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OUVERTURE DE L\ NAVIGATION

Un par un les voilà qui rentrent [dans le port Ces navires chers à nos grèves ; Ils reviennent de loin tous ces [nobles navires Chargés de riches cargaisons.

Benjamin Sulte.

Hier l'après-midi, à l'heure où le soleil, bien haut dans le firmament bleu, répandait amoureu-

sèment ses chauds rayons sur toute la contrée, à cet instant de lumineuse prédilection, entrait en rade de Québec, le premier paquebot transatlantique de la saison navigable sur notre St- Laurent.

Comme il avait bel air ce g'éant de l'industrie et du progrès moderne, faisant son entrée attendue dans ce havre idéal, glissant sur ses eaux familières entre deux rives bordées de maisonnettes qui semblaient s'être rapprochées vers la grève pour le voir passer.

Déjà, sous la vertigineuse activité de ses puissantes hélices, le steamer signalé, contourne la Pointe de St-Joseph de Lévis :

fendant la lame de sa proue d'^acier, refoulant devant lui les vagues écumantes ; traçant derrière lui un sillage houleux. A

l'épaisse fumée noire qui sort de ses tuyaux, aux coups de sifflets et de bombes qui annoncent son arrivée ; on dirait qu'il a hâte de toucher enfin au plus beau port d'Amérique.

Jadis, à pareille époque, c'était toute une flottille de voiliers à trois mâts, de goélettes, de barges, etc., qui animaient, peuplaient, encombraient notre port, allaient se ravitailler dans l'anse de la rivière St-Charles, alors immense chantier de construction.

Quel spectacle ravissant cela devait être, que cette arrivée coutumière de la "flotte," sous les yeux de l'anxieuse population Québecquoise, assemblée sur les quais de la Basse-ville ; car, pour celle d'hier comme pour celle d'aujourd'hui : c'était la vie mercantile qu'elle annonçait ! Ces

bâtiments de toutes dimensions et descriptions, ils entraient donc en ligne ou à la file, louvoyant tantôt à bâbord, tantôt à tribord, selon le caprice de la brise qui soufflait au large : de loin, on eut dit un vol d'oiseaux aquatiques effleurant la vague de leurs ailes blanches, portant sous leur plumage, les tiédeurs de la saison nouvelle.

Que les temps sont changés !

Qu'il y a loin de ces scènes nautiques et pittoresques (dont fut témoin la vieille capitale), à celle plus prosaïque et plus imposante de l'apparition soudaine dans nos eaux laurentiennes, de ces gigantesques dompteurs d'ondes :

véritables salons flottants qui sillonnent les mers du globe en tous sens et portent aux contins du monde les bienfaits et richesses de la civilisation d'un

siècle de lumière et de progrès !

Un autre souvenir de ce ** bon vieux temps " et touchante coutume : les marins canadiens d'alors, aux départ et à l'arrivée, allaient s'agenouiller sur les historiques dalles de la miraculeu* e église de ** Notre-Dame des Victoires." Dans ce temple (aujourd'hui bi-centenaire), ils venaient, ces rudes ** travailleurs de la mer," prier Marie de bénir leurs lointains et périlleux voyages. Enfin guidés par son ** étoile, " la remercier d'être de retour sains et saufs dans leurs foyers où les attendaient femmes et enfants, tous ces êtres qui leur étaient chers. On se serait cru sur les côtes de Bretagne et de Normandie.

Si les inventions modernes se perfectionnent, la mer encore a ses dangers et naufrages. . Que

nos navig'ateurs conservent et transmettent de père en fils, ces belles et pieuses coutumes, morale sauveg-arde des hardis nautonniers.

2 Mai 1901.

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