‹ Chroniques (volume 5)Chapitre 69 sur 91 · Lozère, arr. de Mende · texte numérisé non relu

Lozère, arr. de Mende

2. Bertrand du Guesclin avait toujours espéré que la campagne de Bretagne finirait par un traité, et l'on peut supposer, sans mettre en doute son dévouement à Charles V, qu'il préférait cette solution à toute autre, n'ayant pas comme Clisson des raisons d'hostilité personnelle contre Jean de Montfort. Aussi quand les pourparlers du traité n'eurent pas ahouti, Jean le Mercier, qui gardait rancune au connétable de lui avoir reproché précédemment l'échec du siège de Cherbourg (Clir. des Quatre J'alois, p. 277), ne manqua pas de représenter au roi que B. du Guesclin n'avait pas fait son devoir dans la campagne de Bretagne et qu'il « estoit de la bande du duc » {Chr. du bon duc Loys de Bourbon, p. 112), espéi-ant ainsi faire nommer connétable Olivier de Clisson. La manoeuvre faillit /éussir, car Bertrand, furieux d'avoir été desservi auprès du roi, fait entendre bien haut qu'il renonce à son ëpée de connétable français et qu'il va se retirer en Espagne. Le roi lui députe à Pontorson les ducs d'Anjou et de Bourbon pour lui assurer qu'il n'ajoute pas foi à ces calomnies. A en croire Cabaret d'Orville {Ckr. du bon duc Lojs de Bourbon, p. 114), du Guesclin aurait alors refusé de reprendre son épée de connétable et se serait acheminé vers l'Espagne par le gouvernement du duc de Bourbon. Il est plus naturel de croire que B. du Guesclin resta comme connétable au service du roi, d'autant que les pièces de cette époque portent la mention : sous le gouvernement de Mgr le connestable de France (Dom Morice, Preuves, t. II, col. 248-250), au commencement de juin 1380, à la veille de son départ pour le Midi, où l'appelaient les réclamations des villes contre les compagnies. Au commencement de l'année, Per-

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corps aux Cordeliers du l'uy, puis on le transporta à Saint-Denis, où le roi le lit enterrer auprès de son tombeau, après de magnifiques obsèques*.

Le roi songe alors à nommer connétable le seigneur de Couci, auquel il vient de donner la terre de Mortagne, en Hainaut*, dont il dépouille le jeune Jacques de Werchin ; mais le seigneur de Couci refuse cette charge, dont il croit plus digne Olivier de Ciisson. Le jour même de la mort de du Guesclin, Châteauneuf se rend^ : la garnison s'en va en Limousin et les gens du connétable viennent en France*, où le roi les accueille bien.

Parlons maintenant de monseigneur Thomas, comte de Buckingham, fils cadet du roi Edouard d'Angleterre, qui se disducat d'AIbret avait pris en effet Montferrand en Gévaudan [Le petit Thalamus^ p. 400) ; en avril Chaliers et Chàteauneuf-Randon tombaient à leur tour au pouvoir des Anglais [Ibid.). Au mois de juin, B. du Guesclin, qui était parti avec 300 hommes d'armes [Chr. du bon duc Loys de Bourbon^ p. 116), arrivait avec le duc deBerry devant Chaliers, qui se rendait au mois de juillet {Le petit Thalamus, p. 400). De là le connétable va mettre le siège devant Chàteauneuf-Randon; mais il tombe bientôt malade, empoisonné, d'après la Clironicjue de P. Cochon (p. 158), et meurt le vendredi 13 juillet (Grandes Chroniques, t. VI, p. 466), remettant au maréchal de Sancerre son épée de connétable pour la donner au roi {Chronograpliia, t. II, p. 393).

1 . Le corps du connétable fut d'abord déposé dans l'église des Jacobins (auj. Saint-Laurent) du Puj, où le 23 juillet fut célébré un service funèbre (Le petit Thalamus, p. 400). Ses entrailles restèrent au Puy (Dom Vaissete, t. IX, p. 881) ; son cœur, primitivement placé dans l'église des Jacobins de Dinan, fut transporté le 9 juillet 1810 dans l'église Saint-Sauveur de la même ville (J. Ogée, Dict. hist. et géogr. de laprov. de Bretagne^ t, I, 1840, p. 223); son corps, d'abord transféré à Moulins, fut enterré à Saint-Denis au pied du tombeau de Charles V (Chr. du bon duc Loys de Bourbon^ p. 118), après de magnifiques funérailles.

2. La donation de Mortagne-sur-l'Escaut (Nord, arr. de Valenciennes) n'est datée que du 27 septembre 1380 [Arch. Nat., JJ 118 fol. 12 v°).

3. La garnison anglaise, ignorant la mort de Bertrand du Guesclin, se rendit le lendemain de sa mort [Grandes Chroniques, t. VI, p. 467 et Chr. du bon duc Loys de Bourbon, p. 118), le 14 juillet 1380, et déposa les clés du château sur son lit de mort {Clironographia, t. II, p. 393; Chr. des Quatre fa/ois, p. 285).

4. Les troupes du connétable allèrent faire le siège de 3Iontferrand (Lozère, arr. de Marvejols, commune de Banassac), ainsi que dit Le petit Thalamus de Montpellier (p. 400) : « e d'aqui lo seti fo mudat a Moutferraut ».

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pose à traverser la France avec une armée, pour venir en Bretagne. P. 233 à 234, 342.

Les renforts promis par les Anglais au duc de Bretagne n'étaient pas arrivés : on a vu le triste sort de l'expédition de Jean d'Arondel. Le duc pressé par Olivier de Clisson, Gui de Laval et autres, envoie en Angleterre le seigneur de Beaumanoir et Eustache de la Houssaie*, qui arrivent à Londres un peu avant la Pentecôte 1380, avant donc le 13 mai. P. 234, 23o, 342, 343.

Le roi d'Angleterre reçoit très bien à Windsor les deux ambassadeurs. Pendant les préparatifs qu'on fait du Parlement qui doit se tenir à Westminster, meurt, à Londres, Guichard d'Angle, comte d'Huntingdon, qui est enseveli en grande pompe dans l'église des Augustins^.

Le parlement s'assemble, et l'on décide que le comte de Buckingham se rendra à Calais et traversera la France pour aller en Bretagne, avec trois mille hommes d'armes et trois mille archers. P. 235, 236, 343.

Les chevaliers bretons repartent alors, porteurs de lettres du roi Richard.

L'armée anglaise pendant ce temps se rassemble à Douvres,

1. Le 10 janvier 1380, le duc de Bretagne avait envoyé des ambassadeurs en Angleterre, et un traité avait été signé (Boni Moricc, Preuves^ t. II, col. 236); le roi de France y répondait le 4 février par un traité d'alliance avec le roi Jean de Castille (Hay du Cbastelet, Hist. de du Guesclin, p. 403-405). Mais le traité conclu avec l'Angleterre n'ayant pas stipulé le nombre d'hommes d'armes à fournir, le duc renvoie en ambassade au mois de mars Jean de Beaumanoir et EusUiche de la Houssaye, auxquels il faut joindre Etienne de Guyon, Mathieu Raguenel, Jean de la Chapelle et Richard Clerc {Rec. Off., Issue Rolls, 3 Ric/i. II, m. 17). Pendant ce temps, les Etats de Bretagne font ime tentative auprès du roi de France, qui semble disposé à s'en rapporter à l'arbitrage du comte de Flandre (Dom Morice, Hist. de Bret., t. I, p. 372) et continue d'autre part avec l'Angleterre les pourparlers de paix commencés en 1379 (Kervyn, t. IX, p. 545), où nous voyons intervenir, du 31 mars au 6 juin, Thomas, évêque de Rochester, Jean de Cobham et Gauthier Skirlawe [Rec. Off., Qiwen^s Rem., Mise, JSuncil ^ et 4^; Lord Trcas. Rem., For. .4cc. 4, m. 16 r° et 24 v"). L'expédition de Buckingham n'en était pas moins décidée dès le mois de mars précédent, ajjrès la seconde ambassade de Jean de Beaumanoir.

2. Contrairement à ce que dit P'roissart, ce personnage bien connu, qui mourut le 4 avril 1380, fut enterré très modestement, comme il le désirait, à Reading (voy. Kerryn, t. XX, p. 36).

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puis à Calais, et les capitaines de Boulogne, d'Ardres*, de la Montoire^, d'Eperlecques^, de ïourneheni'^, de Haraes^, de Licques® et autres châteaux s'apprêtent à soutenir un siège.

Le roi de France apprend à Paris le passage de l'arrae'e anglaise : il envoie alors en Picardie'' le seigneur de Couci', qui établit son quartier général à Péronne, en Vermandois. Le capitaine d'Ardres était alors le seigneur de Sempy"; Jean de Longvilliers commandait à Boulogne et Jean de Fosseux*" à Montreuilsur-Mer".

Buckingliam arrive à Calais*^ trois jours avant la fête de Sainte- Madeleine (19 juillet 1380). P. 236 à 238, 343.

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