‹ Chroniques [microform]Chapitre 44 sur 74 · CONTRE LE ROI DES ROMAINS · texte numérisé non relu

CONTRE LE ROI DES ROMAINS

Très-Saint-Père, combien que par paroles légèrement dites ou écrites détracter de la gloire et renommée d'autrui et vouloir par paroles injurieuses (comme Ton feroit par dards) l'assaillir, soient démontrance d'insolent, bas, vil et lâche courage, et ne doivent, par l'homme modeste et magnanime à rencontre duquel elles se disent , être prises à cœur, ains les contemner et par l'écu de constance les recevoir; toutefois elles peuvent de si près toucher, être dites par tel et si grand personnage, et en telle compagnie, que ( pour ce qu'elles fussent controuvées ) ce seroit grandement à la foule de l'honneur, diminution de la gloire et crédit du personnage , à

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rencontre duquel elles sont proférées , s'il les laissoit passer par dissimulation sans en faire aucune démonstration; et à la vérité, combien que, entre les conditions du vrai magnanime, soit qu'il ne se doit facilement ne aisément émouvoir de quelque chose que lui puisse advenir, et mêmement de paroles indiscrètement et légèrement dites, proférées ou écrites à l'encontre de lui, toutefois elles pourroient être si souvent répétées et réitérées, qu'il connoîtroit évidemment lesdites paroles non tant procéder par indiscrétion et légèreté que par malice, haine invétérée, trèsmauvais et damné vouloir; lors, non-seulement il ne les doit pas contemner et passer par dissimulation , mais où il n'en feroit déclaration , il déchéeroit de la magnanimité et seroit pusillanime, de petit cœur, trahissant ia gloire et honneur, qu'il doit avoir à cœur plus que tous les biens de fortune qui lui pourroient advenir.

Ce connoissant, le roi Très-Chrétien est acertainé de l'ancienne haine, simulée et malveillance continuelle que le roi des Romains a toujours eues à l'encontre du royaume de France, et lequel , combien que les feus rois, Louis et Charles, de bonne mémoire, avec lesquels avoit eu continuelle guerre, fussent allés de vie à trépas , ne s'est pu toutefois contenir qu'il ne l'ait continuée à l'encontre de lui , en

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lui faisant, deux mois après son sacre et coronation, sans offense, cause ne raison, la guerre , de laquelle l'issue fut selon sa querelle ; et par expérience , connut haine , sans juste querelle et pouvoir, n'être de grand effet. Ladite haine ne s'est pourtant éteinte; ains, comme en toujours mettant du bois au feu , il se fait plus grand; d'autant aussi que, moyennant la grâce de Dieu, la prospérité dudit roi Très-Chrétien a été plus grande, d'autant elle a été cause et matière d'augmenter et plus susciter le feu d'envie, haine et malveillance dudit roi des Romains, à l'encontre dudit seigneur. Et voyant , ledit roi des Romains, par plusieurs années, l'accroissement évident dudit roi Très-Chrétien, et connoissant n'avoir le pouvoir d'exécuter son vouloir, et qu'il étoit destitué de tout port, secours, aide et faveur, pour, par effet, grever ledit seigneur, s'est efforcé par nouvelle façon de guerre l'assaillir, c'est à savoir par opprobres, injures et libelles diffamatoires, en le voulant décrier envers les électeurs de l'Empire et princes d'Allemagne, en l'appelant, par ses lettres publiques mises en moule, mfracteur de foi , tyran ^ lâclie envieilli et couard j cuidant, par ce, s'accroître en honneur et diminuer le crédit, honneur et gloire dudit seigneur, qu'il a par ses vertus et inérites acquises, tant en Allemagne qu'ailleurs. Toute-

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fois, il est bien déchu de son intention; car^ comme la flèche tirée contre la roche dure se retorque et rejaillit à Tencontre de celui qui Fa tirée, ainsi est-il que les injures blessent seulement, déshonorent et retournent sur celui qui les profère. Desquelles paroles , injures et libelles diffamatoires, ledit seigneur n'en avoit fait aucun semblant ne démonstration , ains aussi facilement les avoit déprisées, qu'elles avoient été par lui légèrement dites et écrites, et les eût perpétuellement et à jamais oubliées , si ledit roi des Romains se fût à tant tenu , et lequel , non content de Tavoir cuidé décrier en Allemagne , en continuant sadite haine, n'eût derechef, par nouvelles et trop plus piquantes querelles, feintes et controuvées inventions, chargé ledit seigneur , en s'efforçant de jeter son venin jusques en Italie, à rencontre de lui ; et, à la vérité, il ne lui avoit pas suffi et n'avoit satisfait à sa haine et mauvais vouloir, en cuidant par lesdits premiers libelles diffamatoires solliciter à rencontre du roi les électeurs de l'Empire et princes d'Allemagne, avec lesquels a toujours été et encore est solide, ferme, constante et perpétuelle alliance, en les voulant faire varier et aliéner de l'ancienne et vraie amitié qu'ils ont toujours eue envers le royaume et le roi de France ; mais , qui plus est , a de nouveau écrit lettres audit Saint-Collége , con-

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tenant contre toute vérité autres nouvelles inventions et choses controuvées, espérant par icelles parvenir à son intention et toUir audit seigneur son honneur , crédit , amour et réputation qu'il a en Italie; et s'est efforcé, Très-Saint-Pére, soustraire et refroidir, par sesdites subdolées , captieuses et vulpines inventions, non-seulement bénévolence, foi, sûreté et espérance, que ta Sainteté et ledit Saint- Collége a toujours eues, et a encore de présent audit seigneur, comme roi Très-Chrétien, et à tout son royaume; mais, qui pis est, et intolérable audit seigneur, le voulant (s'il est vrai ce qu'il a écrit) le rendre et faire estimer comme infidèle, et hors de la communion de l'Eglise. Et pour ce, voyant ledit seigneur, le venin de la haine et malveillance prendre trop grandes racines et trop avant pulluler , et qu'il n'étoit lieu où il n'eût plante de sa semence, jusques à n'épargner le jardin du saint-siége apostolique, qu'il avait cuidé, par ces lettres pleines de venin, empoisonner en blasonnant contre vérité l'honneur, gloire et renommée dudit seigneur, n'a trouvé, parconseil , qu'il dût plus avant différer et dissimuler sans obvier aux captieuses et controuvées inventions dudit roi des Romains; et ne pouvoit advenir au roi Très-Chrétien chose plus agréable que qu'il ait plu à Dieu lui donner l'opportunité de délier en telle et

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si grande compagnie les liens venimeux desdites inventions , et montrer évidemment ledit roi des Romains par icelles tirer et avoir vouloir de parvenir ailleurs , et que tout ce qu'il a écrit dudit seigneur est feint et par lui controuvé. Et combien que ledit roi des Romains ait mis toute peine de cuider décrier ledit seigneur, écrit de lui, et dit toutes choses controuvées et non véritables , que grandement touchent et blessent son honneur; toutefois, ledit seigneur ne fera le semblable envers lui , et déclare ne le vouloir décrier ne dire chose qui soit à son déshonneur, si ce n'est d'autant qu'il servira pour sa justification, et pour montrer la vérité être au contraire desdites lettres et paroles controuvées. Et pour ce, connoissant, ledit seigneur, le combat de paroles n'appartenir ne à rois , ne à princes , ains à gens de basse étoffe et vile condition; si, d'aventure, en montrant la vérité du fait , et se purgeant desdits imposts et calomnieuses inventions, il se dit quelque chose dont ledit roi des Romains se sente blessé et offensé, ou qu'il se propose chose qu'il semblât être à la louange dudit roi Très-Chrétien , il proteste qu'il ne fait rien dire ne proposer par manière d'accusation , ne par ostentation ou vaine gloire, si ce n'est d'autant que la vérité de l'affaire que s'offre, et l'innocence et netteté de sa Majesté le requiè-

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rent et permettent; car il n a accoutumé être par paroles ostentateur ne préconisateur de ses faits , ne vouloir aussi décrier autrui pour s'accroître en bien et honneur, et apparoître plus grand; bien entendant que l'homme vertueux n'est pas réputé tel, pour l'opinion que les hommes ont de lui , mais par l'intrinsèque existence de vertu qu'il a et est conjointe avec son âme , laquelle se contente de son propre jugement, et, combien qu'elle soit solitaire , ne fait chose qu'elle ne fît comme étant en plein théâtre et assemblée des hommes, desquels elle ne requiert le témoignage : car elle est par-dessus leur opinion , et a témoignage en soi trop plus grand que celui des humains. Et une seule chose, Très-Saint-Père, après la netteté de l'âme et rectitude de la conscience dudit roi Très-Chrétien, le console, c'est que l'occasion s'est adonnée que l'affaire se propose et démontre en la présence de ta Sainteté , qui est vrai et seul vicaire de Jésus- Christ, et es présences de messeigneurs révérendissimes cardinaux représentant l'Eglise triomphante, qui pèsent et balancent également et connoissent mieux que nuls autres la vérité , vie et les mérites d'un chacun : es présences desquels toute menterie dite est et doit être réputée et punie comme sacrilège. Quoi connoissant , ledit seigneur ne fait présentement proposer chose qui soit dérogeante

lui

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à sa Majesté, à Thonneur dudit Saint-Collége^ qui est le premier et le plus digne sénat de tout le monde , qui ne soit véritable et pour seulement garder son honneur. Dieu, qui seul connoît le cœur des humains , en est et sera le vrai témoin et juge; et toi, Très-Saint-Père, son seul certain et vrai vicaire , et vous, Messeigneursrévérendissimes, de toute l'Église catholique , solide , ferme et estable fondement; d'autant que, par évidentes raisons, l'esprit des hommes peut appréhender, espérons que, le tout qui vous sera proposé , aurez agréable et l'approuverez.

Très-Saint-Père, pour parvenir au fait, ledit roi Très-Chrétien a été averti que ledit roi des Romains t'a récrit , et à messeigneurs de cedit Collège, lettres : par lesquelles il signifioit sa venue en Italie pour obvier aux mauvaises entreprises et damné vouloir dudit roi Très- Chrétien , qui vouloit usurper et appliquer à lui l'empire d'Italie , retirer le papat en France, pour avoir temporel et spirituel à son plaisir, et que tout ce procédoit par l'exhortation du très-révérend père en Dieu, monseigneur le cardinal d'Amboise, légat en France, lequel vouloit être pape , toi non-seulement vivant, mais , pour à ce parvenir , t'en déjeter et désappointer , ce que ledit seigneur eût facilement fait pour la grande armée qu'il avoit assemblée, n'eut été pour la peur qu'il a eue

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de lui et de sadite venue en Italie. Ce sont , Très-Saint-Père, les arcs et arbalètes que bande le roi des Romains , ses bombardes et autres pièces d'artillerie affûtées et fondées en l'air, et non en terre ferme et estable, par lesquels il assaut l'honneur du roi Très-Chrétien! Ce sont ses controverses et poignantes inventions qui lui seront de tel profit comme les feintes et fausses plumes d'Icarus, par lesquelles il cuide et s'efforce de jeter ledit seigneur du château d'honneur^ et de la hautesse et sublimité de la gloire et renommée qu'il a par ses vertus et mérites acquises! Mais si Dieu, Très- Saint-Père, nous donne la grâce d'acquérir et concilier ta bénévolence, et du Saint-Collége , pour nous ouïr, et si nous te pouvons dire et expliquer ce qu'avions en charge et commission, et parvenir à la fin que tendons, nous espérons montrer et donner à connoitre qu'il n'est rien que l'homme tant doive craindre que haine et envie , et icelle à l'encontre de lui conçue , il n'est rien que tant il doive désirer (quand il est pur <ît innocent) que de trouver personnages tels qu'ils soient pour bien le tout entendre et savoir discerner, es présences desquels tous faux rapports prennent leur fin et s'en vont en fumée. Il est aisé d'accuser un chacun , tant soit-il pur et innocent, mais le seul nocent et coupable se peut convaincre.

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Et combien , Très-Saint-Père, que ledit roi Très-Chrétien soit assez acertainé les bonnes, pourvues et clairvoyantes discrétions de ta Sainteté être telles, qu elles aient, sur Tlieure de la lecture d'icelles lettres , fait le jugement tel qu'il appartient, et connu de quel estomac procède et à quelle fin tend ledit roi des Romains; ce néanmoins, ledit roi Très-Chrétien, non par forme d'excuse , auquel comme pur et innocent y n'y en échit point, ne aussi pour paUier ne vouloir couvrir lesdits objets et imposts, mais pource qu'il est temps que la vérité se sache, et que mieux ne plus commodément ne peut être sue qu'en ceTrès-Saint-Collége et en ta présence, Très-Saint-Père, qui est dépôt et repositoire secret de vérité , comme étant vicaire de Celui qui est la vraie vérité, dont toute vérité humaine dépend. A cette cause, pour ôter l'envie, exterminer la haine, diluer et anéantir lesdits crimes et objets, ledit seigneur n'aplus voulu dissimuler nelaisser

passer l'occasion, qu'il n'ait envoyé messire AlbertPie, prince deCarpe, son conseilleret chambellan, et moi en sa compagnie, ses ambassadeurs, à la Sainteté et audit Saint-Collége, pour assurer et (pour vérité)affirmertoutcequeledit roi des Romains a feint et écrit dudit roi Très- Chrétien être aussi loin de la vérité, comme sont tous extrêmes et contraires répugnant en-

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semble; et le tout avoit été, par lui, contre vérité , écrit, feint et controuvé.

Et premièrement, Très-Saint-Père, est-ce vouloir usurper l'empire d'Italie, le refuser quand il a été offert? Je dis chose qui semblera nouvelle et difficile à croire à plusieurs; toutefois elle est véritable; et ne dira le contraire ledit roi des Romains, qu'il n'ait souvent offertet fait offrir audit roi Très-Chrétien, es personnes de plusieurs bons et grands personnages, qu'ils conduisent ses principaux et secrets affaires, lors ses ambassadeurs divers, l'empire d'Italie, et les a très-instamment stimulés et poursuivis à ce que ledit seigneur y voulsit entendre, s'offrant à ce faire condescendre et consentir les électeurs de l'Empire : à quoi toujours ledit seigneur a fait dire et répondre que le royaume de France, avec ses autres terres et seigneuries, lui suffisoit, et qu'il étoit content de ce que Dieu lui avoit donné ; et quelque remontrance qu'il fit faire audit seigneur, ne put tant faire qu'il y voulsit entendre. En outre que ledit seigneur n'ait point eu de désir ni aucune affection audit empire, se peut assez connoître et juger par ce qu'il a fait pratiquer tant en Italie qu'en Allemagne. Et qui est celui qui, en toutes ses pratiques et intelligences, le peut noter et accuser de la moindre apparence de ladite ambition et volonté, et que en secret ou ouvertement il en ait fait porter une seule pa-

'il,.

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rôle? Si ledit seigneur y eût eu raffection telle qu'écrit ledit roi des Romains , n'étoit-il pas trop plus aisé et facile de l'avoir et prendre par sa main , et à ce consentant et approuvant lesdits électeurs, que de le vouloir par force usurper, et par aventure n'en venir à son honneur ? D'abondant, combien que, par plusieurs années, ses affaires lui soient venues à son désir et à souhait en Italie, où il a été souvent et est encore si puissant, que facilement il eût pu et pouvoit s'accroître; qui est celui toutefois qui le puisse accuser d'avoir voulu entreprendre aucunes choses, fors que garder et conserver les seigneuries de ses ancêtres, et ce que lui appartient? Et qu'il n'est en autre vouloir, assez se démontre; car, combien qu'aucunes seigneuries d'Italie se soient par ci-devant voulu donner à lui, ledit seigneur ne les a voulu recevoir. Par quoi , Très- Saint-Père , et vous , Messeigneurs révérendissimes , qui êtes très-sages modérateurs de la chose publique chrétienne, y a-t-il apparence et est-ce signe que ledit roi Très-Chrétien ait eu vouloir d'usurper et attribuer à soi l'empire d'Italie , quand il lui a été offert et il a refusé? Avoir par tant d'années vécu sans en parler ni faire une seule mention ; s'être contenu en ses victoires, et les avoir modérées, combien que de leur nature elles sont violentes et superbes ; n'avoir aussi voulu accepter ni rece-

voir ceux qui se donnoient à lui! Certes, plutôt est-il à louer de louanges perpétuelles de ce qu'il s'est contenu et a modéré son vouloir, ayant pouvoir de passer les limites de justice , qu'il n'a toutefois excédées ni passées. Et si ledit roi des Romains a écrit ce que dessus, ce n'est hors de sa coutume d'écrire , dont il a par ci-devant usé, car auparavant a-t-il rempli les AUemagnes d'opprobres, injures et libelles diffamatoires contre ledit seigneur, comme dit est ; et maintenant cuide , par ses feintes et controuvées inventions d'émouvoir l'Italie à rencontre dudit seigneur , espérant par ce lui lever, tollir et ôter la réputation et renommée qu'il a acquises comme prince qui bien y a vécu et veut vivre, non comme tyran et usurpateur. Et qui ne sauroit ses passions particulières et volontés insatiables, et ne connoîtroit la source et le fondement de sa haine , malveillance et inimitié ancienne qu'il a à l'encontre dudit roi Très-Chrétien , il en pourroit par aventure demeurer quelque impression aux oreilles des écoutans: car, à la vérité, de prime-face il n'est pas vraisemblable, et ne pourroit-on pas aisément croire qu'un roi et prince, dont la parole doit être comme évangile, et comme dit Isocrate écrivant au roi Nicoclès : (( A la simpleparole duroi,foidoit être plutôt ajoutée qu'aux sermens et juremens des autres, » voulait avoir écrit ne user de tel langage , s'il n'é-

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toit véritable- Mais qui connoîtra, comme as^ sez il se donne à connoître, par quel art et moyens il cuide parvenir à ses fins, il trouvera qu'il n'a rien fait exorbitant et discrcpant de ses mœurs, propre nature et coutume de faire : dont de plus avant y entrer, ledit seigneur se déporte, de peur qu'il ne semble qu'il veuille combattre d'injures et opprobres et non de raison et de vérité; etaussi, de peurd'être noté de semblables vices que lui. Toutefois n'eut été l'espoir et confiance que ledit seir^neur a eus que lesdites lettres du roi des Romains ont été lues et récitées audit Saint-Collége , où les mœurs d'un chacun et non ses paroles ont accoutumé d'être pesées , et où il ne se prend rien qui soit hors des termes de raison et de vérité , notre présente oraison eût tiré plus

avant.

Et pour par ordre confuter toutes ses controuvées inventions : en tant qu'il dit en outre que ledit roi Très-Chrétien avoit fait sa grosse armée en Italie pour retirer le papat en France et désappointer ta Sainteté, et vouloir faire pape mondit seigneur le cardinal d'Amboise; il y a plusieurs paroles, Très-Saint- Père , auxquelles ne gît aucune réponse , fors que l'on s'en doit rire , tant sont étranges et exorbitantes de la raison , esquelles nul , tant soit-il hors du sens, doit y ajouter foi ne créance. Toutefois, ledit seigneur, comme vrai

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magnanime qui a à horreur et abomination non-seulement le vice, mais l'apparence d'icelui et ce qui en approche , voulant le titre hérédital de roi Très-Chrétien , acquis et gagné par ses prédécesseurs pour plusieurs bons et grands services dignes de recommandation faits au saint-siége apostolique , n'être poilu et maculé delà moindre note de soupçon que l'on pourroit îivoir, ains, en tous endroits le conserver et garder pur et net; et désirant de sa part, par émulation de sesdits prédécesseurs et par semblable service envers ta Sainteté et cedit Saint-Collége, icelui nom de Très- Chrétien augmenter, n'a voulu laisser ladite fantaisie captieuse et controuvée invention, sans y obvier et satisfaire, et montrer ledit titre de roi Très-Chrétien lui être non-seulement hérédital, mais comme propre et péculier, en s'avouant et attribuant, tant par droit successif et hérédital, que pour ses mérites envers le saint-siége apostolique, le nom de roi Très-Chrétien et premier fils de l'Église, et par effet, montrant y avoir nonseulement égale affection , dévotion , amour, obéissance et foi , que tous ses prédécesseurs , mais trop plus grande que nul d'eux; et afin qu'il ne semble que sans cause il s'attribue cette gloire et louange. Qui est la chose dont il a été requis, qui fut pour le repos, gloire et honneur, et accroissement des seigneuries du

saint-siége apostolique, à quoi ledit, comme bon fils et dévot à icelui , ne se soit de son pouvoir employé? et, au contraire, où est la moindre chose dont on le puisse noter d'avoir varié de l'amour, foi et affection? Et pour venir au particulier : appelé par toi, Très- Saint -Père, Tan passé, au secours de l'Église, pour recouvrer et réduire en l'obéissance d'icelle Bologne qui par ses prédécesseurs y avoitété donnée, en quelle promptitude et célérité, combien que le temps fut mauvais et mal convenable, accomplit-il ta requête ? Il n'est point besoin de le réciter, car lu en es le juge, et tous messeigneurs les cardinaux en peuvent porter le témoignage. L'on dit que le roi des Romains se mit lors aussi en son devoir de bailler secours aux Bolonois, et jà avoit trois mille Allemands à Trente prêts pour leur envoyer, qu'il fit retirer quand il ouït et fut acertainé de la victoire : si c'étoit pour le bien dudit saintsiége apostolique ou pour aider aux Bentivoles et à leurs complices, comme de chose certaine et connue à un chacun, ledit seigneur la laisse à décider. Tout ce nonobstant, Très- Saint -Père, ledit roi des Romains prêche partout que le roi Très -Chrétien, ton fils aîné, t'a voulu trahir et mis embûche pour te prendre. Est-il possible , Très-Saint-Père , que tu l'aies cru , et qu'il soit tombé en ton

esprit et entendement, ou de quelque homme que ce soit , et fut-il aussi brutal et stolide qu'un éléphant ? Nq te souvient-il point, Très-Saint-Père, que de tout temps, et mêmement avant ta promotion , ledit seigneur t'a non-seulement aimé, mais eu en singulière révérence et honneur? Et maintenant qu'il te reconnoît son père très-saint , et te révère et adore comme vicaire du Sauveur de tout le monde, et comme le chef de toute l'ÉgUse cathohque, et comme tel, il t'a fait l'obéissance en se prosternant à tes pieds, et recon*^ noissant en toi la pierre vive mise au fondement de l'Église, qui (par figure ) fut jadis réprouvée et rejetée par les édificateurs du temple, mais, toutefois, par disposition divine, réservée pour conjoindre les deux parois du temple. Est-il donc à croire que celui qui a plus désiré ta sainte promotion, et qui plus a fait de démonstration de joie par tout son royaume après qu'il en a été averti , ait voulu varier de son amour et affection, et te vouloir trahir et prendre par embûche? Ladite première amour, Très-Saint- Père, n'est point évanouie, mais est crue et augmentée en affection , en foi pure et nette dévotion et observance filiale. Et ne se trouvera que ta Sainteté l'ait requis de chose (qu'il ait pu faire en son honneur) qui fût pour le bien de tadi te Sainteté, des tiens, ou

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de l'Église, qu'il ne s'y soit par effet employé; et là où il a pu connoître ton vouloir, volontairement il s'est offert sans être requis comme roi Très-Chrétien, fils aîné de l'Église, très-dévot et très-affectionné à ta Sainteté.

Et en tant que touche mondit seigneur révérendissime cardinal d'Amboise , que ledit roi des Romains enveloppe en sesdites inventions controuvées , combien que , pour son honneur et décharge , il en ait écrit audit Saint-Collége, en se développant aisément des rets et liens dudit roi des Romains ; ce nonobstant, Très-Saint-Père, ledit roi Très- Chrétien t'a bien voulu, et audit Saint-Collége, témoigner et pour vérité assurer mondit seigneur le cardinal d'Amboise être pur et innocent desdites controuvées inventions : la vie duquel se montre et est tout autre que de vouloir penser et concevoir chose si lâche, méchante et sacrilège , si grand et exécrable délit; lequel a toujours eu les affaires et autorité de ta Sainteté et du saint-siège apostolique, envers ledit seigneur et ailleurs, très à cœur et en singuhère recommandation; et par expérience, tu as puconnoître, à ta promotion, son affection filiale et servitude qu'il a depuis continuée, et continuera en toujours faisant et procurant tout ce qu'il connoîtêtre à l'honneur, augmentation et profit de ta Sainteté et des tiens. Mais ledit roi des Romains, pour

bailler et donner quelque lustre et couleur, et pallier ses feintes et controuvées inventions, n'a point eu de honte d'écrire qu'il étoit solliciteur et procurant tout ce que dessus. Très- Saint-Père, qui voudra bien regarder et entendre aux raisons du roi des Romains, toutes choses bien considérées, se montre, déplus en plus, son invention feinte et avoir été bâtie et controuvée en sa maison, attendu qu'il ne la pallie et ne k couvre d'autres moyens, pour montrer que ledit roi Très- Chrétien ait eu vouloir de parvenir audit empire d'Itahe, et à la déposition et translation du papat en France , fors qu'en la force et es gens de guerre que ledit seigneur avoit assemblés en Italie, au moyen desquels il vouloit exécuter (comme il dit) ce bel exploit, n'eût été la peur de sa venue en Italie qui Ta fait déporter de son entreprise. Est-il possible, Très-Saint-Père, de dire ou penser quelque chose si mal fondée et exorbitante de la vérité , que le roi Très-Chrétien ait eu ce vouloir, et que pour cette cause ait assemblé son armée , et que , pour la crainte de sa venue, il l'ait rompue?^! est assez notoire et évident que , pour la nouvelleté des Genevois qui s'étoient soustraits de son obéissance, ladite armée s'est assemblée, et laquelle il a renvoyée après que lesdits Genevois ont été subjugués et réduits, et long-temps avant qu'il

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fût aucune mention de bruit volant de ladite venue dudit roi des Romains. Grâce à Dieu , ledit roi des Romains n a jusques aujourd'hui fait tant de choses dignes de mémoire , soit près ou loin , qu'il ait donné audit seigneur grande occasion de le craindre, et non-seulement audit seigneur (qui au contraire lui a toujours été en crainte), mais aux autres princes qui ne sont à comparer à lui. Ses faits d'armes et vaillances ne sont tels qu'il lui soit besoin se vanter que, par la crainte de sa venue en Italie, ledit seigneur ait laissé à faire son entreprise, et ait été contraint à rompre et renvoyer son armée (si ce n'étoit que ledit seigneur fût de la nature et qualité des petits enfants auxquels leurs mères font peur de la venue du loup ou loup-garou , pour les faire craindre et les contraindre à venir à leur giron). En outre, si ledit seigneur avoit peur de sa venue (comme il dit), pourquoi se fût-il défait de son armée, sachant que ledit roi des Romains se vantoit partout venir en Italie comme son ennemi? il devoit plutôt , en pourvoyant à ses affaires, non-seulement maintenir et garder ladite armée, mais l'augmenter. Parquoi, est certain que la cause seule qui avoit mû ledit seigneur de l'adresser et mettre sus , icelle expirée , l'a contraint de la rompre, et renvoyer ses gens d'armes, et non par la crainte puérile ne l'épouvantail des

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chenevières. La rébellion et nouvelleté des Genevois l'avoit contraint à faire ladite armée; iceux vaincus et réduits, quel besoin étoit-il audit seigneur nourrir si grande assemblée de gens de guerre oiseux ! auxquels (comme dit Xénophon en son livre qu'il intitule de l'Institution du bon roi) mieux vaut bailler travail, labeur et peine, que les laisser en oisiveté, qui leur est trèspernicieuse ; et mêmement que ledit seigneur n'a voit plus où les exploiter et mettre en besogne ; lequel, connoissant qu'ils pourroienf faire des oppressions et violences à ses sujets, auxquels en pardonnant et remettant l'offense , avoit acquis trop plus grand'gloire et honneur qu'en les conquérant : voyant, le lendemain ou troisième jour qu'il fut entré en sa cité de Gênes, qu'il avoit plus de travail et de peine pour la garder et conserver de pillerie , et les Genevois , d'oppression , qu'il n'avoit eu à les combattre et mettre en son obéissance et sujétion, donna promptement congé à ses gens de guerre étrangers et extraordinaires; parle partement desquels, se délivra du pensement et sollicitude qu'il avoit pour la conservation de ladite cité et sujets. Qui est celui qui voudra dire qu'il fut lors question ne bruit aucun ( sinon tel qu a été depuis deux ou trois ans) de la venue du roi des Romains? Et qui demanderoit qui

it

SaG REMONTRANCES

a été donc la cause qui a mu ledit roi Très- Chrétien d'assembler si {grosse armée, Gênes la iière et superbe, qui se disoit jamais n avoir été domptée ni vaincue, assez le témoigne. Ce n'étoit donc pas pour te déjeter de ton siège; et si le roi Très-Chrétien eût été de ce vouloir, après la bataille et victoire obtenue , le roi des Romains l'eût-il empêché? Son recours jusques ici n'a toujours été si prompt, qu'il ait eu pouvoir bien souvent d'aider et secourir les siens étant au plus près de lui ; à peine l'eût-il pu faire pour les étrangers et lointains; parquoi, c'est témérairement écrit que, pour la crainte de sa venue, ledit seigneur ait laissé à exécuter ce qu'il ne pensa jamais de commencer. L'Ecclésiaste dit que qui considère les vents ne sèmera point, et qui regarde et contemple les nuées ne recueillera jamais : ledit seigneur ne s'est par ci-devant guères arrêté à pourvoir à ses affaires sous ombre des vents et nuées du bruit ordinaire de la venue dudit roi des Romains , et sous ombre des paroles qu'il a fait souvent semer, lesquelles ordinairement se sont tournées en fumée, et n'a pas souvent plu de telles nuées, qui sont bien autres et différentes que la nuée de Fabius Maximus, qui, comme récite Tite-Live, vexa et travailla Annibal es Alpes apennines. Aussi la morosité , tardité et cunctation de l'un et de l'autre sont bien

différentes : car celle de Fabius procédoit de vertu , et par sa tardité sauva la chose publique de Rome; au regard de celle dudit roi des Romains, il est à craindre que bien souvent elle procède du principal nerf de la guerre, qui le rend cunctateur et tardif en ses afi'aires.

Et pource que ledit roi des Romains , Très- Saint-Père , a écrit que ledit roi Très-Chrétien avoit la volonté de te jeter hors de ton siège, il désire savoir dont procède et vient la source de si légère et soudaine immutation et changement de vouloir, qu'il se soit voulu armer contre ta Sainteté. Quelle cause est survenue pour ce faire? Qui est la raison de la haine et inimitié ? Naguères Bologne , par le moyen dudit roi Très-Chrétien, t'a été rendue, et en icelle tu as été reçu; tu l'en as, par tes lettres naguères écrites, mercié , et l'as reconnu, par icelles , vrai guidon, garde , tuteur et défenseur de ta Sainteté et du saintsiége apostolique. Quelle chose nouvelle est depuis venue qui ait contraint ta Sainteté de s'altérer de l'amour paternelle qu'elle avoit audit roi Très-Chrétien, ou ledit seigneur de s'aliéner et soustraire de la dévotion filiale envers ta Sainteté? Que lui as-tu demandé, et de quoi t'a-t-il requis, que volontairement vous ne l'ayez respectivement accordé l'un à l'autre, tellement qu'un chacun a pu voir

etconnoître entre vous, comme entre père et fils , réciproque amour et correspondant combat qui plus s'efforceroit faire plaisir l'un à l'autre? Parquoi donc , puisqu'il n'y a point de cause, et où elle y seroit, toutefois ledit seigneur ne voudroit pour la haine de son ennemi perdre son innocence , quels songes et rêveries met en avant le roi des Romains, pour charger le roi Très-Chrétien , en feignant et controuvant ce que onc ne fut? Et certes , pource que l'affaire est si évident qui se montre de soi et ne requiert grands paroles , j'ai peur que je me sois arrêté plus que besoin n'étoit pour le vouloir éclaircir. Tant y a, que je puis hardiment dire que , comme il n'y avoit point de cause de faire ce que le roi des Romains a controuvé, aussi le roi Très-Chrétien, qui toujours a été de parfaite intégrité de vie, pur et net de péché, n'eut onc le vouloir ni partie , sur lui qui tirât à vouloir perpétrer et commettre un si grand et exécrable vice.

Ce n'est point, Très-Saint-Père, ce n'est pas la coutume des rois de France de vouloir perpétrer et commettre un crime si exorbitant et inexpiable ; mais , au contraire, ont toujours accoutumé et leur est propre et péculier recevoir et nourrir en toute douceur et humanité les papes et cardinaux bannis et exilés, et iceux restituer en leurs sièges et maisons.

Et qui voudra savoir qui sont ceux qui souvent les en ont déjetés , assez est-il aisé à voir et connoître par les chroniques et histoires anciennes. Et pour confirmation de ce , il est assez notoire, et n'est besoin de réciter ce que le roi Charles VIII, de bonne mémoire, en continuant et gardant la possession de ses prédécesseurs , fit au pape Alexandre VI : lequel, sachant qu'il avoit offensé ledit seigneur, et s'étoit départi de son amitié , ou qu'il se connoissoit (par aventure) autre qu'il ne devoit,vu l'état et dignité où il étoit , ou qu'il avoit beaucoup d'ennemis et envieux èsquels ne s'osoit bonnement fier, se retira et s'enferma au château de Saint-Ange; et combien que, selon les affections d'un chacun, différentes opinions se donnassent, qui tendoient au préjudice et dommage dudit Saint-Père, ce nonobstant, le roi Très- Chrétien et débonnaire , en n'adhérant à leurs opinion», ni ayant regard à leurs particulières passions ( un ou deux seulement de ses principaux qui étoient près à l'entour de lui, suivant son opinion), délivra le pape et l'assura, lui baisa les pieds, et fit obéissance filiale ; et par après, le pape célébrant la messe , en le reconnoissant vrai vicaire de Dieu , lui bailla de l'eau et lava les mains. Qui est celui , tant soit-il envieux et ennemi de la couronne de France , qui sauroit montrer, par les histoires des papes , qu'il y

5*50 BEMONTUANCES

ait eu un seul roi de France entaché du CM ime que le roi des Romains a eonlrouvé , et qui , en la moindre chose qu on pourroit estimer, fût déchu et se fût départi de la foi, dévotion et obéissance du saint-sié{îe apostolique, ou que, en si grand nombre de papes qu'il y a eu depuis saint Pierre , que l'un d'eux ait été par les rois de France outragé et injurié? Saint Jérôme dit que tous les pays du monde ont prévariqué la foi chrétienne par eux reçue, soit par abnégation d'icelle, ou par hérésie eterreurs qu ilsont reçues, entretenues, soutenues ou suivies, fors que la France, (lui toujours a été constante, ferme, et permanente en la foi par elle reçue, sans depuis la changer , varier ou la maculer d'hérésies, superstitions, ou autrement; et toujours a continué non-seulement envers Jésus-Christ, mais aussi envers ses vicaireset le saint-siége apostolique , tellement que le petit grain delà foi, que l'Évangile, par parabole, corn pare au grain de moutarde, qui est le plus petit entre tous les autres grains et semences, et ce nonobstant, il croîtsi grand que les oiseaux du ciel y peuvent faire leur nid ; ainsi est-il que le petit grain de la foi , au commencement semé en France , est tellement augmenté et fructifié, qu'il est de présent parvenu en un grand arbre utile et proûtable à toute la chrétienté, et sous l'ombre duquel

les oiseaux de l'Eglise, qui sont les saintspères, par netteté et intégrité de vie et par la sublimité et excellence de science, volant entre les humains, s'y sont très-souvent reposés et y ont fait leur nid. Qui est celui , Très-Sain t-Pere, de tous les princes chrétiens, qui bailla aide et secours à l'Église et saintsiége apostolique , lorsqu'elle étoit en affliction et persécution sous Grégoire troisième et Adrien premier, tes prédécesseurs? fut-ce pas le noble lis? Les papes Etienne second et quart, Alexandre troisième, et plusieurs autres tes prédécesseurs, quand ils ont été persécutés et affligés par plusieurs et diverses séditions , non-seulement des étrangers , mais de leurs sujets, où est-ce qu'ils ont quiset trouvé leur repos? sous le noble lis : car lors, ils se sont tous retirés en France, comme au port de salut ; où ils ont été très-humainement reçus et religieusement traités des rois Très-Chrétiens. Je n'ai pas de présent le loisir , et seroit chose impossible : aussi , mon oraison tend à autre fin que de réciter et montrer par le menu tous les biens que le noble lis a faits au saintsiége apostolique. Et aussi, à la vérité, à la maison où est le bon vin, n'est besoin de pendre le bouchon pour enseigne ni le crier, il se crie de soi-même : ainsi est-il desbienfaits du royaume de France , dont les mérites et bienfaits envers le saint-siége apostolique sont si vul-

jraircs et connus à un chacun , qu'il n'est besoin de les réciter. Toutefois je vcu.l bien dire et maintenir (lue ce n'est pas le lis qui a accoutumé de s'élever et courir sus à sa nu-rc l'Kfilise ou à ses époux (comme dit le rot des Romains); mais au contraire c'est lui qui la paît et nourrit de sa bonne odeur , et à cette cause le Saint-Esprit, en parlant es Cantiques en la personne de l'ÉgUse qui queroit et de.nandoitoù étoit son époux, lui répond qu .1 est, se nourrit et repaît entre les lis; et es dites Cantiques, le Saint-Esprit, en voulant designer les tribulations et persécutions de lLfil.se qu'elle auroit à souffrir et soutenir, dit que , nonobstant icelles, elle sera comme le lis entre les épines, qui ne laisse, pour les épines qm l'environnent, à croître , flourir et venir a perfection , ne pareillement l'Eglise en ses tribulations, qui est désignée par le lis, pour laconnexité et perpétuelle union qui toujours a été de l'Éf-lise avec le lis : lequel, par sa pureté et netteté.' est démouré en sa blancheur, sans jamais y avoir eu macule ne tache , mais a toujours fleuri envers l'Eglise et samt-s.ege apostolique par amour immuable , persévérante foi et constante affection , dont, au moyen dece,parsesméritesetpourlesbiensetbénefices

innumérables qu'il a faits audit saint-siege , a naané et justement mérité le nom de roi Tres- Chrétien , être dit et appelé le fds aîné de tous

II

les enfants de rÉ{jIise. Et maintenant, où estcelui, tant soit-il présomptueux et téméraire, qui osera mettre la macule en la blancheur du lis, en voulant, par paroles venimeuses, pestilentes et détractives, éteindre et dénigrer la gloire et renommée qu'il a de si long-temps et par ses mérites acquises, et faire déchoir et trébucher le royaume de France de sa sublimité et excellence, en lui imputant qu'il soit de présent la chartre, prison, bannissement et affliction des saints-pères, auxquels toutefois a toujours été et est mieux que jamais le port en leurs naufrages, repos et refuge en leurs séditions et tribulations , et immunité en leurs exils et bannissements? Qui estcelui , tantsoit-il prodigue de son honneur, gloire et renommée, oyant ce que dessus , qui pourroit dissimuler sans en faire démonstration? A la vérité, Très-Saint-Père, et vous, Messeigneurs révérendissimes, les premières injures et libelles diffamatoires, que le roi des Romains avoit contre vérité divulguées et semées en Allemap^neduroi Très-Chrétien, lui étoient grièves à supporter et endurer. Toutefois sa Majesté, se sentant pure et innocente desdits imposts, détractions et inventions, par vraie magnanimité, aisément les avoit mises à nonchaloir et les contemnoit (en réduisant a mémoire le dit d'Octavien-Auguste, lequel, à ceux qui lui faisoient rapport et dénonçoient ceux qui médi-

soient de lui, il répondit : (( Il nous suffît que Dieu nous a fait la grâce que les détracteurs et envieux n'ont le pouvoir de nous grever et faire dommage») , et jusques à ce qu'il a été averti des autres nouvelles inventions contre vérité controuvées, lesquelles si elles n'eussent été autres que les précédentes, ledit seigneur ne s'en fût ému ni mis en peine de lui faire cet honneur de lui répondre, non plus qu'aux premières ; mais , pource qu'elles touchoient au précieux joyau du noble lis , en voulant jusques à la racine l'extirper et l'arracher jusques en faire la litière aux pourceaux. La grandeur aussi et pesanteur desdits nouveaux imposts ont contraint la constante magnanimité du roi Très-Chrétien d'y répondre; lequel n'a pu souffrir ni endurer éteindre la splendeur et gloire du nom de roi Très-Chrétien acquis par ses prédécesseurs ; et ne s'est pu contenir qu'il ne résistât et obviât à telles inventions procédant de malin et mauvais vouloir , de peur que l'on n'abusât de son silence , et que s'il se taisoit, que l'on ne cuidât que ce fût comme se sentant coupable et entaché desdits imposts; et ne se faut émerveiller si le roi Très-Chrétien les a pris à cœur et y a voulu répondre : car où tous les autres vices se pourroient et se peuvent tolérer, cettui dont l'accuse le roi des Romains lui est et seroit intolérable ; car ce

seroit, de roi Très-Chrétien, être réputé et devenir turc, païen et infidèle; de tuteur et conservateur de l'Église, persécuteur d'icelle ; de donneur et bienfaiteur, usurpateur; de fils aîné et légitime de l'Église, adultère et illégitime. Étoit'ildonc temps de se taire, et permettre et souffrir se priver et spolier de ce précieux et excellent joyau hérédital du nom de roi Très-Chrétien?Soisassuré, Très-Saint-Père, que lesdites controuvées inventions ont touché au vif et ont pénétré jusques au cœur du roi Très- Chrétien et l'ont contraint de parler et dire ce qu'il n'avoit délibéré. Crois certainement , Très-Saint-Père, pource que le roiTrès-chrétien, ton fils aîné , n'eut onc le vouloir si mauvais ni adultère de maligner et te courre sus, qui es son père , à la garde et protection duquel il est commis et député, et lequel nonseulement il révère comme son père, ains comme à celui qui, avant qu'il fût père, étoit son vrai et ancien ami , a toujours désiré lui faire plaisir, le garder et maintenir. Tu peux être sûr, Très-Saint-Père, que le jour que tu orras dire que le roi Très-Chrétien n'aura plus de dévotion, de foi et d'amour pour ta Sainteté et au Saint-Collége, que ce sera le dernier jour de sa vie; car, lorsqu'il désisteraet délaissera de t'aimer , honorer et révérer , il perdra la vie; et sera, lorsque Dieu fera son commandement de lui , car la mort terminera en

t il

un même jour et sa vie et Taffection , dévotion et amour à ta Sainteté.

Et, pour sommairement et par manière d'épilogue recueillir ce que devant a été dit, tu vois évidemment , Très-Saint-Pére , les venimeuses, feintes et controuvées inventions, que seulement procédoient d'une haine viscérable et invétérée , fondées sur la glace d'une nuit , êtreavérées, éclairciesetconnuesj car il est certain et notoire à un chacun, que le roi n'a point assemblé son conseil pour son plaisir , ni pour la cause controuvée par ledit roi des Romains, mais pour la rébellion des Genevois , qui à ce l'ont contraint; et iceux par la grâce de Dieu réduits en son obéissance, l'on a connu la dissolution de ladite armée , et que ledit seigneur a donné congé aux étrangers, Suisses et autres gens assemblés pour ladite cause. En outre , il appert clairement qu'il n'y avoit entre ta Sainteté et le roi aucune malveillance ou inimitié, et n'a encore de présent ; mais, au contraire, il t'a fait lors plusieurs services et plaisirs , et toi pareillement à lui : parquoi il n'y a point d'apparente cause ni raison qu'il ait eu le vouloir non-seulement d'exécuter , mais de penser et concevoir un si exécrable et abominable crime et délit. Tuas pareillement oui que le noble lis a été de cruauté étrange , par lui non accoutumée, accusé; ton ami aussi, d'homicide, et ton fils, de parricide? Mais

par qui accusé? par celui qui ne fit onc autre métier ; et lui est presque naturel, pour l'ancienne et enracinée haine qu'il a contre le roi Très-Chrétien, de mal dire de lui et controuver choses feintes et non véritables. C'est donc par celui qui ne peut autrement parvenir à ses fins et faire ce qu'il a entrepris, s'il ne met et nourrit division et soupçon entre toi et le roi Très-Chrétien, ton fils. Et pour parvenir à la fin et conclusion de la fable et chose controuvée par le roi des Romains, il me souvient d'une autre fable, que récite Ésopet , des loups, qui feignoient vouloir avoir et faire paix avec les brebis, pourvuque, en ce faisant, leschiensqui les gardoient fussent déchassés.

Ainsi a fait le roi des Romains , quand , en écrivant à ta Sainteté et au Saint-CoUége, il a controuvé lesdites inventions, pour mettre soupçon et division entre ta Sainteté et le vieil et léal chien de l'Église, le roi Très-Chrétien, commis et député de tout temps à la garde et défense d'icelle; espérant, ledit roi des Romains , plus facilement par après venir à ses fins, dont sera ci-après parlé. Parquoi , Très- Saint-Père , le roi Très-Chrétien, par affection viscérable et parfaite, admoneste et prie ta Sainteté, et le Saint-Collége, qu'elle veuille peser et balancer tout ce que dessus a été dit , et par vrai et bon discours de raison juger à quelle fin tend et veut parvenir ledit roi des Romains.

aa

Et Ton pourra facilement juger le roi Très- Chrétien , non-seulement être pur et innocent desdits crimes à lui imputés, mais aussi qu'il n'y a cause ni raison de soupçon à l'encontre de lui , et que tout ce que le roi des Romains a écrit , feint et controuvé de lui , ne procède que par superabondante et excessive haine et envie qu'il a conservées, espérant par ce contaminer la blancheur du noble lis , et de tout point exterminer l'intégrité inviolable de Fexcellent et glorieux jardin de France.

Il reste de présent, Très-Saint-Père, que Ton te donne évidemment à connoître la venue du roi des Romains en Italie être et tendre à autre fin que pour te garder et défendre , aussi le Saint-Collége , de la violence du roi Très- Chrétien , qui, en te destituant et déposant de ton siège , avoit vouloir de translater le papat en France, comme il a écrit et controuvé. 11 couvre et cache sa venue en Italie de trèsmauvaise et petite couverture ; bon besoin a été que l'Église ait eu et ait de présent autres gardes, défenseurs et protecteurs que lui. Tu seras bien gardé, et tes affaires ne se pourront que bien porter, et ceux du Saint-Siège apostolique aussi que mieux valoir , s'il se garde luimême de te faire oppression et violence. 11 vaudroit beaucoup mieuxêtre seul et n'avoir point de gardes , que d'en avoir de tels auxquels fût besoin bailler autres gardes.

AU PAPE JUtES II. 339

Ce n'est pas, Très-Saint-Père , et vous, Messeigneursrévérendissimes, qui êtes les fermes piliers et colonnes de l'Église universelle, garder et défendre l'Eglise, que de demander et quereller les terres et seigneuries à elle appartenant, les vouloir à soi appliquer : qui est la fin à quoi tend ledit roi des Romains , disant Rome, la Romagne, la Marque d'Ancône et autres terres et seigneuries lui compéter et appartenir. Ce sont choses véritablçs, non con trouvées , qu'il ne pourroit désavouer qu'il ne l'ait souvent dit à plusieurs bons et grands personnages dignes de foi , tant ambassadeurs qu'autres : est-ce donc garder et défendre l'Église , mettre en question et controverse et vouloir à soi appliquer les terres d'icelle, et la vouloir rendre, selon la primitive Église , mendiante avec le bâton et la besace?

Et, pour plus amplement confirmer ce que dessus et déclarer son dévot et saint vouloir qu'il dit avoir à ta Sainteté et au saint-siége apostoliques appliqué, a naguère, par son ambassadeur, le bailli de Charollois, (envoyé au mois de mars dernier passé devers le roi Très-Chrétien à Lyon ), fait porter paroles audit seigneur touchant notre Saint-Père et le Saint-Collége, en disant qu'ils n'étoient en terre que pour représenter sa Majesté impériale. Etpource que les paroles étoient étranges , un chacun desaS'

5/o REMONTRANCES

sistants existimaqu'elles ne procédoien t du vouloir et su dudit roi des Romains , et excusoient ledit bailli pour ce qu'il est homme lai , Guidant qu'il les eût dites sans y penser, et non connoissant et entendant ce qu'il disoit. Ce nonobstant, il les répéta derechef et par plusieurs fois, en ajoutant qu'il Icsavoit dites et disoit du vouloir et su de son maître le roi des Romains, duquel il avoit instructions expresses quant k ce, qu'il exhiba et montra. Quoi voyant et oyant très-révérend père en Dieu , monseigneur le cardinal d'Amboise, légat en France, qui est de fervent et religieux vouloir envers Dieu, ne se put contenir qu'il ne se courrouçât de courroux saint et louable, disant audit ambassadeur que c'éloit présomptueusement et fièrement parlé, et qui le voudroit par obstination en y persistant soutenir, ce seroit manifeste hérésie, que l'on ne devroit point tolérer; car ta Sainteté, Très-Saint- Père , et le Saint-Collége, représentent l'Église triomphante et la majesté divine , de laquelle tu es vrai et seul vicaire, et non pas la Majesté impériale. Ce nonobstant , ledit ambassadeur ne laissa à continuer et persister en son dire. Ace étoient présents messeigneurs révérendissimes cardinaux de Bayeux et de Finale, l'ambassadeur du roi Catholique, et plusieurs autres prélats et nobles de toutes sortes, qui de ce peuvent porter témoignage. Je te

prie, Très-Saint-Père, et vous, Messeigneurs révérendissimes, considérez et regardez quelle conclusion prendroit un bon dialectique, des deux prémisses devant dites? La première que les terres et seigneuries de l'Eglise appartiennent au roi des Romains; la seconde, que ta Sainteté et le Saint-Collège ne sont en terre que pour représenter sa Majesté impériale. Que s'ensuit-il nécessairement d'icelles prémisses? Ton conclura par icelles que, combien que tu sois le père et le souverain de tous les chrétiens, ce nonobstant , par humilité, tu t'appelles le serf des serfs ( en voulant par ce imiter et suivre notre Sauveur et Rédempteur, lequel, étant en forme divine, s'est humilié et abaissé jusqu'à prendre forme servile). Véritablement et pour certain, tu seras ciaprès vrai serf, non comme devant serf des serfs , c'est-à-dire le moindre des chrétiens par humilité, mais tu seras le serf et sujet de l'empereur par nécessité. Et à la vérité, qu'est-ce que représenter la Majesté impériale? est-ce pas être vicaire et tenir le lieu de l'empereur? En outre, celui qui est vicaire est-il pas sujet et serviteur de celui sous l'aveu et autorité duquel il administre? Parquoi donc je dirai derechef, et dirai vrai , Très- Saint-Père , que par lesdites deux prémisses, est conclu en vrai syllogisme que tu es serf et serviteur de l'empereur. Qui est celui, Très-

Saint-Père, ayant le cœur net, zélant Thonneurdela religion divine, qui puisse endurer et ouïr dire que le vicaire de Dieu vivant et immortel représente et soit vicaire de Thomme mortel? Nous lisons en l'Évangile que, lorsque Notre-Seigneur dit à ses disciples , que : c( qui n'avoit point de couteau, il falloit vendre sa robe et son manteau pour en acheter » , les disciples répondirent qu'ils en avoient deux, et lors il leur dit que c'étoit assez ; voulant par ce insinuer et signifier que l'Église avoit les deux glaives, temporel et spirituel. Je te demande , Très-Saint-Père , duquel des deux représentes-tu la Majesté impériale? Je ne puis aisément croire que le roi des Romains tombât en telle présomption, qu'il voulût ne osât maintenir que tu représentes sa Majesté impériale au moyen et pour raison du glaive spirituel de l'Église : vu qu'il est écrit que tu es mis et constitué , de par Dieu , sur les vivants, sur les rois et royaumes, pour, par ledit glaive spirituel, arracher, détruire et extirper , édifier et planter. Ce seroit autrement assujettir l'Église, et la mettre en captivité et servitude des hommes : laquelle a été toutefois chèrement rachetée par le précieux et salutaire prix, le corps du Sauveur et Rédempteur de tout le monde ; et , comme si les brebis menoient leur pasteur paître, ce seroit pervertir tout ordre naturel : ainsi seroit -il si

AU PAPE JULES n. 545

taSainteté, par le glaive spirituel, représentoit la Majesté impériale ; car, par toute raison naturelle, divine et humaine , il est nécessaire que le pasteur et celui qui nourrit, précède et soit plus grand que celui qui est repu et nourri. Parquoi, si le roi des Romains ne se vouloit exempter du nombre des brebis de Dieu , qui par lui furent commises et baillées à saint Pierre et à ses successeurs ( en lui disant : (r Pierre, repais mes ouailles» ), il est nécessaire qu'il s'humilie, et soit moindre que toi qui es le vicaire de Celui qui est le roi des rois ; si ce n'étoit qu'il se voulsît attribuer quelque divinité, comme firent aucuns des premiers empereurs , desquels récitent Suétone et autres, qui se disoient et faisoient aorer comme Dieux; et que, par ce moyen, il dit que tu représentasses sa Majesté impériale. Et pour ce que je parle en la présence de ceux qui peuvent discerner, savent et entendent toutes les lois, constitutions divines et humaines , je ne le tirerai point plus avant, et n'insisterai point comme à chose superflue, pour vouloir conforter ce qui est évident et notoire, de peur qu'il ne semblât que je voulsisse porter ( comme l'on disoit en commun proverbe grec) les chevêches à Athènes.

Toutefois je dirai par permission ce que s'ensuit : si le compagnon, comme l'on dit communément (et à la vérité, il est ainsi), n'îï

5^4 REMOIMTRAWCEâ

point de puissance ne d autorité de commander à son compagnon et à son semblable, quel pouvoir ne autorité donc aura le vicaire sur celui qui la fait vicaire , et sous et au nom duquel il exerce son vicariat? il est certain qu'il n'y en a point , par la raison non plus que le serviteur sur son maître. Pourquoi donc, Très-Saint-Père, si tu représentois, en usant du pouvoir de ton glaive spirituel, la Majesté impériale , de quelle autorité ou puissance, Anastase second, ton prédécesseur, auroil-il pu excommunier Anastase l'empereur? Grégoire troisième, pape, priva Léon empereur, troisième de ce nom, de son empire et de la communion des chrétiens ; Grégoire septième par deux fois anathématisa Henri l'empereur , en le spoliant et destituant de son empire. 11 n'est point de besoin de réciter et mettre en avant ce que Alexandre troisième , Honoré troisième, Grégoire neuvième et Innocent quart, papes, tes prédécesseurs, firent à l'encontre des empereurs Frédéric, lesquels ils privèrent de leur empire et déchassèrent de la communion de l'Église catholique : il est certain qu'ils le firent, non comme représentant la majesté humaine et la personne impériale, mais la majesté divine de Celui qui peut les vivants mètre à mort et perdition , et iceux par après ressusciter et faire vivre ; qui peut frapper et donner la plaie mortelle, et icelle incontinent

restituer et mettre à guérison. En outre, Très- Saint-Père, y a-t-il pas plusieurs royaumes chrétiens, comme France, Espagne, Angleterre, et autres qui te révèrent et honorent comme vicaire de Dieu , et se prosternent par humilité à. tes pieds en signe d'obéissance et sujétion; lesquels toutefois n'ont rien commun ne à démêler avec l'empereur, et ne le reconnoissent point seigneur , mais ne tiennent rien de lui? et peux être assuré, Très- Saint-Père, qu'ils ne te feroient ladite obéissance si tu représentois sa Majesté impériale. A Dieu ne plaise, à Dieu ne plaise, Très-Saint- Père , que la grandeur et l'amplitude de ta puissance, la sublimité aussi et hauteur de ta dignité soit tant ravalée et amoindrie, que lureprésenteslamajestédel'empereurhumain, et non pas de Celui qui dit que tous les cieux et la terre et toutes choses créées sont à lui et lui appartiennent! Parquoi, Très-Saint-Père, puisque le roi des Romains dit que tu représentes sa Majesté impériale, et qu'il est évident et notoire que ce n'est pas par ton glaive spirituel, il reste donc et est nécessaire que ce soit par le glaive temporel, et que tu sois comme un vicaire temporel représentant sa Majesté impériale. Et parce que tu pour rois avoir oublié ce que je t'ai dit, je te prie, comme bon ratiocinateur , logicien ou dialecticien, réduis à mémoire les deux prémisses devant dites

et d'icelles fais la conclusion qui s'en ensuit? La première prémisse étoit que les terres et seigneuries que rÉglise possède et tient de pré-, sentsontet appartiennent au roi des Romains; la seconde, que ta Sainteté et le Saint-Collége représentent en terre sa Majesté impériale. J ai crainte et horreur merveilleuse de conclure et dire ce que s'ensuit desdites prémisses : il est à douter que la venue du roi des Romains en Italie n'en fasse la conclusion et démonstration. Mais avant que mon oraison , Très- Saint-Père, passe outre et tire ailleurs, il me souvient d'un commun proverbe que j'avois par oubliance laissé derrière, et ne m'en souvenoit, que je veuil toutefois réciter et dire : c'est à savoir qu'un chacun mesure et juge les affections et volontés d'autrui par les siennespropres, et tellement, que s'il est transporté par fureur ou extraordinaire passion à quelque chose, il lui semble que tous les autres le sont comme lui. Quand le roi des Romains , Très-Saint-Père, t'a écrit que le roi Très-Chrétien n'avoit pour autre raison assemblé ses gens d'armes et fait son armée, que pou r , à tort et sans cause, te courir sus ett'opprimer ; pour toute confirmation de sa feinte et controuvée invention, n'a mis autre chose en avant, fors qu'ildisoit que ledit roi Très-Chrétien en avoit le vouloir, qu'il eût exécuté , vu la puissance qu'il avoit lor^, n'eût été la peur qu'il a eue de sa

venue en Italie ; et, combien que j'aie auparavant assez répondu à la maigre et puérile fiction , toutefois, Très-Saint-Père, je demanderois volontiers au roi des Romains quelle conjecture, apparence et démonstration a-t-il , pour connoître et juger que le roi Très-Chrétien ait eu le vouloir si mauvais et tel comme il a écrit. Il est certain que nul homme vivant, tant soitil clairvoyant et savant, et non-seulement les hommes, mais les esprits diaboliques, qui, par création et longue expérience et connoissance, excellent et les précèdent, ne peuvent parveniràconnoître le vouloir etlapensée intérieure de l'homme : Dieu seul y pénètre comme en sa créature, par vraie et entière connoissance. 11 n'est pas créable que ledit roi des Romains voulut dire que Dieu lui ait dit et révélé telle fiction et controuvée invention , attendu qu'il est écrit que, en la parole de Dieu, comme étant véritable, ne se trouva oncmenterie ; car il est non-seulement la vraie vérité , mais est par excellence par-dessus toute vérité.

Il reste donc de deux choses l'une : ou que quelque esprit familier ou diabolique le lui ait révélé (qui n'est pas à présumer et doit être loin d'un roi catholique craignant et aimant Dieu), ou qu'il ait fait le jugement et ait présumé de la volonté et affection du roi Très-Chrétien , par sa propre , naturelle et intrinsèque affection et volonté. Et en ce faisant,

Très-5aiflt-Père , le roi des Romains qui, ensuivant ledit proverbe commun , jufje des mœurs, conditions et vouloir d'autrui par la sienne , te fait asa voir sa volonté , et te donne à connoître, et à chacun, (jue s'il eut eu le pouvoir et autres choses nécessaires pour exécuter le crime exécrable qu'il a controuvé et dont il a accusé le roi Très-Chrétien ( attendu qu'il n'a cause ni raison d'ailleurs pour mesurer et ju(;er la volonté dudit roi Très- Chrétien, que par la sienne propre), que facilement il eût mis la main à la pâte pour exécuter ce qu'il a fait et controuvé d'autrui. Et pour confirmation de ce, se trouvent souvent plusieurs {jens , Très-Saint -Pèn^ , lesquels, après qu'ils ont conçu et délibéré vouloir perpétrer et commettre aucun crime et délit, avant que Texécuter, et pour montrer qu'ils n'y pensèrent jamais ne ne voudroient penser, pour par feinte et controuvée accusation courir et parvenir à leurs fins, blâment et accusent autrui de ce qu'ils désirent et ont vouloir eux-mêmes d'exécuter. Parquoi, Très- Saint-Père, et vous, Messeigneurs révérendissimes, (attendu que, parce qu'il a été ci-devant dit, il appert que la volonté du roi Très-Chrétien est aussi loin de ce que le roi des Romains a fait et controuvé de lui , comme la lumière est différente des ténèbres), que t'a-t-il voulu faire asavoir et signifier par ce

qu'il t'a écrit, sinon que, par le courage qu'il maintenoit être au roi Très-Chrétien, te publier et déclarer le bon vouloir qu'il a envers toi, et te manifester sa venue en Italie être au préjudice, dommage, et à la ruine de ta Sainteté et de l'Église? Toutefois, tu ne te dois pourtant ébahir; car, s'il présume vouloir perpétrer l'exécrable crime et délit dont il a voulu accuser ton fils, le roi Très-Chrétien, et s'il s'efforce d'opprimer et faire violence à l'Eglise sa mère, en lui ôtant de son cou ses atours, chaînes et joyaux, en la voulant spolier et priver de ses terres et seigneuries, tu peux être assuré (jue le roi Très-Chrétien, ton fils, ne te faudra et n'abandonnera jamais sa mère l'Église ne le saint -siège apostolique, desquels il est naturel, propre, et comme né garde et défenseur. Très-Saint- Père, et vous, Messeigneurs révérendissimes, en voulant mener à la retraite et faire fin à mon oraison, il est assez et trop plus que notoire à un chacun qu'il n'y a rien au-devant et à la tête du scorpion qu'il soit à craindre, mais au derrière et à la queue, de laquelle il poind et jette son venin. Le roi des Romains, par ses feintes et controuvées inventions, fait grande levée de boucliers, et s'efforce par tous moyens te mettre en soupçon et crainte de ton fils , le roi Très-Chrétien , lequel tu dois aussi peu craindre que le devant et la tête du

35o REMONTRANCES

scorpion , qui a son regard en France , dont ne te vient point de mal ; mais le derrière et la queue , dont procède la poincture venimeuse et mortelle à son regard en Septentrion. Quel mal te peut de ce quartier venir, Dieu le connoît, qui par sa grâce t'en veuille préserver et garder ! Il n'étoit point de besoin que le roi des Romains controuviit telles inventions, pour donner lustre et couverture à sa venue en Italie, qui semble, de prime-face et par apparence extérieure, être au bien de ta Sainteté et de l'Église , combien que les paroles qu'il a dites aux ambassadeurs du roi Très- Chrétien , et celles que naguères son ambassadeur lui a portées, démontrent et font apparoir du contraire, et que la queue du scorpion tire ailleurs. Et semble que , comme l'on a accoutumé de dire de ceux dont l'effet est autre que les paroles , et lesquels sous ombre du bien font^u mal, que le roi des Romains te présente et montre en une main du pain , mais si tu regardes en l'autre , tu y trouveras la pierre : qui vaut autant dire que, combien qu'il t'ait écrit et donné belles paroles que sa venue en Italie n'étoit que pour te secourir et garder et pour le bien de l'Église, donne-toi garde du derrière delà queue du scorpion ;car, quand il y sera, tu trouveras lors en l'autre main, au lieu de pain qu'il t'a montré , une pierre qui te sera dure à porter et difficile à digérer.

Le cas te touche : tu es sage , prudent et clairvoyant pour présumer, imaginer et regarder toutes les tribulations et tempêtes qui sont prochaines , et te peuvent nuire et toucher; aussi, pour obvier et pourvoir qu'ils n'adviennent, et pour aussi éteindre l'étincellon et la naissance de la llambe qui pourroit allumer un feu inextinguible ; lors ne sera-t-il pas temps d'y pourvoir, quand tu en seras environné, et que les dangers seront percrus et augmentés, auxquels pour néant voudras remédier. Ce que le roi Très-Chrétien , ton fils , te fait présentement signifier par ses ambassadeurs , ce n'est que pour s'acquitter de la foi et amour qu'il a envers toi; à quoi tu ne te dois endormir, Très-Saint-Père : mais, comme le chasseur suit le vieil et sage chien quand il aboie, ainsi tu dois regarder et considérer ce que le vieil chien de l'Église commis à la garde d'icelle , le roi Très-Chrétien, te fait dire et remontrer. Et prends ce que l'on te dit, comme chose certaine et comme si elle étoit dite par prophétie ou révélation. Tu n'as pas encore expérimenté de quel effet et issue sont les controuvces inventions du roi des Romains , et tu ne sais là où elles tirent et tendent? Ne pense point que sa venue en Itahe soit telle comme il feint , et comme celle des autres qui y sont par ci-devant venus? Il désire et veut parvenir à autre plus grand'chose qu'il ne te

montre, et, pour ce faire, il n'est rien qu'il ne te promette. Tu es sage, et n'ajouteras foi à ses douces paroles ; et te souvienne que le venin adouci et emmiellé se prend plus aisément et en plus grande abondance , et , combien que au goût il soit plaisant à prendre, pour la douceur et emmiellure qui y est mêlée, après, toutefois, qu'il est dans l'estomac, il pénètre incontinent jusques au cœur, et par toutes les veines, où il fait son opération dont la mort s'en ensuit. Très-Saint- Père, tu sais assez que l'on dit communément que les choses passées sont les vrais et sûrs conseillers des choses à venir, et conseillent sans affection. Tu es prudent et sage , et sauras bien peser, juger et balancer, par ce qui est passé, ce qui te peut advenir, en mettant devant tes yeux les maux et vexations que tes prédécesseurs ont autrefois et souvent endurés, les causes pour quoi et par qui, les remèdes et secours qu'ils ont eus, et par qui; et lors pourras plus facilement pourvoir à tes affaires pour l'avenir. Tu vois donc et connois évidemment que les controuvées inventions du roi des Romains n'ont point d'apparence ni de subsistance, et s'en vont en fumée; et qu'autre cause et raison le mène et tire en Italie , que celle qu'il a feinte et controuvée. Et quelque chose qu'il ait voulu, par ses captieuses et caûtes inventions , dire du roi Très-

Chrétien, il y a aussi peu d'apparence comme qui voudroit arguer et accuser Hercules de couardise et lâcheté. Ce que nous espérons d abondant plus clairement te montrer, s'il te plaît ouïr et entendre ce que le roi Très-Chrétien a fait en Italie durant le temps qu'il y a

Nous t'avonsdit, et la vérité est telle, que, les Genevois réduits en l'obéissance du roi Très- Chrétien , il a incontinent rompu son armée et renvoyé ses gens d'armes, qui fait assezà entendre etdonner àconnoître qu'il ne lesavoit assemblés, ne mis sus son armée, que pour ladite cause ; il te plaira, Très-Saint-Père, ouïr ce que depuis est advenu , et ce que le roi a fait en Italie, à oe que de plus en plus tu puisses juger de l'intention et volonté du roi Très -Chrétien, lequel, lesdits Genevois vaincus, a par trois mois entiers été tant en sa ville et cité de Gênes qu'en la duché de Milan, tant en pourvoyant et donnant ordre à ses affaires, que aussi (pour dire la vérité ) en se récréant et prenant son plaisir en joutes, tournois, banquets et ailleurs, qui n'est pas signe d'homme ayant le vouloir à faire nouvelletés ne le cœur à te faire la guerre. Et qu'il soit vrai, après la victoire qu'il plut à Dieu lui donner à rencontre desdits Genevois , il t'envoya incontinent, comme à son père , son ambassadeur pour te communiquer et t'avertir, comme l'on

554 RKMOtNTRANCRS

a accoutume faire à ses î;nuuls et meilleurs amis, de ladite victoire et prospérité; et de ce , taSainteté se montra être très-joyeuse, et voulant de sa part par effet montrer Tamour et affection paternelle n'être moindre envers lui , envoya monseigneur le cardinal de Sainte- Praxède, l'un des premiers etplusanciens de ce Saint-Collége, légat devers ledit seigneur, pour, entre autresclioses, lecongratulerde ladite victoire et prospérité. Je suis très-joyeux ([u'il soit ici présent pour être témoin de ce que je dirai. 11 esta toi ; tu Tas envoyé ; tu ajouteras foi à ce qu'il te dira. Je te prie , demandelui en quel pompe et honneur, pour la révérence et dévotion que le roi Très-Chrétien a à ta Sainteté et à ce Saint-Collége, il a été reçu par sa Majesté? Qu'il te dise les douces et joyeuses paroles, pleines et indicatives d'amour et de bénévolence à ta Sainteté, que ledit seigneur lui a dites de toi , en devisant et parlant des affaires dont il avoit charge par ta Sainteté? Je te prie, interroge-le bien diligemment de quel estomac, cœur , affection , amour, foi et dévotion, il a connu sa Majesté envers ta Sainteté ?

Et spécialement n'oublie pas à savoir de lui s'il a trouvé ou aperçu la moindre scintille et apparence de ce que le roi des Romains t'a récrit et rapporté de lui. 11 est sage , prudent et très-expérimenté à telles choses, et n'est point

pour se laisser paître de paroles et passer la plume par le bec : qu'il te récite et rapporte entièrement ce qu'il a vu et connu? En outre, (|uand les deux rois Très-Chrétien et Catholique, par entier et parfait amour et vouloir, se sont trouvés et vus à Savone , il a été appelé à leurs principaux et plus secrets conseils; esquels, en quel honneur et saintimonie l'on a parlé de ta Sainteté, et en quelle affection envers icelle il les a trouvés tous deux , je me déporte de le dire : de lui le pourras-tu savoir. Interroge-l'en sur ce diligemment. Le roi Très- Chrétien donc, depuis son entrée en Italie j usquesaupartirde Savone, se trouve pur et net, et ne sauroit-on aucune chose lui imputer. Qui est celui, tant soit pervers et de mauvais vouloir, qui le puisse, par quelque indice ou apparence que ce soit, noter qu'il se soit changé ou ait varié le vouloir et affection envers ta Sainteté? Quelle cause ni raison donc y a-t-il qu'il tait voulu déjeter de ton très-saint siège, comme le roi des Romains a voulu dire et l'a accusé ?

Je ne te parle, Très -Saint- Père, que du temps seulement que le roi Très-Chrétien a été en Itahe, duquel l'accuse le roi des Romains; car, s'il vouloit dire que, auparavant que ledit roi Très-Chrétien passât les monts, il étoit en pareil vouloir à l'encontre de toi , et tel comme depuis il a feint et controuvé ,

quand il fa écrit «luil te vouloit déposer et Ler de ton siège : tes brefs , (lue de Rolorne tu lui écrivis et lesciuels il garde en son trésor . assez témoignent le contraire , et testifient évidemment quelle foi , amour et benévolence tu avoislors à sa Majesté : parquoi, ie t'ai seulement parlé et décbiffre par le menu le temps qu'il a été en Italie, et ce qu'il y a foit; et pour continuer , le roi 1 res- Chrétien, partant de Savoie et voulant s en retourner en France , averti «lue le roi t es Romains avoit sen.é au jardin de France les épines pour cuidcr éteindre et ùûve per.r la rloireet lleur du noble lis ; combien qu d ne se défuU point de la prudence et constance de ta Sainteté et du Saint-CoUége, bien que sacbant que les vieils chênes ne s'ébranlent pas tacilement par les vents , et fussent-ils boréaux , ou aquilonnaires et très-impétueux ; toutefois a voulu t'envoyer ses ambassadeurs pour te témoigner ce que t'avons dit et dirons c-

après.

Vienne maintenant et sorte en place marchande le roi des Romains, l'inventeur et auteu r

desdits crimes et imposts , en disant qu'il veut venir en Italie pour défendre ta Sainteté , et te garder, et le Saint-Collége, de l'oppression et injure du roi Très-Chrétien ! Qui est celui qui, en Voyant, se pourra tenir de rire, connoissant ce que dessus et ce que nous

AU PAPE JULKS 11. 557

avons dit, qu'il ne se moque de tels offres impudentes, téméraires et sans propos, et qu'il ne dise que celui qui se vante de te vouloir défendre contre le roi Très-Chrétien qu'il ne te fasse oppression et injure, est bien à déloisir et n'entreprend pas char^je qui lui soit dangereuse ne difficile à exécuter pour autant qu'il prend à partie ledit roi Très-Chrétien qui est lui-même commis à ta garde et protection, et qui a toujours mis et met encore de présent tous ses efforts pour obvier et résister aux entreprises de ceux qui de long-temps ont persécuté tes prédécesseurs et le Saint-Siège, et qui, sous ombre de le défendre, ne quièrent que moyens et occasion de faire le semblable? Qui est celui qui se gardera de rire de voir le fils accusé de parricide par celui qui est son ennemi mortel, et qui guères ou point n'aime le père , ains lui est très-suspect? Est-il plus grande moquerie que de voir entre le père et le fils mutuelle, parfaite et correspondante amour, et, (fe nonobstant, que le fils soit accusé par autrui envers son père de crime dont il ne se plaint ne n'a occasion de se plaindre , et lequel connoît le contraire être la vérité ; et , qui pis est , accusé par celui qui , pour cuider faire un profit particulier , ne fait autre chose jour et nuit que songer et penser comme il pourra mettre quelque division et discord

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entre le père et le fils, sachant qu'il ne peut autrement parvenir à ses fins? Et si d'aventure ils'oflFre volontairement, sans être reijuis. Il vouloir secourir le père, en lui faisant accroire que son fils lui veut courir sus (où l'on connoît toutefois évidemment que, entre le père et le fils , n'y a autre combat que ([ui s'efforcera faire plus de plaisir l'un à l'autre) ; qui est celui qui ne ju(;e ledit discours être suspect, procéder de mal engin, et non sans cause, car le commun proverbe dit que la marchandise qui quiert et va au-devant de l'aciieteur est suspecte et est à présumer qu'elle ne vaut fjuères.

En voulant, Très-Saint-Père, venir à la conclusion et fin de mon oraison , il me vient à mémoire le proverbe de Lysander de Lacédénione , qui étoit que : « Où la peau du lion ne pQuvoit parvenir, il y fal loi t ajouter et coudre la peau du renard; » qui vaut autant à direque : (( Où par la force Ton ne peut, il faut, par art, astuce et malice, essayer à parvenir à ses fins. » Le roi des Romains l'a voulu ensuivre, lequel voyant par plusieurs années que sa force et guerre ouverte ne lui avoient de guères profité, maintenant, par captieuses et vulpines fictions, s'est efforcé et essayé ourdir une toile, en laquelle il a cuidé envelopper le roi Très-Chrétien. Et en considérant les lettres qu'il t'a écrites de lui , il me souvient de ce que récite

Daniel, le prophète, de la quatrième bète qu'il vit en vision et révélation, laquelle étoit plus épouvantable que les trois précédentes qu'il avoit vues, et laquelle avoit les dents de fer , qui froissoit et mettoit en pièces tous les royaumes : tout ainsi le roi des Romains a feint et figuré , par sesdites lettres qu'il t'a écrites, un monstre et une chimère avant deux cornes, dont de l'une d'icelles il assailloil l'empire d'Italie, de l'autre le papat; lîiquelle chimère confondoit tout droit divin , naturel elhumain : le divin, en voulant à soi appliquer ce qui est à Dieu et à l'Église ; le naturel, voulant courir sus et guerroyer son père; humain, en usurpant ce qui étoit de ses voisins et étrangers; et toutefois, en ce faisant, ne se pou voit saouler. Cette chimère et monstre , le roi des Romains avoit habillée d'habillements rovaux de France, portant la fleur-de-hs : toutefois, Très-Saint-Père, quand nous avons de près regardé ladite chimère, et que lui avons ôté sa couverture et ses habillements feints et empruntésetque l'avons réduiteà son naturel, nous avons trouvé le roi des Ptomains être en embûche et caché sous iceux, et t'avons montré comme il s'efforçoit et se cuidoit transformer et transfigurer par habillements (car son naturel est immuable), en se cuidant montrer l'ange garde et protecteur de l'ÉgUse. Nous t'avons aussi décrit son vouloir et intention qu'il

36o REMONTRANCES

t'avoit cuidé déguiser sous le nom du roi Trés- Clirétien; pareillement, deses deux prémisses, nous avons conclu sa sainte, religieuse et dévote intention envers Dieu et son Église. Il ne reste, Très-Saint-Père, de présent, autre chose fors que de t'admonester que tu te gardes des pleurs et larmes du crocodile, qui sont bien difTérentes et autres que cellesde ton fils. Ne te fie point à Taide et secours que t'offre le roi des Romains; mais de ton fils aîné, tu te peux assurer : lequel ne querelle et ne demande rien au douaire et patrimoine de TÉglise, que les martyrs ont acquis par leur sang, ains plutôt, où il a été tollu et usurpé, te l'a fait rendre et restituer à ses propres coûts et dépens ; et lequel aussi ne te répute ni son serf ni son vicaire; mais t'aime, honore et révère comme son père.

Et, combien que le roi des Romains, Très- Saint-Père, se soit vanté et ait assez fièrement et présomptueusement écrit qu'il se délibère, à sa venue en Italie , premièrement assaillir le roi Très-Chrétien en sa duché de Milan , il n'y a point d'occasion pourtant que doives t'ébahir ne que tu aies aucune crainte ou peur de ton fils; car, puisqu'il est acertainé et averti de ladite venue , tu peux être assuré qu'il lui apprête le banquet et appareil , tel qu'il appartient à un roi de recevoir et à un roi d'être reçu; et jaçoit ce qu'ils soient tous deux

puissants de gens de cœur et de noblesse, et soit leur force égale, toutefois le roi Très- Chrétien a la meilleure pièce de harnois d'avantage sur ledit roi des Romains , c'est à savoir la bonne, sainte et juste querelle, le cœur droit et non lyrannique, dont semble que ledit roi des Romains ne se veuille point armer, vu les paroles qu'il a dites et portées à quelqu'un des ambassadeurs dudit roi Très-Chrétien ; lequel, en devisant avec lui de sa venue en Italie et demandant comme il pourroit venir, vu les grands frais et dépenses qui sont nécessaires , lors lui répondit : que la guerre s'entretiendroit et se nourriroitde soi-même, et qu'il bailleroit l'Italie en proie et pillage à ses gens d'armes. Le roi des Romains ayant ce vouloir , qui est le prince ( et ne fût-il pas à beaucoup près à comparager à lui ) qui doit craindre de lui résister et l'empêcher comme ennemi commun de la chose publique? Crois certainement, Très-Saint-Père, que, quand le roi Très-Chrétien a été averti desdites paroles téméraires et présomptueuses, il en a été trèsdéplaisant, et délibère résister de tout son pouvoir aux efforts dudit roi des Romains , et obvier à la ruine et perdition de l'Italie; et, combien que la bonne et juste querelle ne puisse avoir peu de force (car Dieu toujours est assistant qui lui aide), le roi toutefois a jà si bien pourvu à son cas , et fait telle assem-

562 UEMONTKAWCES

blée de gens d armes, (lu'il lui sera trop plus facile (s'il veut) assaillir celui qui le nu niice , que d'être assailli ; non pas que ledit seiî;nenr ne soit prêt, eoninie vassal de rKnipire, à Toccasion de la duché de Milan , de lui faire tout honneur et plaisir, bailler aide et secours pour sa couronation, ce qu'il oIFre très-volontiers lui accorder, pourvu qu'il y vienne connue il appartient, et non par forme d'hostilité en voulant piller l'Italie et la bailler en proie , comme dit est. Et pource que ledit roi Très- Chrétien a fait son armée pour seulement et en intention de résister et obvier au très-mauvais et malin vouloir du roi des llomains, pour empêcher la pillerie et désolation de l'Italie, teffarder, et le Saint-Collège, d'oppression et injure, il proteste ici à Dieu, devant toi son vicaire, et le Saint-Colléfje, représentant TÉfflise triomphante et la majesté divine , et non impériale (comme il a dit) , que si le roi des Romains vient en Italie ayant le vouloir tyrannique et tel comme dessus, que , s'il s'en ensuit, comme il est vrai, semblable effusion de sang, destruction de villes , expillation et profanation d'églises, stupres, défloremens et autres maux ([ui suivent la guerre, que le roi Très- Chrétien en est très-dolent et déplaisant , et n'en est coupable. Et pource qu'il a toujours eu soin singulier, non-seulement à garder et défienike l'honneur et la dignité del'Église, mais,

AU PAPE JULES If. 565

par imitation de ses prédécesseurs, l'a de tout son pouvoir accrue et augmentée; à cette cause, s'iladvenoit que ledit roi des Romains voulsit, Très-Saint-Père, aucune chose attenter ou entreprendre témérairementcontrele saint-siége apostolique, ta Sainteté ou le Saint-Collége, et, par quelque couleur ou occasion que ce soit, mettre les mains et usurper le patrimoine et douaire de l'Église, ledit roi Très-Chrétien sera toujours prêt et appareillé , non pas pour en faire la vengeance après le pernicieux et damné exploit (que Dieu ne veuille!), mais pour se mettre au devant, pour être l'écu , le mur et le propulsateur de l'ennemi de l'Église; et généralement tout ceque ledit roi Très-Chrétien eonnoîtra être et profiter au bien d'icelle, repos , union et tranquillité de la chrétienté , à lasùreté aussi de taSaintetéetdu Saint-Collége, il y pourvoira et donnera ordre : de sorte que, si le roi des Romains s'efforce aucune chose y entreprendre, ou qu'il veuille s'approprier et attribuer ce qui est de l'Église, à l'aide de Dieu qui défend son épouse, et par l'intercession de saint Pierre et de saint Paul au sang desquels elle est fondée et assurée, en lieu d'honneur et profit, il en rapportera honte et dommage. Et pource que, entre les princes chrétiens, le royaume de France s'attribue par propriété, et lui est singulier, propre etpéculier, de garder et défendre l'Église et saint-siége aposto-

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