JANVIER
Etre seul près d’un feu qui rayonne et pâlit tour-à-tour, par une de ces nuits d'hiver où les rafales du vent font crier les toits et gonflent les cheminées de bruits qui courent dans tous les sens; quand l’ombre des arbres, luttant avec le froid et monotone éclat de la lune, s'étend sur la neige comme un crêpe sur un front de vierge, est-il rien dans la vie qui approche de cette jouissance que l’on concentre et que l’on réchauffe pour ainsi dire autour de soi? Est-il une heure comparable pour la rêverie, les tranquilles retours
sable, vers les tourmentes du passé, la douce fréquentation de tant epuis de fantômes chéris qui reprennent un instant leur forme sont réelle pour inonder l'âme avide de se retrouver et de se lan rajeunir par l'illusion ?
cœur ” Veiller aussi tard qu'on le peut, étendre les longues soi- "6 au rées d'hiver jusque bien avant dans la nuit et se levr it de ensuite avec le jour, c’est un moyen de prolonger la vie, de udra fixer quelques minutes son éclair rapide. D’autres diront perai que c’est le plus sûr moyen de l’abréger: ils se trompent.
On vit double, on vit triple durant ces longues et cependant fugitives heures que l’on donne à la méditation, à la revue silencieuse des années envolées, au bienfaisant espoir de revivre plus tard dans un monde sans regrets et sans alarmes.
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Pour échapper aux misères qui nous entourent, à la certitude désolante que tout est faux, périssable, qu’il n’est rien, rien sur lequel on puisse fonder une assurance absolue, sans faire une large part aux défaillances humaines et à l’égoïsme d'autrui qui est l’écueil de toute confiance, il n’y a qu’un remède, se plonger dans l'idéal et créer par la pensée une existence en dehors de toutes les atteintes.
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Lorsque je m’abandonne ainsi à cette divinité familière qu’on appelle la réflexion et qui m'attend toujours, patiente comme une veilleuse, dans quelque coin de ma chambre s0litaire, il est une chose qui me frappe souvent, c’est l’impossibilité de la mort. Pourquoi la même pensée revientelle toujours, sous une forme presque réelle, comme un ami qui me parle pour me rassurer ? je ne l'explique pas, si ce n’est que rien ne peut me contenter de ce que je vois, de ce que j'ai et de ce qui me charme un jour pour me laisser le lendemain le dégoût ou le regret,
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La mort, comme toutes les choses de ce monde, est relative. On est dissous, on cost disséminé, pulvérisé, mais on reste quelque chose. Il n'y a pas une petite parcelle de cadavre qui ne se trouve un jour, sous une forme ou sous une autre, mêlée à d’autres objets. Etre quelque chose indéfiniment, toujours, faire partie d'une multitude d’existences futures qui, à leur tour, .se transformeront, se mêleront, voilà pour le corps. Quant à l'âme, qui est entièrement séparée de son enveloppe, quoiqu’on er dise, elle reste immortelle, invariable dans son essence. Elle embellit, se spiritualise, se purifie de plus en plus, mais ne change pas.
KL K
L'autre soir, comme je songeais, fatigué des mille agitations du jour, et cherchant en vain à fixer ma pensée sur quelque chose de saisissable, moitié assoupi, moitié rêveur, je me sentis comme emporté dans une atmosphère inconnue, et une voix d’outre-tombe, une voix de trépassé que je reconnus pour l'avoir entendue souvent, vint frapper mon oreille :
“ Tu ne mourras point, tu ne mourras jamais. Ton âme, étincelle divine, purifiée, flottera libre dans les cieux que tu ne fais qu'entrevoir. Ce qui pense ne peut être enfoui dans un tombeau, Tu seras toujours, parce que rien ne peut détruire ce qui est insaisissable, ce qui est à l'épreuve du temps. La poussière de ton corps seule ira se perdre dans la source sans fond, dans le creuset de la nature où tout se transforme, où la vie se renouvelle sans cesse en changeant d'aspect et de nom. Qu'étais-tu avant d’être un homme ? Quelque chose que tu ne connais pas, mais qui a existé, et qui s’est brisé, détruit, pour te don-
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