LITTÉRAIRE
A l'occasion de l'Exposition de Paris, les jo\iraaux parisiens ne tarissent pas d'élog'es sur' le nombre de g^rands prix et médailles décernés aux œuvres d'art et de pédagogie canadiennes ; ils s'extasiaient devant les splendides exhibits et les merveilleuses ressources du Canada.
Aussi, en retour de l'honneur qui en rejaillit sur le nom fran-
çais, s'excusent-ils d'avoir trop longtemps méconnu (en général) notre existence comme peuple civilisé, et comme preuve de la sincérité de leurs sentiments k notre égard, ils nous offrent de la façon la plus aimable du monde de renouer les relations fraternelles, commerciales et littéraires entre les deux pays. De leur côté, les Canadiens se montrent particulièrement sensibles à ces hommages rendus à leur patriotisme et à leur savoir-faire ; cet échange d'amitiés d'antan et de bons procédés, pour avoir quelque peu tardé, se fait aujourd'hui avec tout l'enthousiasme et la générosité dont est capable l'âme française.
Nos relations commerciales, avec le pays de la vigne, se sont grandements améliorées depuis quelques années, grâce aux
efforts soutenus des consuls français. Les vaisseaux de la marine marchande de Colbert ont repris la route du St-Laurent, dont les eaux calmes et profondes doivent encore leur paraître familières.
Mais, pour que cette union des intelligences et des cœurs soit plus complète, on parle parmi les lettrés de répandre, de populariser chez nous, les œuvres des maîtres de la littérature française moderne. Cette dernière proposition, tout artistique et bien intentionnée qu'elle soit, prouve néanmoins qu'on g-ag-ne même à Paris à se faire connaître.
Sous le rapport de l'éducation, le Canada s'est montré avec tous les insignes du savoir dans toutes les branches. Les visiteurs de notre {Pavillon ont pu facilement se convaincre que si nous avions survécu littérairement, c'est grâce
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à l'étude approfondie, à l'assimilation des classiques français restés en honneur parmi nous.
Des anciens aux modernes, il n'y avait qu'un pas et nous l'avons franchi ; mais notre goût et notre amour inné pour la belle et g'rande littérature française nous préserva longtemps de l'influence néfaste des auteurs réalistes ou matérialistes et des décacents.
Si les classiques du grand siècle, les écrivains français du XVIII et du XIXe siècle ont joué et jouent encore un rôle prépondérant dans notre formation littéraire pour nous. Canadiens, arrivant à l'âge de maturité, notre littérature nationale demande droit de cité, sous le titre de littérature canadienne.
Cette prétention par trop chauviniste fera sourire bien des gens ; mais n'empêche qu'elle
existe notre littérature canadienne, non pas en quantité, mais en qualité. Nous avons à peine deux siècles et demi d'existence et notre littérature est à peine vieille d'un siècle ; mais c'est le g-rand siècle ! Voudrait-on d'ailleurs s'en convaincre? Consultons MM. Chauveau, Routhier et Chapais qui en ont p;«rlé avec une g-rande éloquence. Qui est-ce qui nous eVnpêcheraient d'avoir foi en notre littérature et en son avenir ? Nos historiens, nos poètes, nos romanciers, nos orateurs, nos journalistes, tous disciples de l'école des XVII et XVIIIe siècles, n'ont-ils pas appris d'elle, la définition du Beau dans l'art ? Le Beau, c'est la splendeur du Vrai, et cette autre non moins proverbiale : — **Le style c'est l'homme !"
Or, nos écrivains, pour ré-
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pondre aux grandes aspirations de l'âme canadienne, ont emprunté leur caractère propre, leur originalité au pays qui les a vus naître, à l'atmosphère d'héroïsme et de luttes qu'ils ont respiré, aux circonstances difficiles de leur carrière littéraire, qui les révéla à eux-mêmes et honore à jamais leur mémoire. Leur imagination ne s'est-elle pas enflammée aux récits héroïques de qotre histoire, de ses légendes fantastiques, de ses luttes homériques pour la liberté et la justice constitutionnelle ? Voilà, autant de sujets qui ont inspiré leurs plus belles pages I
En effet, quelles admirables leçons de tradition littéraire, un Crémazie, un Garneau, et tant d'autres émules, n'ont-ils pas laissés aux générations il venir ?
Hélas ! Nul n'est prophète
dans son pays ; et notre littérature, avec toutes ses richesses de noblesse, dt^ patriotisme et d'élévation d'idées, semble tombée en discrédit auprès des hommes de demain. Et pourtant, l'amour des lettres n'est-il pas une des plus belles formes de patriotisme ? Les peuples disparaissent et les monuments littéraires restent !
C'est plutôt à nous, Canadiens, de faire connaître là-bas, aux doux pays de France, les œuvres de nos gloires nationales ; lesquelles (par un besoin de renouveau), ne peuvent manquer d'avoir, sur une terre amie, dont le nom revient si souvent sous leur plume, la vogue quelles n'ont peut-être pas au pays natal. Qui sait, si ce n'est pas dans notre littérature comme dans notre exposition que nos cousins d'outre-
mer apprendront toute la grandeur et la moralité de leur œuvre colonisatrice dans le nouveau monde ? Au point de vue national, k ce commerce d'intimité artistique et littéraire entre la Vieille et la Nouvelle France les lettres Canadiennes y gag-neront, sans compter que notre patriotisme affirmera ainsi sa raison d'être, en sauveg'ardant notre autonomie.
LAURENTIEMNES