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CHAPITRE VI. X

Coimnern ceux de Nuyssc firent plusieurs saillies et «uprinses sur 1 nrmdc du duc de Bourgogue.

Il est licite à la fois en armes autant user de prudence que de prouesse. PI us conquirent les Romains ^

de provinces par engin que par espées; autant prou- .•

iita aux Gregeois devant Troye la langue d’Ulysse que la lance d’Achille. Sens^ et advis couronnent

souvent les champions qui estudient les livres d’ex- • ^

périence, les fallaces et subtilités de la guerre. ' i (,)uant ceux deNusseeurent soustenu le très asprê ^

et rigoureux assault qui leur fut donné au bolu- j

Chrok.qies. T: AL/y/.J. MOUXET. /. 4 . 'J

5o CHP.OIVIQUES ('474)

wert^ comme dict est, ils le fortifièrent puissamment de <^rans et parfons fossés, si que nulle esdielle, approche, nelouchemaiiuelne lepouvoient. he comte de Campo-Basso, d’aultre costé, appercevant ceste fortification deffensive, ne tint pas les pionniers en oiseuse ; maispourvejt à nouvelle emprinse invasive, et fil faire grandes rues, hurées couvertes, et merveilleuses mines donnans approche aux susdicls fossés , et pour obtenir par labeur et art ce que on ne povoit acquerre par vaillance et à force de bras. Ces mynes, grandes et parfondes et de chier coust, furent révélées à ceulx de la ville par un Liégeois fuytif qui subitement y entra. Si contreminèrent à l’encoutre, et donnèrent remède à leur soubdain meschief apparanl ; et ainsi se causoienl par dedens terre de durs et horribles rencontres d’une parlieel d’aullre, où se périssoicntfors et puissants hommes, dont c’estoit pitié et dommage. Nonobstant ce, lecomtefit faire encoires deux baslillons , en approchant ses ennemis de plus en plus. .

Ce temps pendant, ung chef de guerre de la ville semonstra aux deffenses,.et dict en allemant, qu’il vouloit parlementer auxdicts capitaines des Italiens. Bernabo, lieutenant du comte , qui n’estoit guères loin de luy , rcspondit qu’il ne povoit parler à luy sans transgresser le commandement du duc, mais espérant que ce fust pour quelque grand bien pacifique, ou salubre appoinctement, il luy promit (ju’il iroit vers son prince, et luiscauroilà dire son bon plaisir. Lendemain, à neuf heures, Bernabo, notj veuillant eslre fracteur de l’édil du sou-

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verain , notifia verbalement la requeste du chevalier de Nusse au duc ; et le duc dclé^ja certains barons et hauts seigneurs très experts du langaige, , ensemble et le comte de Campo-Dasso, lesquels parvenus à lieu à l’heure assignée^ trouvèrent ledit chevalier, qui de prime (ace leur pria très instamment de dilatlon jusques à lendemain à une lieure après disner, certifiant que la matière estoil de grand poix; et que pour le bien discerner et meurement contourner à eflicace, le conseil de la ville en estoit lors bien enpeschic. Le délay accepté, asscurances furent promises ; et furent trêves accordées pour le jour sequent durer une heure, lorsque le parlement se debvoit faire. Geste heure estoit fort désirée de plusieurs compagnons volages , trop fatigués de porter armes , atédiés de longue session, qui proposoient enfin de parlement avoir soudain département. L’heure venue, abstinence de traict, d’assault, de saillie, d’envaye et de voye de faicts, tindrenl un petit serré. Les desputés commencèrent à entrer en devisesauprès du grand bolluwert; mais à coup ceulx de la ville secrètement, par quelques pertuys, widèrent hors en très grand nombre et grosse puissance; et comme gent barbare , tigres animés, ou loups famils quérans leur proye , sans observer paction , asseurance, ne compromis, chargèrent sur leurs adversaires, qui de rien ne se doubtoient, les abbattoient à tous lez, pilloient, roboient et embrasoient plusieurs logis de l’armée.

CHISONIQUES (' 474 )

Le comte mesmes fut saisi de main mise , et soubdainemenl rescoux par deux de ses gens, dont l’un fut pris et l’aultre occis sur la place. Le cri impétueux s’esleva parmi l’ost; et le feu très horrible , qui tout consommoit, porloil tcsmoignage de ceste criminelle emprinse. Adoncques chascun mist main aux armes^ Bourguignons , Englès, Brahanchons, Flamens, Picquars, llannujers, Lombars, Namurois et Liégeois ; lesquels en très noble arroy, fors et fiers comme petits lions , donnèrent répugnance à ceste sévérité , et par grant courage et hardement reboutèrent ennemys dedens la ville, quiemmenoient serpentines et gros engins. Et lors, une grosse bombarde chargée et affûtée contre eux, sentant la chaleur des prochains logis qui brulloient, s’eschauffa tellement, que seule et sans aide de quelques âmes, tira à l’aventure et fit un grant ahatis snr les assiégés, donnant hideux espoventement à leurs complices, qui furent tous joyeux de rentrer en leur fort.

Le noble duc oyant ce terrible elfroy, y arriva incontinent, elcogneut le barrat précogité de ceulxde N uysse, qui sous u mbre de parlement, et en l’attente deconcorde, esmeurent cauteleusement dissension, guerre et discorde. Le dommage fut piteux et lamentable, car plusieurs vaillans hommes, par inadvertance de leur pernicieuse et proterve férocité, furent surprins et y perdirent la viej entre lesquels y demoura un noble italien, nommé Bojsinsacq.

Ceste oultrageuse et terrifique crudelilé despleut grandement au duc , qui fit delFendre sur la hart.

que nul ne donnast escout à leurs parole^; mais les réputast comme desloyaux et maculés de traliisoji. Plusieurs saillies devant et apres ceste hideuse impiété faisoient en divers lieux et quartiers , le plus à leur avanlafre. Chose merveilleuse! long-temps se continuèrent ces chevalereuses escarmouches , où haults et glorieux faits d’armes se perpétroient d’une part et d’autre ; mais oneques homme de l’ost ne sceut imaginer de prendre un homme de la ville vif. Le duc, très désirant de savoir de leur estât et conduite, fit dénoncer avant l’armée, que quiconque pourroit prendre prisonnier ce jour partant de Nusse, il lui donneroit riche guerdon. Ne demoura guères qu’ils vindrentà grant effort, selon leur mode accoutumée, et saillirent sur l’artillerie, où ils ravirent un gros engin à pouldre , qu’ils emmenèrent sur ung chariot. Adoneques chascun se mist en paine d’accomplir le bon vouloir de son prince, sique les Namurois rescouyrent ledit engyn, et entre les aultresprindrent tin très bel et très gracieux escuyer, gent entre mille, que l’on disoit estre fils du bourgmestre ; et fut livré au prévosl desmaressaux pour diligemment l’examiner, mais il eschappa de ses mains , ne sçait-on quant et comment.

Üng jourséquenl, ung grand vent et horrible lempeste s’esleva, durant lequel un febvre de l’ost s’advanca de ruer aulcuns fuzées dedans la ville, qui tantost allumèrent plusieurs* maisons el granges garnies de fou rages. Lors s’effrayè-

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rent oullrc mesure les femmes et les petis enfans et g’ens de auilièbre courage, faisans angoisseux cris, pileux regrets et querimonieuseslamentations, comme ceux cpii euidoient eslre cruciés par combustion et livrés à leur derniers supplices. Le feu, toutefois, par gens non efféminés, mais de viril et assenré courage, fut rcscous à grande diligence; et encoiresn’esloil-il point parestaint, quand euxmesmes boutèrent le feu au plus bel quartier des Italiens, et bruslèrent , à moins d’une heure, plus de cinqcens logis; chevaux, harnois, bastons, armures, vivres, provisions et ustenciles à guerre , furent commuésen cendre. Adoncquesung très grand alarme s’espandit par les quarefours, qui esmeut toute l’exercite; cbascunse retira en son guet; Lombards habandonnèrent domicilies et biens au feu, qui faisoit grand debvoir ; les trenchis furentgardés; l’artillerie fut préservée; nouveaulx logis furent refaits , et les approches tant voisines, que l’on povoit jeter une pomme tout à l’aise dedans la ville.

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