‹ Chroniques, Volume 40Chapitre 19 sur 52 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Comment ceux do pays de liëge envoyèrent de£Ber le comte de Chaipllois ; €t de ralliancbe que le roy de Franche print aux Liëgeoit.

Environ le mois d'aoust , Tan .dessusdit mil quatre cent soixante-cinq , ceux de la cité et pays de Liège , envers lesquels Loys , roy de Franche , au mois de juing devant passée avoit envoyé une grosse ambassade pour avoir allianche, et eux annuire au duc de Bourgogne et son fils ; laquelle ambassade prist auxdits Liégeois allianche^ par laquelle ceux de Liège promirent de mener guerre au duc et à son fils , avecq touts leurs amis et alliés^ et d'entrer es pays de firabant, deNamur et autres pays du duc, à forche d'armes et y bout- 1er le feu, et faire touts faits de guerre en dedans le jour Saint-Jacques et Saint-Christophe , l'an dessusdit soixante-cinq ; et moiennant ce , le roy leur debvoit envoyer deux cents hommes d'armes chacun à trois chevaux du moings , en dedans ledit jour; lesquels entreroient d'ung autre costé au pays de Haynault , à forche d'armes ; et avecq ce promit que le roy ne feroit paix au duc ni aux siens, sans leur congié , où qu'ils y fuissent comprins , avecq plusieurs autres choses qu'ils prévoient , dpnt ils baillièrent lettres scellées du scel du roy

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âc toutes lesquelles choses le duc lust adverti. Iceiles âllianches faites , environ le mois d'aoust, l'an dessusdit soixante-cinq, le vingt-deuziesme jour, comme le duc de Bourgogne mectoit le pied en l'estrier , en sa maison de Bruxelles , pour aller battre à la chasse , vint ung hérault de par ceux de Liège , qui lui apporta leltres par lesquelles ils deffioient le comte de CharoUois son fils , de feu et de sang, requiérant sur ce avoir response ; lequel n'oit autre response fors qu'il portast les lettres au comte. Le messagier retourna à Liège. Ceux de Liège renvoyèrent deffier la personne du duc et touts ses alliés , et vuidèrent en grand nombre et grande puissance de la cité; et enardant et gastant touls les pays du duc , allèrent mectre le siège devant la ville de Lembourg, Le duc de Bourgogne oyant et voyant la malle volonté de ceux de Liège , et sçachant l'allianche par eux prinse au roy de Franche , feit mectre subs gens d'armes pour résister à ses ennemis, et manda les ducs deClefveset de Gueldres, sesnepveux, le comte de Nausso (Nassau), le marquis de Ferrare, le comte de Hornes, le seigneur de Guasembecq,lebastard deBrabant, le séneschal de Haynault, messire Jehan de Reubemprè , grand bailli de Haynault , et plusieurs autres seigneurs, tant en Brabant, Haynault et Allemagne , sans les garnisons qu'il avoit mis en ses villes et fortresses de tout allenviron des pays de Liège; tous lesquels seigneurs dessusdits vindrent servir le duc en armes et bien accompagniés , et

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lui-mesme volt aller ^ Namur, à intention de combattre ceux de Liège, Quant ceux de Liège feurent advertis de Tarmée que le duc avoit , non cuidants que pour la grande armée que son fils avoit mené en Franche , qu'il en puist recouvrer de tant , et voyant que le roy n'javoit pas envoyé ses deux cents lanches en Haynault , comme il avoit promis, levèrent le siège et retournèrent en la ville de Liège.

Environ ce temps, la duchesse de Clefves, fille du comte de Neyers, qui plus d'enfant n'avoit , vint devers le duc de Bourgogne, en la ville de Bruxelles, où fust trois ou quatre jours ains (avant) que le duc volsist parlera elle. Letroi^iesme jour vint vers le duc y et se jetta à genoux, tendrement lui priant qu'il volsist avoir pitié de son père et d'elle ; car si son père estoit destruit et déshonoré, elle et ses enfants l'estoient, dont en avoit plusieurs du duc de Clefves, son mari, et par espécial trois fils ; disant encoires que tout le bien et honneur que elle et son père avoient, venoient de lui qui les avoit nourri, élevé et marié si hautement que chaçun scavoit et scait, comme à ses enfants. Le duc à ces mots se ratenrit, et lui churent les larmes des yeux; et dit à la dame telles paroUes ou en substance : « Voslre père recognoist et a mal recognu le bien » qu'il a eu en l!hostel de cheans ; je lui avois fait » dire qu'il se partist de Péronne et s'en allast en la » comté deNeversou de Relel, quisont à lui, et là » se tenist jusques à tant que j'aurois tant fait que

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» mon fils fiist content de loi; dontiln*a rien fait, » ains s'est armé contre monsieur de Berry et mon

fils , et a fait le pis qu'il a pu , et tenu mon héri- » taige de Péronne, de Mont-^Didier, de Roye, les » cuidant estre siens , ce qu'ils ne sont pas , sinon » pour certaines sonimes de deniers que je lui don- » nai , laquelle on lui a voullu rendre , mais il ne » l'a voullu prendre; je ne scais s'il cuide avoir » iceuxmeshéritaiges et autres grandes seigneuries » que j'ai; il ne les aura pas ; je lui en garderai bien » au plaisir de Dieu, » Et à ces mots laissa la dame. Trois ou quatre jours après le duc de Clefves, qui avoit laissié ses gens d'armes ès garnisons entour du pays de Liège , vint à Bruxelles , vers le duc son oncle , vers lequel n'avoit esté de lôingtemps paravant pour les divisions dessusdites, IjCdit duc de Bourgogne le receupt très honorablement et le festoia et feit grande chière ; et avecq les duchesses de Bourbon, deGueldres, de €lefves et autres dames le bienviengna.

Audit an soixante-cinq, au mois de juing, en la ville d'Arras, nescai si la constellation du temps le debvoit , mais plusieurs petits enfants , sur le grand marchié et par les rues, se crôisoient pour combattre l'ung contre l'autre, et crioient, Fung Bourgogne, l'autre Estampes, l'autre Croy ; et avoient tonneaux où ils bouttoient l'ung l'autre comme prisonniers, et ce comme par esbattement. Et ccwaame ilsfaisoientce, ung manouvrier nommé Jehan , en les regardant , boutta ung compagnon

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fiommé RcAinety vallet d'ung barlner, dont ledit Robinet print paroles àndit Jehan, et le desmentit; pourquoi icellui Jehan lui donna un coup de poing; lors tira ledit Robinet sa dague et le férit au front, duquel coup il mourut trois jours après. Pour lequel fait ledit Robinet fost banni de la ville d'Arras, et s'en alla en Flandres, dont il estoit. Ledit Robinet laissia sa femme povre ^ chargiëe de six enfant; car il n'avoit que sa labeur;

Âudit an eneoines^ le vingt et uniesme jour de juingi, enlavilled'ArraS, une femme mariée, nommée Jehenne Lénglesse, femme de Jehan Lenglé, attoumeresse et athemeresse des dames de nopces, fust mise sur ungdbar, lyée par les bras et par les espauUes contre une estacque, tellement qu'elle ne pooit couchier ni baisser, et fust menée par touts les carrefours de la ville d'Arras, un sien cousin avecq elle, iequel estait cordier, joueur de lutte aus: nopces ; et fust à chacun carrefour , bat-^ tu^ $ur sa chair nude par un bourel, et son cousin avecq , puis mei^ au grand marchié au pillory , et illecq bouttés leurs testes et mains èsceps, entre deux aisselles , ou ils feurent certaines heures publiquement, puis mis hors et bannys à toujours de ladite ville d'Arras ; et la cause fust pour ce que ladite Jehenisie fust trouvée avçcq son cousin sur les champs qui emportoîeût plusieurs biens de son mari , lequel ils avoient cuidé meurdrir. Icelle Jehenne, comme on disoit, estoit si abandonnée de son corps que rien plus ; et mesme alloit sou^

vent quérir son cousin estant couché avecq sa femme pour coucher avecq elle. J'ai mis ceste œuvre de justice par escript pour ce que de mesmpire d'homme on n'avoit veu pareille justice.

Environ ce temps y oit de cent à sixvingts-maisons ardses en la ville d'Ardres ; et fust la ville à moitié ardse ; et disoit-on que le feu y avoit esté bouté par compagnons que le chancelier de Franche y avoit envoyés , et qu'ils estoient douze ou quatorze qui se debvoient espandre par le pays du duc de Bourgogne , et boutter le feu ès bonnes villes s'ils pooient, lesquels ils bouttoientpar traicts, que ils tiroient es couvertures d'estoeuUe (paille), qui ne s'allumoit point qui ne fust ung jour après qu'ils estoient retirés; desquels compagnons aucuns feurent prins en la ville de Saint-Omer.

Audit an aussi, le septiesme jourde juillet, en ung villaige environ Béthune , nommé Bruay, lequel jour il estoit la chandeille et feste dudit lieu, et par ung jour de dimanche , ainsi que chacun estoit à l'église et y chantoit-on la grande messe , environ l'offertoire, chéit en ladite église ung coup de foudre et de tonnoire si terrible , qu'il occist un josnefils de vingt-deuxans d'âge, qui chantoit à l'estaplier, et deux enfants de dix-huit ans d*âge ou environ , et navra et brusla plusieurs sans mort, et entra par dedans le comble et feit un trou ès thieuUes (tuiles) et ralla yssir par ung autre le? audit comble. La dame de Bruay, josne dame, n'y estoit pas, et n'y fust pas parce que, comme s'en volt partir

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de son chastel pour aller à l'église , un fol innocent, qui <^emouroit avec elle, lui dit qu'elle n'y allast pas, et que si elle y alloit , il lui en viendroit mal; et estoit ce fol ung gentilhomme nommé. • . . , lequel estoit marrié et avoit plusieurs enfants ; V mais puis vingt ans avait eu tel accident de maladie, qu'il estoit tombé en innocence , et avoit gasté le sien , sans avoir fait de mal à personne , ne sans depuis avoir attouché à sadite fenmie ne à autres non plus que ung enfant. Il vint bien à la dame qu'elle n'y allast pas, car la foudre cbéit au siège où elle se séoit en l'église , et emporta une image de Saint-Martin , patron de leur église , l'espée de quoi il coppoit son mantel , et en plusieurs lieux de l'église se jetta et esgratinia les peintures.

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