‹ Chroniques [microforme]Chapitre 64 sur 83 · LL · texte numérisé non relu

LL

Avant de vouloir mourir, sache donc au moins ce que c'est que de vivre. ÆEmbrasse un instant l'immensité des choses de cet univers qui toutes se rattachent à l’homme ; vois ce que tu quittes en quittant la vie, et reporte ensuite ta pensée sur l’objet misérable qui égarait ta raison; tu rougiras de ta faiblesse, Ecoute! tu as vingt ans et tu as -connu le bonheur; il est donc possible pour toi! Ton cœur s’est brisé; mais lorsque tu étais heureux, tu ne concevais pes que ton bonheur pôût finir. Aujourd'hui, tu souffres, et tu ne veux pas croire que ta souffrance cessera. L'homme -étant le jouet des évènemens, l'espoir seul peut le rendre heureux. Avant d’y renoncer, demande-toi donc s’il est des choses éternelles ici-bas, et si la cause de ton malheur ‘présent ne sera pas celle de ton bonheur futur.

Tu désires ce qui est éternel. Eh bien! vis pour savoir que tes affections ne le sont point. Vis pour souffrir, puisque c’est là ta condition; plus tard tu trouveras que la souffrance est un bien. Si l’homme était fait pour être heureux, il croupirait dans l’oisiveté et laisserait la fortune se charger de son bonheur ; tout végéterait et l’existence elle même perdrait de son prix à cause du peu de cas qu'on en ferait. Le bonheur qu’on ne peut apprécier lasse et tourmente ; maig le bien qu'on sait tirer, même de ses maux, est ce qui fait le mérite, la force et la consolation du sage.

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