne serait pas déplacé à Venise ou à Madrid. On rencontrerait sur ses marches ferlé 's Figaro en personne, que l'on ne songerait pas d'abord à s'en étonner et qu'on le saluerait comme une vieille connaissance, un joyeux and : on verrait sortir une senora au long voile d'une de ers petites boutiques, qu'on se rangerait machinalement sur son pi tns songer ensuite à se retourner.

Les Québecquois tiennent à la Plateforme comme les Parisiens au Jardin des Tuileries. Sous Louis-Philippe, le peuple ébaucha quelques révolutions, parce que le roi-citoyen avait laissé percer le projet de se faire tailler un jardinet à même le grand jardin public. La presse de l'opposition lit de chaleureux appels aux principes de 89, et l'excellent père de famille qui régnait sur la France, fut forcé de renoncer au droit (pi'a tout citoyen de planter des choux, si cela lui plaît.

J ternièrement, à Québec, le Principal de l'Ecole Normale crut pouvoir, sans enfreindre les libertés publiques, sans porter atteint'' à la sécurité nationale, ériger une clôture derrière

l'Ecole Normale, qui, comme on sait, donne sur la Plateforme. Le terrain envahi n'était que de quelques pieds de largeur et n'entamait .point la promenade publique ; la clôture avait pour unique effet de dérober à la rue les dépendances de l'Ecole, qui n'ont rien de pittoresque. Cette clôture prit sur les nerfs des flâneurs, les journaux se fâchèrent, une partie de la population s'emporta ; le bruit courut que l'on méditait de s'emparer de la Plateforme et de la réserver au service exclusif des élèves de l'Ecole Normale. Enfin, un jour, une bande d'élégants émeutiers mit le siège devant l'ancien château, arracha la clôture et, après l'avoir violemment secouée, la précipita en bas du Cap. Les habitants du quartier Champlain reçurent ce cadeau avec reconnaissance ; et, durant une quinzaine, à l'heure du souper, on entendit pétiller le bois du gouvernement dans tous les poêles de la rue Champlain.

Le jour où il y a musique militaire, le Jardin du Gouverneur relègue la Plateforme dans l'ombre. La foule élégante se porte au Jardin ; les toilettes nouvelles s'y montrent pour la première fois et y reçoivent les feux de la critique : celles qui restent maltresses du terrain dictent les modes de la saison. Le chapeau victorieux passe sur toutes les tètes. En vain, les maris détournent le regard pour ne pas voir ce point fascinateur : le lendemain, ils le trouvent au sommet de leurs femmes, avec une note de la modiste du jour au bout des attaches. C'est au Jardin aussi que les jeunes clercs de l'élégance font leur début et marchent, en vêtement court, sur les traces des dandys.

Quant au monument de Wolfe et Montcalm, placé comme une sentinelle à la porte du Jardin, il menace ruine, et il pourrait bien, un de ces jours, déserter son poste d'honneur.

L'Esplanade est réservée aux élèves de l'Ecole Militaire qui aiment à s'y asseoir sur les affûts de canon, afin de rêver à leur aise aux victoires et crmquétes de la future Confédération canadienne.

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Les eûtes de Québec sont célèbres et redouti piétons.

Dans cette ville à pic, on monte toujours et l'on arrive sûrement quand on a de bonnes jambes. Xous y avons vu, comme ici, des ascensions inattendues, tandis nue des gens de mûrit;' très bien équippés pour la course, restaient en bas de la côte, enviant les mauvaises montures qui, bien menées, l'escaladaient en quelques traits.

Le grand événement de l'hiver, à Québec, c'est le pont de glace. Prendra-t-il ou ne prendra-t-il pas ? Telle est la question qui s'agite dans tous les esprits durant le mois de décembre. Chacun a sa théorie pour faire prendre la glace : celui qui n'en a pas est suspect d'indifférence à l'égard de la prospérité de la ville. Chaque soir, les gens se quittent en se promettant que le pont prendra dans la nuit. En se retrouvant le matin, ils ont une excuse toute prête pour le pont qui n'a pas pris. Lorsqn'enfin il prend, c'est un cri de joie à le faire repartir, s'il avait les nerfs sensibles. Tous les gens en état de patiner se précipitent dessus et ne le quittent plus.

Il y a deux ans, un simple armateur, propriétaire d'un vapeur arme pour fendre la glace comme l'onde, conçut l'audacieux projet de ravir à Québec son pont. Un matin, comme le pont se formait, il lança YArtic à toute vapeur pour en briser la clef. A l'instant, la nouvelle de cet attentat se répandit par la ville, et une foule impétueuse accourut sur le rivage en redemandant à grands cris îe pont qui s'en allait et en poursuivant l'armateur qui s'en allait encore plus vite. Celui-ci échappa à grande peine à un bain glacé. Heureusement pour lui que le pont survécut à l'attentat et reprit le lendemain. La glace n'en fut que plus solide et plus belle : l'outrage fut oublié.

La maison du Parlement a perdu ses bruyants locataires. Elle est à louer. A Ottawa, les députés ont passé la dernière session à regretter ce modeste logis, où ils s'entendaient parler.

Il y a quelque trente ans, quand la session avait lieu en

il QUE!

• du fleuve venaient à Québec en ... leurs embarcations au rivage et y logeaient durant toute la session. Chaque soir, après la séance, ils redescendaient à la Basse-Ville en chantant la Claire Fontaine; et les principales lumières que l'on voyait briller sur le fleuve, durant la nuit, étaient des lumières parlementaires.

Un jour, — cette fois c'était l'hiver, — on vit s'arrêter à la porte du Parlement une grande traîne surchargée de coffres. Un brave homme et sa femme en descendirent, regardèrent longtemps chacune des vingt-quatre fenêtres de la façade de l'édifice et finirent par se décider à frapper à la porte. Un messager vint ouvrir.

Le voyageur lui présenta .ses civilités et lui dit qu'il était le membre pour le comté de Berthier; qu'il venait avec sa femme prendre et qu'il avait apporté ses provisions pour

l'hiver.

Il ne lui manquait qu'un poêle de cuisine, et il espérait bien qu'il y en avait un dans sa chambre.

Lu vie politique est une école de scepticisme. Le mes nourri dans la Chambre, jugea son homme et le fit causer. -Le Berthier comptait trouver une chambre toute prête dans la maison du Parlement, pour lui et sa femme, s'y installer commodément, y consommer les vivres qu'il avait apportés, et, lorsque son approvisionnement serait épuisé, s'en retourner dans son vilL r

Le messager fut forcé de lui dévoiler l'âpre réalité, de lui avouer qu'il n'y avait pas de chambre pour lui en Parlement. Alors, enfonçant son casque sur ses yeux, le député tourna le dos pour toujours à l'arène parlementaire, et, d'un vigoureux coup de fouet, il fit reprendre à son cheval la route de Berthier.

Ln arrivant, l'on ne voit une la Lasse et la Haute-Ville, et l'on croit que c'est tout Québec. On ne songe ni à St. Eoch et St. Sauveur, qui sont derrière, ni aux trois Lévis, qui sont visà-vis. 1! fur. pourtant en tenir grand compte en assignant à

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approcher un avenir brill

Sauveur, au moment où stre que n

est venu le renverser si

ime un groupe de \ Cotte population d

peut-être la population la plus profondément, la plus exclusivement française de I Lie a conservé ou comm

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St. Roch Quel

grès mpu'. Notre amour-]

rite, à la s i ville qui a le mieux dans .sa forme extérieure, l'empreinte fran- •çaise, le cachei gaulois. Il n'y a pas, il ne saurait y avoir, entre les deux villes, d'autres sentiments qu reuse, qu'une émulation patriotique.

Montréal est la capitale commerciale du Canada ; Québec est la ville des grands souvenirs de notre histoire. C'est là où notre nationalité a commence ; et, pendant un demi-siècle, la ville de Champlain a abrité dans ses murs le Parlement national du Bas-Canada, à qui nous devons la liberté. Ne jetons jamais sur ce passé un voile que la postérité lèverait pour nous condamner : ne laissons s'effacer de notre mémoire aucun souvenu rder aucun monument.

Le Canada a, en ce moment, une capitale de hasard : le reniement est à la campagne. Espérons que, lorsque :

gué de solitude, lus de la vie contemplative des Lois, l'envie lui viendra de rentrer en ville, il retournera dans l'ancienne capitale. Montréal est assez indépendante de fortune, assez riche, pour faire ce cadeau à Québec.

UNE PEOMEXADE A ST. ROCH. Jp)

Mesdames et Messieurs,

Dans tout concert bien organisé, il y a un mauvais chanteur

ou un pianiste enragé ; et même le concert n'est complet que si le mauvais chanteur ou le pianiste enragé figure dans les deux parties «lu programme. Au commencement, il vous fait tremwr pour l'avenir et regretter d'être venu ; à la fin, il vous Unsole de voir la soirée sitôt finir.

Chanteur ou pianiste, c'e^t d'ordinaire l'élève qui paie le mieux le professeur et qui a arraché à la complaisance de son maître la promesse qu'il le ferait figurer dans ses concerts à titre d'échantillon de son art, comme le plus beau fruit de sa serrechaude musicale, comme le plus magnifique jet de son réservoir à notes. Il crie ou il pianote ; il pose en ténor à la voix douce, au cœur tendre, ou il se démène en musicien inspiré ; tandis que ses parents, son père, ses oncles, ses frères.

(*) Causerie faite dans un concert de bienfaisance donné à la Salle Jacques Cartier, ;'i St. Roeh de Québec, en janviei 18U9.

-. applau- . Le public se sent quand il

salue et se r is la famille enthousiasmée n'est

pour l'en; I reau.

lames et M ce conce

tfe vous le dire, le mauvais chanteur ou le ] snragé n'a

u. Vous l'attendez, vous le cherchez des yeux,

vous le sentez tant, vous vous dites

qu'il va venir

Eh bien ! le voici : 'est moi ; c' i )i qui, clans mon ambition, complet dans mon ; ilace à la

le mauvais [U.e je

tiens à la . tien-

drez dui

l'aide d'u

ge, voulant conjurer le dangi

fait comme l'élève-musicien dont je parlais tout à l'heure ; je me suis assuré d'un certain fond d'applaudissements sur lequel vous êtes lihres, bien entendu, de semer des cris d'enthousiasme. J'ai dispersé dans la salle, mieux que des parents., mes plus fidèles lecteurs, — ceux pour qui j'écris de préférence,— mes meilleurs abonnés — ceux qui paient leur abonnement d'avance et en papier; — et ils m'ont promis de m'acclamer à tout événement.

On m'a glissé entre la pr'emi i le partie pour

que je tienne moins de place. Je ne viens dune que remplir un quart d'heure d1 et donfi r aux artistes le temps

de se reposer.

Le sujet que j'ai choisi vous touche de fort près : Ui menade à St. Eoch.

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