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CHAPITRE XVII

I.a response que feit monseigneur le duc de Bourgogne aux ambassadeurs du conneslable de France, venus au sie'ge de Nusse pour pratiquer trêves entre le roi et lui.

Durant le siège de Nusse, trêves estoient entre le roideFrance’etle duc de Bourgogne, (Inans au may ensuivant. Monseigneur le connestable, comme médiateur des parties, envoja vers le duc ses ambassadeurs pour praticquer nouvelles trêves. Auxquels, les propositions oïes par certains députés , le duc respondit en telle manière : « Le fruict de » vostre ambassade, ainsi que m’ont récité mes » conseillers qui vous ont ouis^ combien que l’empe- » reur, le roi de France, et plusieurs princes etcom- » munes d’Allemaigne aient accepté une journée » en la cité de Metz , pour esmouvoir une terrible » guerre à l’encontre de moi, mes pays et sei- » gneuries , néantmoins le conneslable a espoir de » practiquer bonne et longue trêve entre le roi et

» moi, et la plus seure de jamais, au cas que je y » veuille entendre. Certainement je crois que le » roi doit bien penser que la guerre apparente » entre lui et moi est plus à son désavantaige que *> au mien. Il ne peut ignorer que aultres fois il a employé toute sa puissance, ensemble celle de » ses alliés, pour moi seul et impourveu de tous mes » amis surmonter en bataille; toutes fois il n’a » rien sur moi conquesté par armes. Or doneques,

>» quelle espérance poelt-il avoir maintenant, quant » je suis préadvisé et pourveu^ tellement que ,

» au Dieu plaisir , il n’emportera rien du mien?

» Pendant le temps que mon frère , le roi Edouard » d’Angleterre, estoit expulsé de son royaulme ,

» le comte de Warwick, mon ennemi, conver- »» tissoit la puissance des Englois pour le roi de » France à l’encontre de moi. Le duc de Bretai- » gne , mon frère , estoit si foullé par les guerres » qu’il avoit soustenues en son pays , qu’il ne povoit » m’estreenaide. SimonseigneurdeGuyenneestoit » mon ami , si ensuivoit-il le roi son frère. Le roi » d’Arragon pareillement estoit en ce temps fort M oppressé de la guerre. La maison de Savoye ne » me donnoit guaires de faveur. Aussi le duc Ni- » colas de Lorraine se portoit couvertement mon M ennemi. Finablement nul de mes amis ne me » firent nul proufict. Mais du costé du roi, tout lui )» lournoit en prospérité ; dont soubdainement il » rompit le lien de paix, et tous appoincteinents » solennellement faicts entre lui et moi; ets’esleva

Digitiv .iJ Cooglv

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» contre moi en grand appareil et puissante ar- » méo, qui de rien ne m’en donnoie garde. Pour- » quoi me fus- je doublé de lui? Je n’avoie pas » seulement avec lui paix fermée, mais jeluiprestoy » singulière bénévolenee, et avoj de ma part mis » en oubli toutes guerres, dissentions et rancunes » passées. Quelle chose fit-il? Il occupa première- » ment mes villes de Troye et Montdidier. Après, » par subornation et mal-engin, print ma citéd’Ay> miens et ma ville de Saint-Quentin; corrompit » les habitants d’icelles par argent et belles pro- » messes; et qui plus est , les gendarmes qu’il avoit » envoyés contre moi, en mon pays de Bourgogne , » avoient rué jus mes gens par delà , et pillé plu- » sieursvilles; elavoienlexécutécescrueux exploits » si baslivement, que à jieine en estoy adverti qu’ils » fussent tous achevés. Jen’estois lorsseulementdé- » pourveu de mes amis; maishabandonnédeBour- » guignons qui ne me povoientsecourir.Toutes-fois, » ainsi que j’estoy resveillé au bruict de ses armes, » moi confiant en la divine miséricorde , et aussi » en ma juste et bonne querelle , je marchai avant » à grand ost contre lui ; je prins Picquegny d’as- » sault, ensemble le Chastel, qui est renommé l’une » des fortes places de Picquardie ; et fis mon camp )i auprès des murailles d’Amiens , entre deux ba- » tailles de mes ennemis, afin que l’une ne peult » secourir l’aultre. Et n’ai pas seulement résisté » à sa fureur et insolence, mais j’ai rompu ses J» cautelles et secrets aguettemens, lesquels, s’il

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» les a voulu perpétrer contre moi et mescompa- » g'nons, conire tout clroict divin et humain , j’en » laisse à Dieu la vengeance. Je rie suis pas, grâce » à Dieu, garni seulement de mes domestiques, » aidé par lesquels j’ai, puis nagiières, pénétré le » milieu de son royaulme comme victcur; mais » je suis secouru des foi'ces des estrangers , pour » quoi il doibt redoubler la bataille dont, à juste » lillre, je le puis poursuivre , et moi venger par » armes de tant de griefves injures par lui faictes, » si comme de violer la justice divine et humaine. » Chacun cognoist de long temps, par un commun » proverbe, que les confédérations des Germains « sont mobiles et de peu de faict. Le roy scet de » vrai que, par ma force, j’ai restabli paisiblement » le roi mon frère, Edouard, en son royaulme « d’Angleterre , et comment il vient à grand » puissance contre lui en mon aide. Il scet bien que » mon frère le duc de Bretaigne n’est point oyseu ; » aussi n’est le roi d’Arragon, lequel a eu tant » de belles victoires sur ses gens au pays de Bous- » sillon. Et est assez adverti que le roi de l’isle de » Cecile, fils de ce raesme roi d’Arragon, porte » maintenant mon ordre de la Thoison-d’Or , et » succède au royaulme de Castille et de Léon, par » îa mort de l’aultre roi qui estoit son ami ; lequel » roi de Castille sera son ennemi. La maison de » Savoyeesl , puis naguères, confédérée à moi, et » n’est rien qui en puisse briser l’alliance. Le duc » de Milan s’est déclaré son ennemi et mon ami ,

ClIRÜXIQUKS. 2'. XI.IV. J. MotiWKT. /. S

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» duquel les ambassadeurs sont en chemin pour » venir vers moi. Je me suis asseuré du duc de » Lorraine. Je laisse à parler des aultres mes amis » et alliés, comme le roi de Hongrie, le roi de « la Grande Cecile , les Vénéciens et le comte J) Palatin, pour ce qu’ils sont loing du royaulme » de France; et ne mets sinon ceux qui assiè- » gent et environnent son royaulme à tous lez ; » lesquels il perçoit estre ses adversaires, non » seulement pour l’alliance et faveur qu’ils ont à » moi , mais aussi pour particulières haines qu’ils » ont en sa personne. Pourtant , quelque riens » que vous proposez pour lui ne me donne vou- » lente de faire trêves avec lui , veu que l’appareil » de guerre qu’il met sus, ne me donne quelque w crainte, mais lui tourne à sa ruine. Et si j’estoie » à ce conseillé, par quelle façon et moyen pour- » rois-je avoir paix ou treves avec lui, quand cau- » teleusement il a rompu la paix de Péronne, tant » solennellement jurée, décrétée et accordée entre » lui et moi; laquelle de rechef, devant l’image » de Nostre-Dame de Jjiesse , et mettant la main » sur l’iautel^ il jura publiquement, et proumit » la garder; et laquelle depuis, lui retourné à » Tours et à Amboise , par le consentement du » grand conseil de France et de la court de par- » ï^ent de Paris, sans contraincte nulle, il ap- » prouva ,| ratifia et proumit entretenir bien et » l^nÿnt? Toutes les fois aussi qu’il a trouvé » opportunité de moi nuire, il a violé les trêves » données au roi d’Arragon , à mon frère le roi

:edby G^ ioglf

('4/5) de jean MOLîNET. ii5

» d’Angleterre, et à moi, et a fait encore aujour- »> d’hui, mais non pas sans estre puni. Maintenant » ses gens d’armes courent sur les frontières de mes >' pays , et cueillent proies de toutes terres, comme « s’il n’estoit quelque trêve entre nous. Si je pren- » dois les trêves que vous mettez au devant , de » quel parchemin les feroit-on ? de quelle encre , » de quelles lettres seroient-elles escriptes? de » quel scel , de quelle cire seroient elles scellées M et confirmées, quant tant de fois par cy devant » les a rompues? par quel Dieu jurera-il, qui tant » de fois a levé sa main vers le ciel , soi parjurant » et maculant son serment? Certainement, s’il » me vouloit satisfaire de tous les dommages. » pertes et intérests que j’ai portés, à cause qu’il » n’a voulu entretenir les appoinctements faicts »> entre lui et moi depuis le traicté de Péronne. » il auroit assez à faire. Une chose m’induisoit » seulement à trêves : e’estoit l’amour de Nostre » Seigneur, et le bon vouloir que j’ai eu, et ai » encores , de donner secours et aide à nostre foi » catholique contre les infidelles. Toutes fois, afin » que vous sachiez que je veulx entendre au bien )) de paix : s’il me veut rendre Saint-Quentin et » Amiens, lesquelles il m’a tollues et ravies par » force, et ce soit le plaisir de mes frères et com- » pagnons, le roi d’Angleterre , le roi d’Arragon , )) et le duc de Bretaigne, les trêves soient entre )) nous. Mais sans ces trois, je ne puis rien faire, » ne accorder chose quelconque ; car nous sommes

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» tellement unis et pactionnés ensemble, que, avec » le roi de France, nostre commun ennemi, nul » de nous ne peut rien faire sans le consentement » des aultres. Dictes ces choses à mon cousin le » coniiestable, afin qu’il les face sçavoir au roi, » se bon lui semble. »

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