‹ Chroniques laurentiennes [microforme]Chapitre 8 sur 37 · SCÈNES D'HIVER · texte numérisé non relu

SCÈNES D'HIVER

À contempler Souvent cette noble natu re, Qui égale et charme Les Jeux, L'esprit tout repose se dilate et S'épure Et devient bientôt plis heu reux !"

À. M. Duvar.

Québec ce matin, s'est levée toute blanchie, sous la ‘bordée des Rois, ” Comme nous disent les “vieux.” Le balai électrique (assourdissante invention), avait toute la nuit circulé rageuse-

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ment, pour conserver la voie publique nette d'amoncellements ; seul chemin passable que suivaient à la file, piétons et paroissiens se rendant à la messe.

Avec cela, un froid de Sibérie à faire la fortune de nos marchands de fourures. Aussi, jamais de mémoire d'homme avaiton vu, autant de capots de chat se promener dans nos rues que baricadaient en certains endroits d'énormes bancs de neige.

Toute la journée, les gens de Québec et de Lévis o1t cru qu'entre les deux rives amies, “Je pont de glace allait prendre”:

telle était la rumeur qui par la côte Lamontagne, montait en spirale de la Basse à la Haute ville anxieuse.

Que les ‘‘temps sont changés”!

Deux fois vingt-quatre heures et la cité de Champlain a fait toilette neuve.

Pareille à une forteresse antique, avec ses donjons, ses hautes murailles on la voit émergeant de la brume épaisse que percent difficilement les premiers rayons d'un soleil 4 demi caché par les nuages, que chasse À l'autre coin de l'horizon, la brise humide et glaciale.

En effet, tout ce qu'il y a dans la cité fantôme est blanc de givre : les arbres, les poteaux et les fils électriques, les enseignes de magasins, les grilles des églises, .&s ferronneries des fontaines de la Basilique et du rond de chène ; jusqu’au canon de ia Citadelle, dont la gueule refroidie par un siècle de paix, a pris sous la caresse frimassée, la forme d'un bronze d'antan et de ‘‘ guerre en dentelles.”

Sur le marché Champlain, grouille tout un monde de ven-

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deurs et revendeuses qui exhiblent aux acheteurs transis, les ‘ primeurs * de la saison. Devant les glaces et les frimas, navires et paquebots, ont laissé désert notre beau ports faisant voile ou filant à toute vapeur, vers de plus propices climats, mais non plus hospitaliers.

Passé les remparts, s'éparpiljent dans la campagne ou s’étalent en ligne droite le long de la côte de Beaupré, les toits pointus des maisonnettes et des granges; coiffés de capuchons de neige !

A vrai dire : les tempêtes, bordées de neige; heures rêveuses de givre, sont la coutumière triologie, indiquant les heureuses variantes de nos hivers canadiens

dont la multiples sports forment en temps de carnaval, la principale vogue et attraction.

En ce temps-là surtout, latem-

pérature aidant, les jours se

suivent, mais ne se ressemblent pas !

10 Janvier 1901

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