‹ Chroniques (volume 3)Chapitre 36 sur 94 · PROLOGUE. cxLi · texte numérisé non relu

PROLOGUE. cxLi

des royaumes et des pays ci -dessus nommés, elle a régné et séjourné plus ou moins parmi les divers peuples, selon son caprice; mais j'en ai assez dit sur ces bizarres révolutions du monde. Je reviens à la matière dont j'ai parlé en commençant, et je vais raconter comment la guerre éclata d'abord entre les Anglais et les Finançais. Et pour qu'au temps à venir on puisse savoir qui a composé cette histoire et qui en a été l'auteur, je me veux nommer. On m'appelle, qui me veut faire tant d'honneur, sire Jean Froissart, né dans le comté de Hainaut, en la bonne, belle et frisque ville de Valenciennes. « P. 6 et 7.

Seconde rédaction^. — «Afin* que les grands faits d'armes qui ont signalé les guerres de France et d'Angleterre, soient enregistrés dignement, et que les braves y puissent prendre exemple, je me veux appliquer à les mettre en prose. Il est vrai que feu messire Jean le Bel, chanoine de Saint-Lambert de Liège, raconta, en son temps, quelque chose de ces faits d'armes dans ses Chroniques. Or, j'ai ajouté des développements à ce livre et à cette histoire au moyen d'une enquête impartiale que j'ai faite, en voyageant à travers le monde et en interrogeant les vaillants hommes, chevaliers et écuyers, sur les actions où ils ont pris part. J'ai smtout recherché, en France comme en Angleterre, les rois d'armes et maréchaux, pour mieux savoir la vérité, car ils sont par leur fonction même des narrateurs aussi équitables que bien informés, et je crois qu'ils n'oseraient par point d honneur mentir en telle matière. Dieu aidant, j'ai fait, écrit et composé ce livre avec les matériaux ainsi recueilUs, sans mettre l'un plus en lumière que l'autre ; au contraire , la belle action d'un preux, dans quelque camp qu'il soit, est ici pleinement racontée et exposée, comme le lecteur pourra s'en apercevoir. Et pour que la postérité sache sûrement quel est l'auteur de ce livre, on m'appelle sire Jean Froissart, prêtre', né en la ville de Va-

1 . La seconde rédaction est représentée par les manuscrits d'Amiens et de Valenciennes.

2. Ceci est une traduction à peu près littérale du projogue du va.s. d'Amiens dont le prologue du ms. de Valenciennes ne diffère que par des variantes insignifiantes.

3. Froissart se désigne ainsi dans le prologue des mss. A : « Pour tous nobles cuers encoiuagier et eulx monstrer exemple et matière d'onncur, je Jehan Froissart commence à parler après la relation faicte par monseigneur Jehan le Bel. » Ms. A 1, f" 2. On voit que Froissart parle ici de lui-même sur un ton beaucoup plus modeste; mais ce qui

cxLii CHRONIQUES DE J. FROISSART.

lenciennes. Ce livre m'a coûté beaucoup de peine, beaucoup d'efforts de toute sorte ; et je n'ai pu venir à bout de le compiler qu'en m'imposant de durs labeurs et même en m'expati'iant ; mais avec du zèle et de la bonne volonté, on tiiomphe de tous les obstacles, et ce li\Te en est la preuve. » P. 209.

Froissart nomme parmi les preux les plus illustres de sou temps — en Angleterre : Edouard III, le prince de Galles son fils, les deux ducs de Lancastre Henri et Jean son gendre, le comte de Warwick, Renaud de Cobham, Jean Chandos, Gautier de Mauny, Jacques d'Audley, Pierre d'Audley, Robert Knolles, Hugues de Calverly ; — en France, Philippe de Valois, le roi Jean son fils, le duc de Bourgogne, Charles de Blois, le duc de Bourbon, le comte d'Alençon, Louis d'Espagne, Bertrand Duguesclin, Ai'uoul d'Audrehem. P. 211.

Troisième rédaction * . — Le prologue de la troisième rédaction est la reproduction à peu près textuelle du prologue de la première rédaction revisée.

On n'\ trouve qu'une addition qui mérite d'être relevée, mais elle a une importance capitale. Dès les premières lignes du manuscrit de Rome, Froissart s'intitule : /<?, Jean Froissart, tkéso-

BIER ET CHANOINE DE ChIMAY. P. 212,

Page 1