ROUEN, EXÉCUTION DU COMTE DE HARCOURT. GUERRE ENTRE LE
KOI DE FRANCE ET LES FRÈRES DE NAVARRE QUI FONT ALLIANCE AVEC LE ROI d'aNGLETERRE ; CHEVAUCHÉE DU DUC DE LANCASTRE ET DES
NAVARRAIS EN NORMANDIE. SIÈGE ET PRISE d'ÉVREUX, DE RHOTES
ET DE BRETEUIL PAR LE ROI DE FRANCE* (§§ 363 à 370).
L'impôt de la gabelle^ excite à Arras une révolte des petites gens qui tuent quatorze ' des plus riches bourgeois ; le roi de France fait pendre les meneurs. — En Normandie, le roi de Na-
1. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ chap. xciii, t. II, p. 191 à 194.
2. Cet impôt et celui de huit deniers pour livre avaient été décrétés par la célèbre ordonnance du 28 décembre 1355 tenue à la suite de la réunion des Etats Généraux à Paris le 30 novembre précédent. L'impopularité de ces taxes détermina l'assemblée qui se réunit de nouveau le !'='■ mars 1356 à les remplacer par mie sorte d'impôt sur le revenu ou de capitation qui frappait inégalement les nobles, les clercs et les nonnobles.
3. Le nombre de dix-sept, donné par les Grandes Chroniques de France, est confirmé par les lettres de lémission octroyées à Arras le 28 a\Til 1356 aux habitants de ladite ville par Arnoul d'Audrehem, maréchal de France, lieutenant du roi es parties de Picardie, d'Artois et de Boulonnais : <i Comme plusieurs commocions, rebellions, assemblées et monopoles eussent esté faites en la ville d'Aras, et encores de ce fust ensivi uns fais piteux ouquel Willaumes li Borgnes, Jaquemart Louchart, esquievin , Andrieii de Mouchi , bourgois de le dite ville, et plusieurs autres, jusques au nombre de dix-sept personnes, furent ochiz en le maison du dit Willaurae, et aucuns d'iceulx jeté jus inhumainement en le Gauchie par les fencstres du dit hostel, et le ministre de le Trinité de l'Ordre Saint fliathelin et un autre na^Té mortelment, et depuis au tiers jour deux autres mis à mort par voie de fait... » Arnoul
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viUTe, comte d'Évi-eux, le comte de Hai'court, Godefroi de Harcourt, Jean de Graville et plusieurs autres seigneurs s'opposent aussi à la levée de la gabelle sur leurs terres. Le roi Jean, furieux de cette résistance, saisit la première occasion de s'en venger : Un jour que le roi de Navarre et le comte de Harcourt dînent au château de Rouen à la table de Charles, duc de Normandie, fils aîné du roi de France, celui-ci survient à l' improviste^ pendant le repas; le roi de Navarre est arrêté séance tenante malgré les supplications du jeune duc dont il est l'hôte ; le comte de Harcourt, Jean de Graville^, Maubue^ de Mainemares et Colinet Doublel* ont la tête tranchée. P. 174 à 180, 382 à 386.
A la nouvelle des événements de Rouen, Philippe et Louis de Navarre, frères du roi Charles, Godefroi de Harcourt, oncle et
d'Audrehem fit décapiter en sa présence quatorze des coupables, jeter leurs cadavres à la voirie et suspendre les têtes au-dessus des portes de la ville (Arch. nat., sect. hist., JJ84, p. 528, f"= 274 vo et 275). Des lettres de rémission furent accordées en octobre 1356 à André de Mouchi, ch'î'", pour avoir tué Henri Wion d'Arras , accusé d'avoir provoqué la sédition et le meurtre du père du dit André. JJ84, p. 808.
1. La tragique scène de Rouen eut lieu le mardi 5 a^TÏl 1356, d'après des lettres de Charles dauphin du 12 décembre 1357 (JJ89, p. 289) et les Grandes Chroniques de France (v. p. kik do ce volume). On lit par erreur : (C Le mardi sixiesme jour d'avril » dans l'édition de M. P. Paris, in-12, t. VI, p. 26.
2. Le seigneur de Préaux fut exécuté avec Jean, comte de Harcourt, et Jean Malet, sire de Graville (Table de Lenain, U524, t. XXX, f» 64). Le 5 juin 1356, le roi Jean échangea une terre située dans le comté d'Alençon, provenant de la confiscation des biens de feu Jean Malet, sire de Graville, contre un manoir que Marie d'Espagne, comtesse d'Alençon, possédait à Saint-Ouen (Arch. nat., J169, n° 32). Le 13 juin 1356, le roi de France fit présent à la dite comtesse d'Alençon, pour elle et ses enfants, des biens ayant appartenu à Jean Malet à Séez et à Bernai (V. Desnos, Hist. d^Alençou, t. I, p. 388).
3. Maubue était un surnom de ce chevalier, dont le prénom était Guillaume (JJ82, p. 469); Jean de Mainemares, écuyer, frère aîné de Guillaume, obtint des lettres de rémission en janvier 1358 (JJ89, p. 215).
4. Cet écuyer, désigné par Froissart et les autres chroniqueurs sous le nom de Doublet^ est appelé Doublet dans les registres du Trésor des Chartes (JJ82, p. 511 et JJ85, p. 30). En janvier 1357 (n. st.) le roi Jean donne à Jean du Saussay, écuyer, huissier d'armes du duc de Normandie, la maison de Raffetot (Seine-Inférieure, ar. le Havre, c. Bolbec), avec 50 livres tournois de rente, confisquée pour la forfaiture; de feu Colinet Doublel (JJ85, p. 30). D'autres biens de Colin Doublol furent donnés en décembre 1357 à son frère messirc Jean Doublel (JJ89, p. 330).
rxvi CHRONIQUES DE J. FROISSARÏ.
[Jean] de Harcourt, fils aîné du feu comte de Harcoui't, l'héritier de Jean de Graville, Pierre de Sacquenville et bien \angt chevaliers défient le roi de France. Le roi de Navarre, détenu d'abord au château du Louvre, est bientôt transféré dans la forteresse de Crèvecœur en Cambrésis. P. 180 à 183, 386, 387.
Louis de Harcourt, l'un des familiers du duc de Normandie, frère du comte de Harcourt exécuté à Rouen, refuse, en dépit des instances et des menaces de son oncle Godefroi, de prendre parti contre le roi de France * . Philippe de Navarre ^ et Godefroi de Harcourt, laissant leurs forteresses de Normandie sous la garde de J^ouis de Navarre et du Bascle de Mareuil, vont à Londres pendant la session du Parlement solliciter l'appui du roi d'Angleterre. Edouard s'engage à les soutenir et, non content de leur fournir cent hommes d'armes et deux cents archers, sous le commandement des seigneurs de Ross et de Nevill, il donne l'ordre au duc de Lancastre qui guerroie en Bretagne de seconder les frères de Navarre avec toutes les forces dont il dispose. P. i83 à 186, 387, 388.
Le duc de Lancastre, qui a sous ses ordres le fameux Robert KnoUes, vient de Pontorson à Evreux rejoindre Philippe de Na-
1. En mai 1359, Charles régent donne à Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, les terres et châtellenies de Vibraye et de Bonnétable dans le comté du Maine, venues à héritage à Jean, comte de Harcourt, du chef de sa mère , et confisquées sur ledit Jean , neveu de Louis, complice du roi de Navarre. JJ90, p. 112.
2. Philippe de Navarre ne perdit pas de temps, car la tragique scène de Rouen avait eu lieu le mardi 5 avril 1356, et dès le commencement du mois suivant des négociations étaient ouvertes avec le roi d'Angleterre, vers lequel Philippe de Navarre et Godefroi de Harcourt avaient député Jean, sire de Morbecque et Guillaume Carbonnel, sire de Brevands. Ces négociateurs avaient rempli leur mission dès le 12 mai, date du sauf-conduit qui leur fut déli^Té pour revenir en Normandie (Rymer, vol. III, p. 328, 329). Le 2k juin, Edouard envoyait à Philippe de Navarre et à Godefroi de Harcourt un sauf-conduit pour venir à sa cour (Ibid., p. 331). Mais Godefroi de Harcourt, occupé dès le 22 juin à guerroyer en Normandie en compagnie du duc de Lancastre (Robert de Avesbury, p. 247), n'eut pas le temps de se rendre en Angleterre ; et son voyage resta, quoi qu'en dise Froissart, à l'état de projet. Quant à Philippe de Navarre, il alla bien à la cour d'Edouard , mais postérieurement à la campagne du duc de Lancastre à laquelle il avait pris part, comme il résulte de deux lettres d'Edouard des 20 et 2k août 1356 (Rymer, vol. III, p. 338, 339), et du traité de Clarendon du 4 septembre 1356 {Ibid.^ p. 340). V. Léopold Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le'Vicomte , p. 84 et 85.
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varre et Godefroi de Harcourt, aussitôt après leur retour d'Angleterre. L'armée anglo-navarraise s'élève à douze cents lances, seize cents archers et deux mille brigands* à lances et à pavais; elle occupe, pille et brûle successivement Acquigny, Pacy, Vernon, VerneuiP et les faubourgs de Rouen. A cette nouvelle, le roi de France, accompagné de ses deux maréchaux Jean de Clermont et Arnoul d'Audrehem, vient à Pontoise, à Mantes, à Rouen; il rassemble une armée de dix mille hommes d'armes, ce qui fait trente ou quarante mille combattants , et marche contre les Anglo-Navarrais. Ceux-ci, qui se sentent inférieurs en nombre, se retirent précipitamment dans la direction de Pontorson et de Cherbourg. Les Français les poursuivent et parviennent à les joindre à peu de distance de Laigle ' ; le duc de Lancastre n'évite la bataille qu'à la faveur d'un habile stratagème. L'armée anglo-navarraise se disperse : Jean Carbonnel s'enferme à Evreux avec
1. Le duc de Lancastre avait en tout neuf cents hommes d'armes et quatorze cents archers. Les cinq cents hommes d'armes et huit cents archers qu'il avait primitivement sous ses ordres s'étaient grossis des cent hommes d'armes de Philippe de Navarre et de Godefroi de Har court et de trois cents hommes d'armes et cinq cents archers amenés par Robert Knolles de Carentoir en Bretagne (Morhihan, ar. Vannes, c. la Gacilly). L'abbaye de Montebourg, et non Evreux, avait été choisie comme quartier général. La petite armée se mit en marche le 22 juni; elle était de retour à Montebourg le 13 juillet. Ces détails sont tirés d'une lettre écrite à Montebourg le 16 juillet 1356 qui donne jour par jour l'itinéraire suivi par le duc de Lancastre (v. Robert de Aveshury, p. 2't6 à 251). Le but principal de cette expédition était de forcer les Français qui assiégeaient le Pont-Audemer sous les ordres de Robert de Houdetot à lever le siège de cette ville occupée par les Navarrais. Les dates extrêmes de ce siège nous sont fournies par des lettres de rémission de mai 1357 en faveur de Guillaume 1 Kngigneur de Mangrenlle sur le Ponteaiidemcr (auj. Manneville-sur-Risle), où on lit que «... nostre amé et féal messire Robert de Houdetot et plusieurs gens d'armes eztans sous son gouvernement venissent tenir siège devant le dit chastel, et y fussent depuis Pasques 1356 jusques à la Saint Jehan (2'» juin) ensivant... t Arch. nat., sect. hist., JJ85, p. 120.
2. Le k juillet, le duc de Lancastre surprit et pilla Verneuil , où il se reposa trois jours.
3. Le roi Jean attendait les Anglais à une petite lieue de Laigle, à Tuhœuf (Orne , ar. Mortagne, c. Laigle), avec son fils aîné Charles, le duc d'Orléans son fn're, une armc'e de huit mille hommes d'armes et de quarante mille arbalétriers et autres gens des communes. Le roi de l'Vance, au lieu de tomber sur les Anglais, envoya deux hérauts offrir la bataille au duc de Lancastre, qui profita de cet avertissement pour s'échapper. V. Robert de Avesbury, p. 2(è9 et 250.
Lxviii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Guillaume Bonnemare et Jean de Se'gur, Foudrigais à Conches, Sanson Lopin à Breteuil en compagnie de Radigot et de Frank Hennequin, tandis que le duc de Lancastre et les Anglais regagnent la forte marche de Cherbourg. P. 186 à 191, 388 à 390.
Evreux se compose d'un bourg, d'une cité et d'un château, et il y a des fortifications particulières pour chacune de ces trois parties de la ville. Le roi Jean* assiège cette place et réduit successivement le bourg et la cité à se rendre ; le château lui-même, confié à la garde de Guillaume de Gauville et de Jean Carbonnel, capitule au bout de quelques semaines : la garnison a la vie sauve et peut se retirer à Breteuil. Pendant ce temps, Robert Knolles essaye de s'emparer du château de Domfront, P. 191 à 193, 390 à 392.
Après la prise d' Evreux et du château de Rothes ^, le roi de France, dont l'armée est forte de soixante mille chevaux, met le
1. Le siège d'Évreux ne fut pas fait par le roi Jean en personne; ce siège, comme celui du Pont-Audemer, suivit immédiatement l'arrestation du roi de Navarre : il est antérieur à la chevaucliée du duc de Lancastre. Evreux s'était rendu aux Français avant le 20 juin, jour où Guillaume, abhé de Saint-Taurin, fît remise à Jean de Montigny, aumônier, et à Adam de Pincliemont, infirmier de ladite abbaye, qui s'étaient enfermés dans la cité et église d'Evreux pour mettre en sûreté les joyaux de leur abbaye, de la peine qu'ils pouvaient avoir encourue en prenant les armes et en concourant à la défense. Ces lettres de rémission furent confirmées le 12 août 1356 par le roi Jean : « Comme depuis que nous eusmes fait prendre ou cbastel de Rouen le roy de Navarre et conte d'Evreux, nostre filz et homme, et mettre en prison fermée pour certainnes causes, plusieurs personnes se soient mis et requeulis en la cité d'Evreux et icelle tenue à force par certain temps contre nostre volenté et la puissance de certainne quantité de gens d'armes que nous y avions envoie , jusques à tant que certain traictié et accort fu fait de nostre congié et consentement entre noz dictes gens et les gens estans en la dicte cité : par lequel traictié et accort iceulx de la dicte cité rendirent à noz dictes gens pour nous icelle cité, sauf leurs corps et leurs biens, et par certaines autres condicions contenues plus plainnement es diz traictié et accort sur ce fais... » (Arch. nat., JJ84, p. 638). Jean de Torpo, d'Évreux, poissonnier du roi de Navarre, avait approvisionné de poisson salé le cliâteau où il s'enferma pendant le siège ; et nous voyons dans des lettres de rémission qui lui furent délivrées en octobre 1356, que Roberge, sa femme, munie d'un sauf-conduit du comte de Tancarville, connétable de Normandie, alla se retirer avec la femme de Pierre de Sacquenville, après la reddition d'Évieux, dans le château de Breteuil. JJ85, f°67 Y".
2. Auj. Saint-Léger-de-Rothes ou Saint-Lèger-du-Boscdel, Eure, arr. et c. Bernai.
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siège devant Breteuil, un des plus forts châteaux assis en plaine qu'il y ait en Normandie; ce fut le plus beau siège qu'on eût vu depuis celui d'Aiguillon. — A ce moment, le comte de Douglas d'Ecosse et Henri de Castille, bâtard d'Espagne et comte de Transtamare , viennent offrir leurs services au roi Jean , qui les accueille courtoisement et assigne à Douglas cinq cents livres de revenu annuel. — Les assiégeants font construire un chat ou atournement d'assaut, monté sur quatre roues, crénelé et cuirassé, composé de trois étages, dont chacun peut contenir deux cents combattants. On comble pendant un mois, avec des fascines, les fossés du château de Breteuil, à l'endroit où l'on veut donner l'assaut, et l'on parvient ainsi à amener, au moyen des roues, cette énorme machine contre les remparts; mais les assiégés ont eu soin de se pourvoir de canons qui vomissent du feu grégeois * : ce
1. Tout le monde sait qu'il était d'usage dès cette époque d'employer l'artillerie au siège des places fortes ; ce que l'on ignore généralement, c'est que, dès le règne de Charles V, et peut-être auparavant, on avait l'habitude de tirer le canon à Paris pendant les représentations du mystère de la Passion. C'est ce qui résulte de lettres de rémission que nous avons découvertes et que nous publions ici pour la première fois. Ces lettres sont datées, il est vrai, de 1380 ; mais elles constatent que l'usage de tirer le canon dans cette circonstance était établi depuis longtemps. Nous prions les historiens de l'artillerie et de notre théâtre au moyen âge de nous pardonner cette publication qui est ici un hors-d'oeuvre.
« Charles, etc. Savoir faisons à touz presens et à venir à nous avoir esté exposé de la partie de Guillaume Langlois que, comme, le mardi après Pasques darrain passées, es jeux qui furent faiz et ordcnez en l'onneur et remembrance de la Passion Nostre Seigneur Jhesucrit en nostre bonne ville de Paris , par aucuns des bourgois et autres bonnes genz d'icelle, le dit exposant eust esté requis, prié et ordené de ceulx qui es diz jeux faisoient les personnages des figures des ennemis et deables, de estre aux d'y/, jeux pour gctter des canons , quant temps seroit, afin que leurs personnages fussent mieulz faiz, si comme es diz jeux on a acoustumé à faire par cliaciin au à Paris. ¥a lors avint que avec le dit exposant vint et s'embati illec amiablement Jehan Hemon, varlet d'cstuves, pour lui cuidier aidier à jouer et faire getter des diz canons, quant lieu et temps seroit, comme autreffoiz on a acoustumé à faire. Et il soit ainsi que ilz ordenèrent et mistrent à point iceulx canons pour getter et faire bruit sur l'appointcment et arroy du Cruxiflement que on a acoustumé à faire en iceulx jeux en remcnbrance de la mort et passion de Nostre Seigneur Jhesucrit. Et pour ce que illec où les diz exposanz et Jehan Hemon estoient, fu mise une broche chaude et boutée en un canon estant ou dit lieu, la cheville d'icellui canon par force de feu s'en issy et sailli plus tost et autrement que ne cuidoient et pensoient yceulx exposanz, et Hemon, par tèle
Lxx CHRONIQUES DE J. FROISSART.
feu embrase le toit de la machine, et les gens d'armes qui la montent sont oblige's de se sauver. Les assie'geants entreprennent alors de combler, dans toute leur étendue, les fossés qui entourent les remparts, et ils emploient à ce travail quinze cents terrassiers. P. 193 à 196, 392, 393.
Pendant que le roi de France assiège ainsi Breteuil, le prince de Galles , informé de l'alliance conclue entre son père et les Navarrais, veut faire une diversion en faveur de ses nouveaux alliés; c'est pourquoi, il part de Bordeaux aux approches de la Saint- Jean à la tête d'une armée de deux mille hommes d'armes et de six mille archers et il se dirige vers la Loire à travers l'Agenais , le Limousin et le Berry, — A la nouvelle de cette incursion , le roi Jean presse le siège de Breteuil avec plus de vigueur encore cju'auparavant *. Les assiégés font prisonnier Robert de Montigny, chevalier de l'Ostrevant, qui s'est aventuré trop près du rempart, et tuent Jacquemart de Wingles son écuyer. Sept jours après cet incident, le capitaine de Breteuil nommé Sanson Lopin, écuyer navarrais, qui résiste depuis sept semaines ^ aux efforts d'une armée tout entière , se voit con-
manière que le dit Hemoii d'icelle cheville fu féru et attaint d'aventure en l'une de ses jambes. Et aussi fu le dit Guillaume par la force du feu qui en yssi embrasé et brûlé parmi le visage et fu en grand double et en aventure d'estre mort ou affolé de touz poins. Après lesquèles choses ainsi avenues, le dit Hemon , qui estoit bon et vi-ay ami d'icellui exposant , et qui ne vouloit que, pour la bleceure qu'il avoit ainsi de la cheville du dit canon , il fust aucunement dommagié
ne poursuy Donné à Paris l'an de grâce mil trois cens et quatre
vins, ou moys d'avril et le dix septième de nostre règne. » Arch. nat., sect. hist., JJ116, p. 254, f°s 152 v» et J53.
1. Cf. Chronitjue des quatre premiers Valois^ p. 42 à 46. D'après cette chronique, le roi Jean aurait fait venir le roi de Navarre du Château- Gaillard, afin que Charles ordonnât lui-même à ses capitaines de Breteuil et du Pont-Audemer d'évacuer ces places, démarche qui n'aboutit à aucun résultat.
2. On peut dresser sûrement d'après les actes l'itinéraire du roi Jean dans le cours de cette expédition de Normandie. Le jour même où le duc de Lancastre entrait en campagne, c'est-à-dire le 22 juin, le roi de France était à Dreux (Arch. nat., JJ84, p. 554), après avoir passé le 7 juin à Saint-Arnoul -en-Yvelines (Seine -et -Oise, ar. Rambouillet, c. Dourdan), et au Gué-de-Longroi (Eure-et-Loir, ar. Chartres, c. Auneau) ; le 8 juillet, il se trouvait à Tubœuf près Laigle où il laissa échapper le duc de Lancastre et les Anglais. Le siège de Breteuil dut suivre immédiatement cette poursuite infructueuse, car nous avons un très-grand nombre de lettres du roi Jean et de son fils Charles datées
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traint de rendre la forteresse moyennant que la garnison aura la vie sauve et pourra se retii'er au château de Cherbourg. Le roi Jean rentre à Paris et fait ses préparatifs pour marcher à la rencontre du prince de Galles, P. 196 à 198, 393 à 398.
y4nte Britolhtm m Normannia anno Domini 1356, mense Juin (JJ84, p. 788. Cf. JJ84, p. 566, 567, 570, 587, 606, 788). D'autres lettres sont datées : In exercitu nostro ante Britolium , mense Augusti ( JJ84, p. 571, blk, 582, 586, 602 à 604, 680, 681, 720). Ces pièces mentionnent la présence au siège du connétable Gautier de Brienne, duc d'Athènes, des maréchaux d'Audrehem et de Clermont, de l'archevêque de Sens, de l'évêque de Châlons, des comtes d'Eu, de Tancarville et de Ventadour, de Geoffroi de Charnj, de Boucicaut et d'Aubert de Hangest. Le 12 août, le roi Jean datait encore ses lettres : En noz tentes devant Bretiieil (JJ84, p. 638); mais dès le 19 il était au château de Tremblaj-le-Vicomte (Eure-et-Loir, ar. Dreux, c. Châteauneufen-Thymerais) et se préparait à marcher contre le prince de Galles (JJ84, p. 633). La reddition du château de Breteuil eut lieu par conséquent entre le 12 et le 19 août 1356.