‹ ChroniquesChapitre 63 sur 74 · Ms. 2813, f" 395 vf. Ms. 2655, f° 168 : « merciant · texte numérisé non relu

Ms. 2813, f" 395 vf. Ms. 2655, f° 168 : « merciant

d'aoust, se reconsilièrent au roy de France les dis conte de Harecourt et monseigneur Loys son frère, et lui deurent moult révéler de choses, si comme l'en disoit ; et par especial luy dévoient révéler tout le traittié de la mort du dit monseigneur Charles d'Espaingne , jadis connestable de France , et par qui ce avoit esté.

Et assés tost après , c'est assavoir ou mois de septembre , se parti de Paris le dit cardinal de Bouloingne et s'en ala à Avignon. Et disoit l'en communément qu'il n'estoit point en la grâce du roy, jà soit ce que paravant, bien par l'espace d'un an qu'il avoit demouré en France, il eust esté tous jours avec le roy si privé comme povoit estre d'autre.

Et en ce temps se départi messire Robert de Lorris, chambellan du roy, et se absenta tant hors du royaume de France comme autre part. Et disoit l'en communément que, se il ne se feust absenté, il eust villenie et dommage du corps ; car le roy estoit courroucié et moult esmeu contre luy, mais la cause fu tenue si secrète que pou de gens la sceurent. Toutesvoies disoit l'en qu'il de voit avoir sceu la mort du dit connestable avant qu'il feust mis à mort, et qu'il devoit avoir révélé au dit roy de Navarre aucuns consaulz secrès du roy, et que toutes ces choses furent révélées au roy par les dis conte de Harecourt et messii'e Loys son frère.

Item, assés tost après, c'est assavoir envii'on le moys de novembre, l'an cinquante quatre dessus dit, le dit roy de Navarre se parti de Nor mendie et se ala latitant en divers liens jusques en Avignon.

Item, en ycelui moys de novembre, partirent de Paris l'arcevesque de Rouen, chancellier de France, le duc de Bourbonnès et pluseurs autres, pour aler en Avignon. Et y alèrent le duc de Lencastre et pluseurs autres Anglois, pour traittier de paix devant le pape entre les roys de France et d'Engleterre.

Item, en ycelui mois de novembre, l'an dessus dit, parti le roy de Paris et ala en Normandie et fu jusques à Caen et fist prendre et mettre toutes les terres du dit roy de Navarre en sa main et instituer officiers de par luy et mettre gardes es chasteaulyc du dit roy de Navarre, excepté en six, c'est assavoir Evreux, le Pont Audemer, Cherebourc, Gavray, Avranches et Mortaing : lesquelz ne lui furent pas rendus ; car il avoit dedens Navarrois qui respondirent à ceulz que le roy y envoia que ilz ne les rendroient, fors

au roy de Navarre leur seigneur qui les leur avoit bailliés en garde.

Item, ou moys de janvier ensuivant, vint à Paris le dit messire Robert de Lorris par sauf conduit qu'il ot du roy et demoura bien quinze jours à Paris avant qu'il eust asse's de parler au roy. Et après y parla il, mais il ne fu pas reconsilié à plain ; mais s'en retourna en Avignon par l'ordenance du conseil du roy pour estre aus traittiez avec les gens du roy. Et assés tost après, c'est assavoir vers la fin de février ou dit an, vindrent nouvelles que les trêves, qui avoient esté prises entre les deux roys jusques en avril ensuivant, estoient esloingniées par le pape jusques à la Nativité Saint Jehan Baptiste, pour ce que le dit pape n avoit peu trouver voie de paix à laquelle les dis tracteurs qui estoient en Avignon, tant pour l'un roy que pour l'autre, si voulsissent consentir. Et envoia le pape messages par devers les dis roys sur une autre voie de traittié que celle qui avoit esté pourpalée autres fois entre les dis tractteurs.

Item, en cel an mil trois cens cinquante quatre, ou moys de janvier, fist faire le roy de France florins de fin or appelles florins à l'aignel, pour ce que en la palle avoit un aignel, et estoient de cinquante deux ou marc. Et le roy en donnoit lors qui furent fais quarante huit pour un marc de fin or, et deffendi l'en le cours de tous autres florins.

Item, en y celui an, ou dit moys de janvier, vint à Paris messire Gauchier de Lor, chevalier, comme messoge du dit roy de Navare, car devers le roy et parla à luy, et finableraent s'en retourna ou moys de février ensuivant par devers le dit roy de Navarre et emporta lettres de saufconduit pour le dit roy de Navarre jusques en avril ensuivant.

Item, en ycelui an, le soir de karesme prenant qui fu le dix septième jour de février, vindrent pluseurs Anglois près de la ville de Nantes en Bretaingne, et en entra par eschielles environ cinquante deux dedens le chastel et le pristrent. Mais messire Guy de Rochefort, qui en estoit capitainne et estoit en la dicte ville hors du dit chastel, fist tant par assault et effort que il le recouvra en la nuit meismes ; et furent tous les dis cinquante deux Anglois que mors que pris.

Item, à Pasques ensuivant qui furent l'an mil trois cens cinquante cinq, le dit roy de France Jehan envoia en Normandie Charles dalpliin de Viennes, son ainsné filz, son lieutenant, et y

demoura tout l'esté. Et luy ottroièrent les gens du pais de Normandie deux mil hommes d'armes pour trois mois. Et ou mois d'aoust ensuivant ou dit [an] cinquante cinq, le dit roy de Navarre vint de Navarre et descendi ou chastiel de Cherebourc en Coustentin, et avec luy environ deux mil hommes, que uns que autres. Et furent pluseurs traittiés entre les gens du roy de France, duquel le dit roy de Navarre avoit espousé la fille, et le dit roy de Navarre. Et envolèrent par pluseurs fois de leurs gens l'un des dis roys par devers l'autre.

Et cuida [l'en*], telle fois fu, vers la fin du dit mois d'aoust, qu'ilz deussent avoir grant guerre l'un contre l'autre. Et les gens du dit roy de Navarre, qui estoient ou chasteau d'Evreux. du Pont Audemer, en faisoient bien semblant, car ilz tenoient et gardoient moult diligemment les dis chasteaulx, et pilloient le pais d'environ comme ennemis. Et en vint aucun ou chastel de Couches qui estoit en la main du roy, et le pristrent et garnirent de vivres et de gens. Et pluseurs autres choses firent les gens du dit roy de Navarre contre le roy de France et contre ses gens. Et finablement fu fait acort entre eulz. Et ala le dit roy de Navarre par devers le dit daulphin ou chastel du Val de Reul là oii il estoit, environ le seizième ou dix huitième jour de sejîtembre ensuivant; et de là le dit daulphin le mena à Paris devers le roy. Et le jeudi vingt quatrième jour du dit mois de septembre, vindrent à Paris devers le roy ou chastel du Louvre. Et là, en la présence de moult grant quantité de gens et des roynes Jehanne, ante, et Blanche, seur, du roy de Navarre, fist ycelui roy de Navarre la révérence au dit roy de France, et s'escusa par devers le roy de ce qu'il s'estoit parti du royaume de France. Et avec ce dit l'en lui avoit rapporté que aucuns le dévoient avoir blasmé par devers le roy : si requist au ro}' qu'il lu\' voulsist nommer ceulz qui ce avoient fait. Et après jura moult forment que il n'avoit onques fait chose, après la mort du connestable, contre le roy que loyaulx homs ne peust et deust faire. Et noient moins requist au roy qu'i[l] luy voulsist tout pardonner, et le voulsist tenir en sa grâce, et luy promist que il luy seroitbons et loyaulx, si comme filz doit eslre à père et vassal à son seigneur. Et lors luy fist dire le roy par le duc d'Athènes que il luy pardonnoit tout de bon cuer.

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