‹ ChroniquesChapitre 2 sur 74 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

INVESTISSEMENT ET SIÈGE DE CALAIS; PREMIÈRE PERIODE : DU 3 AOUT A LA FIN DE DÉCEMBRE 1346 ^ (§§ 288 à 291).

Edouard III investit Calais^, dont la garnison, composée surtout de chevaliers de l'Artois, a pour capitaine Jean de Vienne, d'une

1. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ t. II, chap. Lxxin et lxxiv, p. 96 à 103.

2. D'après Michel de Northburgh , chapelain et confesseur d'Edouard III, qui accompagnait ce prince dans l'expédition de 13(i6, les Anglais arrivèrent devant Calais le 2 septembre 1346. [Hist. Ed. 111, par Robert de Avesbury, p. 140 et 141.) Ainsi le roi d'Angleterre mit le siège devant cette place forte une semaine seulement après sa victoire de Cri'cy . On nous permettra de citer ici une pièce d'iuic importance capitale, relative à l'incident le plus décisif de cette dernière bataille, que nous avons connue postérieurement à la publication du troisième volume de notre édition. En novembre 1376, des lettres de rémission furent octroyées à Pierre Coquet, âgé de cinquante ans, de 1 Etoile (Somme, arr. Amiens, c. Picquigny), « du fait de la mort des Ge/ietioiz et autres estrangiers qui, après la desordenance qui fu sur la rivière de Somme quant Edwart d'Angleterre nostre adversaire et ses alliez passèrent la Blanche Tache, et au retour du conflict de la bataille de Crecy, trente ans a ou environ, avint en plusieurs lieux ou pais de Picardie,

POUR CE QUE BENOMMÉE ET VOIX PUBLIQUE COUHOIT QUE ÏCEULX Ge«E- UOIS ET ESTKANGIEHS AVOIIINT THAY LE BOY PhEI.IPPE NOSTKE AYEUL,

que Dieu absoille, nostre dit aycul fesist dès lors gênerai remission it

abolicion de ce que ou temps liessus dit ot aucuns des diz Ceneuoyi

ou autres estrangiers occis, eu la idle de ['Estoillc sur la dite rivière de Somme, à une lieue de Lonc en Pontieu ou environ oit il demouroit et encore demoure , par les habitanz d'iccllc. (Arch. nat., secl. hisl., JJ107, f" 160, p. 310.)

famille de Bourgogne*. Entre les remparts, la rivière* et le pont de Nieuley ', le roi anglais fait construire une véritable ville pour y loger son armée. Le plan des assiégeants est d'affamer cette place qu'ils n'espèrent point prendre d'assaut. Jean de Vienne, de son côté, donne l'ordre de sortir à tous ceux des habitants de Calais qui ne sont point suffisamment approvisionnés pour un long siège ; le roi d'Angleterre laisse passer généreusement ces malheureux à travers son armée après les avoir fait manger et leur avoù' distribué quelque argent. P. 1 à 3, 201 à 205.

Sur ces entrefaites , Philippe de Bourgogne ' meurt d'une chute de cheval au siège devant Aiguillon, que Jean, duc de Normandie, lève par l'ordre de son père, à la suite du désastre de Crécy. Le capitaine de la garnison d'Aiguillon, Gautier de Mauny, en harcelant la reti\iite des Français, fait prisonnier un des chevaliers de l'entourage du duc de Normandie nommé Grimouton de Chambly ^ ; informé par ce chevalier de la victoire des

1. D'après la plupart des manuscrits de Froissart, Jean de Vienne aurait appartenu à une famille de Champagne ; mais c'est une erreur : le défenseur de Calais descendait d'une des plus illustres familles de Bourgogne. Jean de Vienne, de la brandie des seigneurs de Pagny et de Seignelay, l'un des quatre fils de Jean de Vienne et de Jeanne de Genève, seigneur de Pollans et de Rotlielanges, reçut le 1^ novembre 1338 une pension sur le trésor royal de cent livres portée à trois cents le 17 septembre 1340 et à six cents en 13(i8; il mourut à Paris le 4 août 1361 (Anselme, hist. géndal,, t. VII, p. 806). Il faut bien se garder de confondre le héros du siège de Calais avec Jean de Vienne, amiral de France sous Charles V, de la branche des seigneurs de Rollans, de Clairvaux et de Listenois.

2. Il s'agit sans doute ici de la rivière de Hem qui passe à Guines et vient se jeter dans la mer à Calais.

3. Le pont de Aieuley se trouvait près de l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le fort de Nieuley, au sud- ouest de Calais, dans le voisinage de la basse ville ^ du côté de Sangatte; il était jeté sur la rivière de Hem.

k. Le siège d'Aiguillon fut levé dès le 20 août (v. t. III de notre édition, sommaire, p. xxxii, note 2) ; et Philippe de Bourgogne ne mourut que le 22 septembre 1346. Par conséquent si Grimouton de Chambly fut fait prisonnier avant le 26 août, il ne put donner à Gautier de Mauny des nouvelles de la journée de Crécy. Froissart se trompe en attribuant à ^Philippe le litre de duc de Bourgogne. Philippe, marié en 1338 à Jeanne, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, était simplement le lils et l'héritier présomptif du duc Eudes IV qui ne mourut qu'on 1350.

5. Philippe de Cliambly , dit Grismouton , était , comme le dit Froissart, un des favoris du duc de Normandie. Par lettres datées

SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 292-294. v

Anglais à Crécy, il promet de le mettre en liberté' sans rançon, si Grimouton réussit à obtenir du duc un sauf-conduit qui permette à Gautier de Mauny de chevaucher à travers la France avec une escorte de vingt compagnons, pour aller rejoindre à Calais le roi d'Angleterre, son maître. Jean accorde de très-bonne grâce le sauf-conduit, moyennant quoi Grimouton de Chambly recouvre sa liberté ; mais au moment où Gautier de Mauny, muni de ce saufconduit, traverse la France, il est arrêté à Orléans * et amené prisonnier à Paris par l'ordre de Philippe de Valois qui veut le faire mettre à mort. Le chevalier anglais doit son salut à l'intervention chaleureuse du duc de Normandie en sa faveur; il est mis en liberté et dîne à l'hôtel de Nesie à la table du roi, qui lui fait au départ de magnifiques présents; Gautier les renvoie, sur l'invitation de son souverain , aussitôt après son arrivée à Calais. P. 3 à 10, 20S à 218.

Page 1