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CHAPITRE XIV

Comment les mines quele duc Charles avoit faict faire à grandediligence furent perdues par la négligence des Italiens.

Eiï l’espace de deulx mois , à très cher coust , par grant subtilité d’engins et extrême labeur , les mines que le duc , très souvent en grand péril de sa personne, avoit sollicité estre faictes, furent honorablement approebiées et achevées; mais les assiégés apperchevans ceste merveilleuse œuvre , trop périlleuse et mortelle pour eulx^ par peur et crainte qui les incita , firent mine contre mine , et prinrent courageuse prétente contre malheureuse attente ; tellement que par ung sabmedi , huitiesme jour d’apvril , environ deulx Heures après disner , iceulx voyants que trop foible et méchant guet se faisoit au quartier des Lombards, rompirent secrètement une rive de terre, et comme tousasseurés en leur espérée bonne fortune , pourveus de cou-

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leuvrines, hacquebuslcs , arbalestres, gros bancqs, fors buys et larges plances, saillirent par grant hardement en la raine desdits Lombards , où ils trouvèrent seulement quatre ou cinq boraines italiens, de peu de faicl et de lascbes courages; lesquels voyants ceste impétueuse envahie, s’enfuirent de tire elbabandonnèrent lesdites mines, qui puissamment furent gaignées, ensemble deulxribaudequins alFultés ; et les deffendirent si chevalereusement, que oncques puis ne furent conquises.

Le seigneur de Tiennes et aullres nobles clievaliers, oyants ce hideux effroi , y coururent à toute diligence , et se mirent grandement en peine de recouvrer ladite perte ; mais guaires n’y proufitèrent. Jehan de Mastain, ung très vaillant escuyer, y deinoura mort er» la place, ensemble plusieurs aultres tués et bleschés. Le duc voyant ce domage irréparable, frustré de sa haulte emprinse magnifiquement conduite jusques à ce jour, et misérablement finée par la paresse de cœurs faillis , vint au logis du conte de Campo-Basso, qui lors, travaillé de maladie, se tenoit à Malines, et en coinmnn spectacle fit venir les Lombards en sa présence ; et les saluant d’un regard fier et léonique , leur dit en telle manière :

« Obonsltaliens, refulgenle nation, jadis semence » de nobililé, germe loyal, fleur de prouesse, » Ironcq redolent, et llourissanl estoc soubsletrès » sacré sceptre d’impérialle majesté , où est le ré- ») sonnant brnict de vos armes, jadis ouy par les

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» angles <le la terre? où est le glorieux lunae de )) vüslre renommée resplendissant par le monde » univers ?où est laprofonditéde vostre prudence,

»> qui par l’acuyté de son engin , redigeoit les dii> vers climats de la mondaine circonférence au » vrai centre de souveraine monarchie ; vostre bruict » est accoisié, vostre clarté est eslaincte, et vostre » sagacité et diligence curieuse s’est contournée en » laschelé et néHiiîencemallieureuse.J’aidélaissié » de promouvoir aux haults degrés d’armes mes » nobles parens, vassaux et naturels subjects, pour » l’advance de vous, estrangiers, qui militez à mes » sonldées, et vousay donné quasi la totale charge » de ma chevaleureuse prétente , où vous pouvez,

» se à vous ne tient , acquérir los de perpétuelle » mémoire. Vous estiés le seing de ma labeur,

M la verge de mes ennemis, et l’appui de mon lion- M neur. Gomment polrcz-vous recouvrer ceste ve- » recondieusc perte et très domageuse gastine? U Vous avez monstré vostre sésrnicieuse œuvre et » sommeilleuse felardité; car j’espérois avoir de » vous fruict et bruict honorable, et j’ai trouvé » enfin de cens faulte et fraude misérable. »

Ces mots finez, six Italiens qui ce jour faisoienl le guet à ladite mine, pensans nûtiger l’ire du duc , se ruèrent à genoulx devant sa face , implorans grâce et clémence de leur oultrageux obprobre , meschéance et confusion; dont, pourconlouler leur excusance fardée, donnoient à entendre qu’ils n’en a voient receu ung deniei’ depuis l’espace

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de sept mois ; parquoy nécessité de vivre le? avolt constraint de engager leurs armures.

Le duc , trop esmerveillé de ceste hesongne , leur respondit qu’il ne debvoil rien au conte de Campo-Ilesso , leur capitaine , et que mesmes le conte lui debvoit du retour sur les trois mois qui lors eouroient.

Ceste chose bien escrutinée par les commis, fut trouvée véritable ; et lesdits Italiens vaincus de leurs propres bourdes, confus et ahontaigiés, pour contenter le duc , promirent recouvrer ladite perte. Et de faict, la nuit sequente, se mirent en leurs debvoirs; et desployant iceulx force et puissance , saillirent par grand eflbrt en ladite mine, espéransde la reconquerre. Mais ceulx de la ville qui s’en doubtoient, prompts et rangés à leurs dé fenses, les receurent vigoreusemenl , tellement que, par grande subtilité et par le traict à pouldre dont ils estoient garnis à grant planté , ils les expulsèrent ; et en furent occis grand nombre desdils Italiens ; et n’eschappa ung seul de ceulx qui s’estoient vantés de la regaigner.

Après ceste domageuse et lamentable perte, aulcuns petits compagnons d’Italie , veuillans donner récupération honorable à leur nation , alors despecte et vilipendée parleur meschant régime , commencèrent à faire une autre mine au travers des fossés de la ville, et accumulèrent terre seiche, gravier et certains matériaux, lesquels ils ruoient a la couverte en traversarjt ledit fossé ; etille< quc

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firent une belle dicque^ laquelle ils fendirent en deux ; et apposèrent de grosses asselles à chascun costé, affin que la terre ne cheut en la fente; et pardessus nietlüient cloies chargées de terre pour la tuilion de leur corps. Et lors fut gaignée l’entrée de l’eaue des fossés à la mine des Picquars; et commença très fort à couler à la rivière , nonobstant qu’elle demourast profonde d’une demi-lance.

Cculx de Nusse cognoissans aulcunement ceste sccrete continue labeur, ignorans la conséquence, durement aguillonnés d’espovantable terreur , pesoient beaucoup le faict. Toutes-fois ils firent à l’adventure une contremine, laquelle ils pilotoient rez à rez , et au bord de l’eau ; et lors fut adnichilée l’ernprinse des Italiens, qui perdirent tout espoir de recouvrance. Cæ temps pendant, saillit hors de Nusse un hacquebutier , lequel oppressé et interrogué de l’estât d’icelle , donna à entendre au duc que le plus foible quartier de la ville estoit auprès du moulin à vent. Le duc , sur sa parole , fit' affûter celle part une grosse bombarde , qui renversa ledit moulin par terre ; et conquirent lesdits Bourguignons le premier fossé ; et l’eaue mise jus, gaignèrent la crête de entre deux fossés, où ils plantèrent un gros bastillon qui descouvroit dedens le premier fort de la ville ; et approchèrent si près que pour entrer dedans le second. Ceulx de Nusse, très diligens à leurs défenses, fortifièrent à l’encontre.

Le duc de rechcl' fit affûter une serpentine eu

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l’abbaye où il estoit logé pour tirer au long dudit fort ; et ceulx de Nusse emplirent de terre grosses pipes da vin. Se les assirent de travers selon le fossé, pensants rompre le coup; et firent pont-levis pour venir d’un fort à l’aultre. Puis quand lesdils Bourguignons escarmouchèrent , soubs espérance de tout gaigner , ils se donnèrent grant merveille de la fortification de ceulx de la ville, achevée subtilement, en si peu de jours, ensemble et la soubdaine répugnance qu’ils leur baillèrent; et habandonnèrentleur emprinse pour l’horrible fouldre de traicts qu’ils trouvèrent, et pour le feu, huille, vive chaux, garbes et fagots allumés dont ils furent trop durement servis. En ces jours fut occis ung très vaillant escuyer, nommé Pierre de Longueval.

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