CHAPITRE XIX
1337 et 1338. révolte des flamands contre leur comte j
INFLUENCE DE JACQUES d'aRTEVELD (§ S9) .
Première rédaction^. — Les Flamands se révoltent contre leur comte qui ose à peine rester en Flandre où il n'est plus en sûreté. Il surgit alors à Gand un homme qui a été brasseur de miel. Il est entré si avant dans les bonnes grâces et la faveur populaires qu'on fait toutes ses volontés d'un bout de la Flandre à l'autre. Les plus puissants n'osent enfreindre ses ordres ni le contredire. Il se fait suivre à travers les rues de Gand par une nombreuse escorte de valets armés parmi lesquels se trouvent quelques sicaires prêts à tuer les plus hauts seigneurs sur un signe de leur maître. P. 126, 127, 395 et 396.
Plusiem's grands personnages sont mis à mort de cette manière. Aussi, l'auteur de ces meurtres est tellement redouté que persomie n'ose le contredire ni même en concevoir la pensée. Il se fait reconduire à son hôtel par sa bande de valets qui ne le quittent qu'aux heures des repas ; après, le dîner, ces valets re- AÏennent et ils flânent dans la rue jusqu'à ce qu'il plaise à leur maître d'aller se promener et s'amuser par la ville. [La nuit, ils font le guet devant l'hôtel de leur chef qui a de bonnes raisons de penser qu'il n'est })as aimé de tout le monde et surtout du comte de Flandre]. Chacun de ces mercenaires reçoit une solde
1. Le récit qui va suivre est la reproduction littérale du texte de Jean le Bel, du moins dans la première rédaction. Froissart a maintenu ce récit dans la seconde rédaction des Chroniques, en y ajoutant seulement par-ci par-là ([uclques traits nouveaux que nous mettons entre parenthèses pour les distinguer du reste.
ce CHRONIQUES DE J. FROISSART.
de quati'e compagnons ou gros de Flandre par jour, et ils sont régulièrement pavés de semaine en semaine. Cet homme a ainsi par toutes les villes et chutellenies du comté gens à ses gages chargés d'exécuter ses ordres et de dénoncer les personnes qui pourraient dire ou tramer quelque chose contre lui. S'il se trouve dans une ville un récalciti\int, il ne saurait échapper longtemps à la mort ou au bannissement. Le même sort attend tous les personnages marquants, chevaliers, écuyers, bourgeois des bonnes villes, qui se montrent favorables au comte en quelque manière : ils sont bannis de Flandre, et la moitié de leurs biens est confisquée ; l'autre moitié est réservée pour l'entretien de leurs femmes et de leurs enfants. La j)lupart de ces bannis, qui sont en très-grand nombre, se réfugient à Saint-Omer où on les appelle avolés et outre-avolés . P. 127, 128 et 396.
Bref, on ne vit jamais en Flandre ni ailleurs comte, duc, prince ni autre, tenir à ce point un pays à sa discrétion. L'homme qui exerce cette toute-puissance [et qui devait l'exercer environ neuf ans] s'appelle Jacques d'Arteveld. Il fait lever par toute la Flandre les rentes, tonlieus, vinages, droitures et autres revenus ainsi que les maltôtes qui appartiennent au comte : il les dépense à son caprice et les distribue sans en rendre nul compte; [il en* dépense la moitié selon son bon plaisir et met l'autre moitié en trésor.] Et (jiiand il lui plaît de dire que l'argent lui niancpie, on l'en croit sur parole, et il faut bien l'en croire, car on n'ose le contredire. Et quand il veut emprunter une sonune à quelque bourgeois, il n'est personne qui ose refuser de lui prêter cette somme. P. 128, 129 et 39G.
Abrégé de 1477 ou ms. /?(>. — Les Gantois |)rennent tellement en haine leur seigneur (|ii<' roliii-ci n'ose plus rester à Gand et s'en vient demeurer à rcrmonde. P. ;{.S8.
Edouard III n'a rien plus à cœur (|uc de se faire aimer des Flamands et de les attirer dans son alliance; il sait (juo des exécutions terribles ont rendu le conilc «le Flandre; odieux à ses sujets, surtout à ceux <le (iaiid : c'est ])oui"(|uoi, il mande aux habitants de celte vilh- <|ii«', s'ils veulent «onliacti r alliance avec l'Angleterre, il réiablii-a à leur profit riv|i(iil.iti<iu cl l;i vente
1. i .fWv \ari;ui(c «-si loiiiiiic |);ir un aiin'fjr du prcuiici' livre di'.s Chronif|ucH, rrdif;»^ v\\ Ikn et dt'sigiu* sous la rul>ri(|ui' B6 «laiis le» ynriantcH <!«• rviu- i^dition.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, § o9. cci
des laines sans laquelle ils ne peuvent \i\re et dont la suppression expose leur commune, qui perd ainsi son gagne-pain, aux plus grands dangers. P. 393.
C'est alors que se révèle et surgit un boiu-geois de Gand nommé Jacques d'Arteveld, homme habile et d'une haute intelligence ; il ne tarde pas à gagner la confiance de ses concitovens qui lui donnent plein pouvoir de faire, défaire, ordonner et entreprendre tout ce qu'il veut. Ce Jacques d'Arteveld est doué d'une éloquence merveilleuse. Il fait beaucoup de discours et si pleins de persuasion qu'il décide les Flamands à chasser leur comte hors de leur pays. Il ne cesse de répéter dans le commencement à ses compatriotes que l'alliance anglaise leur est plus avantageuse que l'alliance française, car c'est d'Angleterre ou à la merci de l'Angleterre que leur viennent les denrées et matières premières excellentes dont ils tirent profit et qui leur sont indispensables, comme la laine, par exemple, pour la fabrication du drap; or cette fabrication sustente la Flandre qui sans cette industrie et sans le commerce ne pourrait le plus souvent pas viwe. P. 394.
Ce Jacques d'Arteveld, en peu de temps, s'élève à un si haut degré de faveur et de popularité que, quoi qu'il lui plaise de décider et d'ordonner, on fait aussitôt sa volonté par toute la Flandre. Il parle si bien, avec une éloquence si judicieuse et si vive, que les Gantois, gagnés par le charme de sa parole non moins que par l'ascendant de la vérité, se rangent à son opinion. Ils le font les premiers maître et souverain seigneur de leur ville d'où son autorité s'étend ensuite par tout le comté, car Bruges, Ypres et Coiu'trai refusent d'abord de tremper dans l'insurrection. Mjiis les habitants de Gand, investis de tout temps de la suprématie sur le reste de la Flandre, forcent les autres villes à se joindre à eux et à Jacques d'Arteveld qui prend en main le gouvernement du pays tout entier. Le comte Louis, chassé de Flandre, se réfugie auprès du roi Philippe de Valois son cousin qui assure au prince exilé et à sa femme les moyens de vi\Te et de tenir leur rang, car leur comté, tant que vécut Arteveld, leur fut de fort peu de ressource. P. 394.
Seconde rédaction. — Le roi d'Angleterre fait garder tous les ports et les côtes de son royaume et défend de rien exporter en Flandre, surtout les laines et agnelins. Cette prohibition frappe les Flamands de stupeur, car la draperie est l'industrie princi-
ccii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
pale dont ils vivent, et une foule de bons bourgeois et de riches marchands en sont bientôt réduits à la pauvreté. Il leur faut vider le pays, hommes et femmes, eux que le travail de la draperie faisait vivre auparavant dans l'aisance ; ils viennent en Hainaut et ailleurs, là où ils espèrent trouver des moyens d'existence. Cette situation soulève un grand mécontentement par tout le pays de Flandre, et spécialement parmi les habitants des bonnes Ailles. Ils disent qu'ils expient au prix d'amers et pénibles sacritices l'attachement de leur seignem- poiu" les Françids, car c'est leur comte qui attire sui' eux ce désastre et la haine d'Edouard III ; ils ajoutent que l'intérêt général de tout le pays de Flandre est de faire alliance avec le roi d'Angleterre plutôt qu'avec le roi de France. P. 388 et 389.
Il est vrai qu'il lem' vient de France blés de toute sorte ; mais s'ils n'ont pas de quoi les acheter et les payer, parce qu'ils ne gagnent pas d'argent, ils n'en sont pas moins à plaindre, car avec de l'argent on est sûr d'avoir du blé, malheur à qui n'a pas d'argent. Mais c'est d'Angleterre que leur viennent ces laines, qui sont }>our eux la source de tant de profits, et qui les font vivre dans l'aisance et dans la joie. Quant au blé, leur alliance avec le Hainaut suffit pour assurer leur consommation. P. 389,
Ces considérations et beaucoup d'autres, tirées de l'intérêt public, excitent souvent des murmures en Flandre et surtout à Gand, car c'est de toutes les villes flamandes celle où l'on fabrique le ))lus de drap, et qui peut le moins .se passer de cette industrie, celle aussi par conséquent (jui souUi'c le plus du chômage. Les Gantois font des rassemblements sur les places, et là ils tiennent les propos les plus outrageants, ainsi qu'il est d'usage entre gens du peuple, sur le compte de Louis leur seigneur. Ils disent entre eux que cette situation est intolérable et (|ue, si cette misère dure loiif,'temi)s, les plus grands, les pins riches euxmêmes en seront atteints , et le pays de Flandre sera menacé d'une ruine complète. P. 389.
1-e comte de Flandre n'ignore pas ces plaintes que ses sujets élèvent contnt lui. Il fait ce cpi'il peut pour les apaiser et leur dit : a Mes bonnes gens, cela n'ani-a (|u'nn temps, je le sais d'une manière sûre par des amis (pie j'ai en Auf^leh l'ie. Appicne/. (jue les Anglais sont encore plus lurienx conli'e leui- roi, (pii les em- |)t'clie de faire argent de leurs laines, ipie vous n'êtes im|»atienls d'acheter ces laines. Ils m' peuvent les vendre et en Ij'aliqucr
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ailleui's qu'en Flandre, ou alors ce n'est pas sans grande perte. Prenez patience, car j'aperçois plusieurs mo3'ens de remédier au mal, qui vous donneront satisfaction pleine et entière, et gardezvous de rien penser et dire contre ce noble pays de France d'où tant de biens vous abondent. » P. 389 et 390.
Le comte de Flandre tient ce langage à ses sujets pour les consoler et leur faire prendre patience. Mais les Flamands, qui sont prescjue tous sous le coup d'une pauvreté sans cesse croissante, ne veulent rien entendre ; car, quoi qu'on leur dise, ils ne voient rien qui leur donne lieu d'espérer le retour de leur ancienne prospérité. C'est pourquoi, le trouble et l'agitation augmentent de jour en jour et de plus en plus. Mais personne n'est assez hardi pour prendre l'initiative, par crainte du comte. P. 390.
Il se passe un certain temps pendant lequel on se borne à se réunir par petits groupes sur les places et aux carrefours, A Gand où les habitants accourent ainsi de divers endroits et de plusieurs rues de la ville pour conférer ensemble, quelques compagnons sont frappés de la sagesse d'un bourgeois qui prend la parole dans ces réunions : ce bourgeois s'appelle Jacques d'Arteveld, et il est brasseur de miel. Ces compagnons remarquent les discours d'Arteveld entre tous les autres et ils le proclament un très-habile homme. Ils lui entendent dire que, si on le veut écouter et croire, il se fait fort de remettre promptement la Flandre en situation de recouvrer son ancienne prospérité ; il promet en outre d'assurer à la fois à son pays l'alliance du roi de France et celle du roi d'AngletexTe. Ces paroles sont répétées avec empressement, et elles circulent si bien de l'un à l'autre que presque tous les habitants de Gand en ont connaissance, notamment les petites gens et le peuple que le manque de travail fait le plus souffrir. On voit alors les attroupements recommencer de plus belle par les rues et les carrefours. P. 390.
Il arrive qu'un jour [de * fête] après dîner, il se forme un rassemblement de plus de cinq cents compagnons; ils marchent à la lile, s'appellent de maison en maison et disent : a Allons, allons entendre le conseil du sage homme! » Ils parviennent ainsi jusqu'à la maison de Jacques d'Arteveld qu'ils trouvent au seuil de
1. Le récit du manuscrit deValenclennes contient quelques variantes et même certaines additions intéressantes que nous intercalons dans ce sommaire, en les mettant entre parenthèses.
cciv CHRONIQUES DE J. FROISSART.
sa demeure. Du plus loin qu'ils l'aperçoivent, ils ôtent leurs chaperons, le saluent et lui disent : « Ha ! cher sire, pour Dieu merci, veuillez nous entendre. Nous venons vous demander conseil, car on nous dit que le grand bien de vous remettra le pays de Flandre en bon point. Veuillez nous dire comment : vous ferez aumône, car nous avons bien besoin que vous ayez égard à notre pauvreté. » Jacques d'Arteveld s'avance alors et dit : « Seigneurs compagnons, il est très-vrai que j'ai dit que, si l'on veut m'écouter et me croire, je mettrai Flandi-e en bon point, sans que notre seigneur le comte en soit lésé en rien. » Tous alors de l'embrasser à qui mieux mieux et de le porter en triomphe en s'écriant : a Oui, vous serez cru, écouté, craint et servi. » — [ « Seigneurs compagnons, ajoute Arteveld, je suis natif et bourgeois de cette ville et j'y ai le mien. Sachez que de tout mon pouvoir je vou drais vous venir en aide et à mon pays. Et s'il y a un homme qui soit décidé à assumer le fardeau , je suis prêt à exposer ma vie et ma fortune pour marcher à ses côtés; ou si vous autres me voulez être frères, amis et compagnons en toutes choses et faire cause commune avec moi, je me chargerai volontiers, malgré mon indignité, de la besogne.] Il convient que j'expose d'abord mes projets devant la plus saine partie de la po{)ulation de Gand, et il faut que vous, qui êtes ici, et les vôtres et ceux qui se réuniront à vous, me juriez de m'appuyer et de me prêter main-forte en toute circonstance jusqu'à la mort. » [Les assistants répondent tout d'une voix : « Nous vous promettons loyalement d être avec vous en toutes choses et d'y aventurer corps et biens, car nous savons que dans tout le comté de Flandre il n'y a personne autre que vous qui soit à la hauteur de la tâche. »] Jacques d'Arteveld donne alors rendez-vous à ses affidés pour le lendemain matin sur la place do la Fiilokc où il veut exposer devant tous les pnjjt'ts (ju'il a formés dans l'intérêt commun. J*. 390 et 391.
Ces nouvelles se répandent à Gand et se propagent dans les trois parties de la ville. Le lendemain matin toute la place de la Biloke se remplit de gens, ainsi que la rue où demeuiv Jacques d'Arteveld. Port»; sur les bras de ses partisiins, Jar(|ut's fend la fouli- <|iii se <:omp«)se do gens de toutes les classi-s el arrive à la Hiloke : il prend place sur une belle estrade pn'parée pour le recevoir. Et là il se met à parler avec tant d't'-l()(|uence et de sagesse qu'il gagne tous les cœurs à son opinion. Il ('.«mscillc à ses compatri(»ti-s de tenir leur pays ouvert et prêt à recevoir le roi
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d'Angleterre et les siens, s'ils veulent y venir, car on n'a rien à gagner et l'on a tout à perdre dans une guerre contre les Anglais. [Quant au roi de France, il a tant d'affaires sur les bras qu'il n'a pouvoir ni loisir de nuire à la Flandre. Edouard sera ravi d'avoir l'amitié des Flamands, et le roi de France finira lui aussi par rechercher cette amitié. Arteveld ajoute que l'alliance de l'Angleterre assurera à la Flandre celle du Hainaut, du Rrabant, de la Hollande et de la Zélande.] Les Gantois approuvent les projets de Jacques d' Arteveld, ils jurent de le tenir désormais pour leur seigneur et de ne rien faire que par son conseil , puis ils le reconduisent à son hôtel. Ces événements se passent vers la Saint-MicheU337. P. 391 et 392.
Le roi de France est vivement contrarié en apprenant ces nouvelles. Il comprend que, si les Flamands deviennent ses ennemis, ils peuvent lui être très-nuisibles en permettant au roi d'Angleterre de passer à travers leur pays pour envahir la France. Il engage le comte de Flandre à aviser aux moyens de se débari^asser de Jacques d' Arteveld qui menace d'enlever le comté à son seigneur légitime. P. 392.
[Le comte mande auprès de lui Jacques d' Arteveld qui va au rendez-vous avec une escorte si nombreuse qu'on n'ose rien tenter contre lui, Louis de Nevers invite Arteveld à user de son influence pour maintenir le peuple en l'amour du roi de France; il fait en outre à son ennemi les plus belles offres, et il entremêle le tout de pai'oles de soupçon et de menace. Jacques ne se laisse point intimider par ces menaces, et au surplus il aime du fond du cœur les Anglais. Il répond qu'il tiendra ce qu'il a promis au peuple en homme qui n'a point de peur, et, s'il plaît à Dieu, il espère venir à bout de son entreprise. Puis il prend congé du comte de Flandre.] P. 393.
Louis de Nevers met alors dans ses intérêts quelques personnes qui appartiennent aux plus grandes familles de Gand; il a d'ailleurs dans son parti les jurés qui lui ont prêté serment de fidélité. Les amis du comte dressent à plusieurs rejirises des pièges et des embûches à Jacques d' Arteveld; mais toute la communauté de Gand est si dévouée à son chef qu'avant de faire mal à celuici, il faudrait avoir raison de trente ou quarante mille hommes. Arteveld est entouré de gens de toute sorte, qui n'ont d'autre occupation que d'exécuter ses ordres et de le défendre en cas de besoin. P. 392 et 393.
ccvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Troisième rédaction. — A l'époque dont je parle, il s'élève un grand débat entre le comte de Flandre et les Flamands. Ce comte Louis, marié à Marguerite d'Ai'tois, ne sait se maîtriser ni se contenir ni vivre en paix avec ses sujets dans son comté; aussi les Flamands ne purent jamais l'aimer. Il est forcé de vider le pays déiinitivement, de partir de Flandre et de venir en France avec sa femme ; il se tient à Paris à la cour de Philippe de Valois, qui pourvoit de ses deniers à l'entretien du comte et de la comtesse. Ce comte était très-chevaleresque, mais ses sujets disaient qu'il était trop français et qu'ils n'avaient nul bien à en attendre. P. 388.
Les habitants de Gand donnent les premiers le signal de la révolte, et ils entreprennent de soulever tout le reste du pays de Flandre ; ils s'assurent l'alliance de Termonde , d'Alost et de Gramraont. Sur ces entrefaites, et pendant que les ambassadeurs d'Angleterre entament des négociations à Valenciennes , il apparaît à Gand un bourgeois qui se nomme Jacques d'Arteveld , homme d'une audace, d'une capacité et d'une astuce extraordinaires ; ce bourgeois acquiert une telle influence que toute la ville de Gand le prend pour chef et se soumet à ses volontés. Les ambassadeurs anglais, qui sont venus à Valenciennes , se décident, par le conseil du comte de Hainaut et de son frère , à envoyer des délégués auprès de Jacques d'Arteveld j^our inviter les Gantois à faire alliance avec le roi d'Angleterre et les prier d'accorder à Edouard III et à son armée le libre passage à travers la Flandre. L'évoque de Durham, le comte de Northainpton et Renaud de G)bham sont chargés de cette mission. P. 394 et SOr).
Les délégués anglais reçoivent à Gand un accueil magnifique et sont conibli'S d'attentif )ns, d'Iionnfurs et de festins. Un traité est conclu giâco aux actives dc'marches de Jacques d'Arteveld qui déteste le comte de Flandre; et ce traité, ralilié parla commune de Gand, stipule (|ue, si le roi d'Angleterre passe la mer et veut traverser la Flandic, avec ou sans gens d'armes, en payant comptant tout ce «loiit il se fera besoin sur la route, il trouvera le |»ays ouvert. Il est vrai que Rrugos, Ypres et ('.i)urtrai restent hostiles aux couf<'d('i>'s , mais les Gantois rouipteiil bien s'y prendre de telle sorte que, sous bref délai, le pays tout entier ne fera (|imiii avec eux. I'. 39.*>.
Los délégués anglais soiil ravis de joie d'avoir obtenu ce traite (]ui est scellé du sceau aux causes dr la \ille de GantI; ils rc-
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tournent à Valenciennes annoncer l'heureux résultat de leur mission au comte de Hainaut et aux autres ambassadeurs d'Angleterre. Guillaume de Hainaut dit alors aux envoye's d'Edouard III : a Vos affaires sont en très-bonne voie, si vous avez l'alliance de la Flandre et du Brabant. Dites à mon fils d'Angleterre que ce lui sera d'un grand secours et que sa guerre en sera plus belle ; mais il faut qu'il passe la mer au printemps prochain pour apprendre à connaître les seigneurs et les pays qui voudront faire alliance avec lui. Quand vous serez de retour en Angleterre, décidez-le à se rendre sur le continent avec force gens d'armes et archers et avec gi\indes sommes d'argent, car les Allemands sont d'une cupidité sans égale, et ils ne font rien si on ne les paye d'avance à beaux deniers comptants. » P. 39o.