‹ Chroniques, Volume 40Chapitre 34 sur 52 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

Conmicnt <seax da pays de lAé^ , et par espécial ceoi de la vHle de DjmaBt, romiHrent b paix par edt ftdte au duc de Bourgogne , et reoomnicBchèreiit la gnem ^ et aatrea ohoaes.

E» viKOK ce temps , ceux du pays de Liège , et par espécial ceux de la ville de Dynant^ en continuant en leurs foUes , non eux maintenant comme ils debvoient, et entretenant la paix faite ^ à leur prière; au duc de Bourgogne, laissèrent entrer eh ]a ville de Djnant plusieurs bannis du pays de Liège et autres qui ne demandoient que la guerre , lesquels commenchèrent du tout à mal faire ; et issirent de la ville de Dynant , et allèrent piller plusieurs villaiges, tant au pays de Brabant , Namur , comme autres paya du duc de Bourgogne, en violants églises et bouttants les feus en plusieurs lieux. Le duc y de ce adverti , manda à touts ses gens d'armes qu'ils fuissent au pays de Namur, le vingt-huictiesme jour de juillet , et feist le plus grand mandement et espécial qu'il peust. Etcomme la première semaine de juillet , le duc estant assis a table pour disner, au commenchement de son disner ne fust pas servi de tels mez comme il avoit accoustumé , si manda ceux qui avoient la charge de sa despense p et leur demanda se on le voulloit tenir en tutelle , et pourquoi on ne le avoit servi

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comme il avoit accoustumé ; auquel ils rçspondi rent qu'ils ne le avoient fait , fors pour ce que les médecins le aroient deffendu. Le duc en ce courroux, demanda aux aucuns seigneurs d'en tour lui si ses gens d'armes sè mectoient fors sus en ses pays; auquel on respondit que l'apparence estoit petite , et que les nobles et gens de guerre avoient l'année passée esté si mal payés , que chacun reculoit et doubtoit les fraix, et que qui voulloit avoir les compagnons de guerre , il falloit que les hommes d'armes et capitaines les remontassent et hahilliassent de touts poîncts , parce qu'ils estoient la pluspart devenus povres , et leurs habillements usés et desrompus. Ce oyant. le duc , par grande ire dit , qu'il ne avoil point tenu à lui, et qu'il en avoit tiré de 30ii thrésor deux cents mille couronnes d'or ; et tellement se troubla qu'il trébuscha la table et tout ce qui estoit dessus à terre , disant : « Quessei> ci , jamais ne croirai personne à payer mes gens » d'armes , que je ne les fasse payer moi-mesme ; » suis-je donc mis en oubli?» Et en ce disant, par ire et par courroux fust féru d'une maladie appelée apploplisie, et eut la bouche comme torse ; et fust en tel dangier que on cuida par deux ou trois fois qu'il deubt mourir; et ne sçavoit-on que en faire. Toutefois au bout de trois ou quatre jours il fust tout refait , et revint en santé , et rescripvit par toufsses pays, que chacun fust prest, sur la hart, A vérité dire, les gens d'armes, l'année passée, avoient esté mal payés, et ne avoient receuquele

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tierch de ce qu'ils avoient servi; et avecq ce , le comte de CharoUois les avoit durement traictiés ea les battant^ et menaçant de faire morir prestèment , dès qu'ils ne faisoient à sa vollonté. Et pour peu de chose , comme on disoit , le comte tua ung archier pour ce qu'il ne se tenoit pas bien en or- « donnance, et si n'estoient pas devant leurs ennemis. Pour telles chosés et moindres plusieurs en blessa et navra; et mesme férit plusieurs nobles hommes et hommes d'armes; et n'y avoit si grand homme ne archier qui ne le cremissent; et n'y avoit point tant d'amour que de crèvecœur*

Environ ce temps le comte de Charollois estant à Péronne, la gabelle de sel, laquelle il avoit mis jus à l'aller en son voyage de Franche > l'année devant à Péronné , Mont-Didier et Roye , et promis de le non jamais faire coeuillir , il remist sus; et mesme feit recoeuillir les arréraiges d'ung an, que ladite gabelle ne avoit point couru ; laquelle chose feit perdre au peuple espérance qu'ils avoient en lui; et par espécial il fust de tout mal de ceux desdites terres où la gabelle couroit. et par touts les pays racheptés.

Audit an soixaçte-six , le quinziesme jour de juillet, le seigneur de Rollepot,chevallieren l'eage de soixante ans ou plus , comme il estoit allé en ijng villaige nommé Frevent , emprès^Lucheu , où il estoit la feste , ung compagnon , lui sixiesme des compagnons de guerre , prit parolles aux gens dudit chevallier ; et commenchèrent à frapper

Tung sur l'autre. Ce voyant , ledit chevallier se frappa au moillou (milieu) et tua de sa propre main icellui qui avoit esmeu la noise ; et , que lui que ses gens, qui estoient douze ou quatorze, en navrèrent encoires des autres.

Audit an, le dertiier jour de juing, ung nommé Baudechon Boucquet , dit Buffardin , natif de Gouy en Artois, lequel , pauvre enfant et de petites gens , en son enfance servit messire Baude de Noyelle , chevallier , seigneur de Noyelle et dudit Gouy, portant Tordre du duc de Bourgogne et gouverneur de Péronne, tellement qu'il le feistson recepveur , et puis le maria en la ville de Péronne à une josne fille de la ville de Péronne , très riche, qui ne avoit que onze ou douze ans quant il leprist , et fust recepveur de Péronne, et estoit à ce jour très riche , agié de quarante ans ou environ , icellui Buffardin , revenant le jour de devant d'une nopce de Noyoa, et sa femme avecq lui , envoya sa femme par deux de ses frères couchier à l'hostel d'ung sien cousin germain, assés près de Péronne , à quatre ou cinq traicts d'arcq , et le lendemain, dernier jour de juing, rempli de l'ennemi d'enfer , envoya un sien frère dire à sa femme , qu'elle revenist à Péronne ; laquelle se partist de l'hostel de sondit cousin, elle et deux des frères dudit Buffardin et ung prestre ; et comme elle approcha Péronne , devant une abbaye nommée Biach , les frères dudit Buffardin lui dirent : « Lisse , confesse-toi , il te fault mourir ; et

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» se tu ne teatréges, tu mourras sans confession.» Laquelle priant merci , et voyant que merci ne valloit rien , parla au prestre en confesse ; puis lui frappèrent trois coups de dague en sa poitrine , et lui fendirent la teste , et ainsi la meurdrirent ; elle estoit etichainte, comme on disdit; puis la jetterent en ung puich, assés près d'illecq, que nul ne s'en perchent ; et s'en allèrent à Péronne et mena* chèrent le prestre de mort s'il en disoit rien. Ce meurdre fut celé seize jours y car il faisoit courir la voix que elle s'èn estoit allé avecq quelques hommes par le pays , en adultère ; ce que on créoit assés, parce qu!dUe avoit eu renommée, et encoires avoit, de se mal porter de son corps avecq lui ; et combien que son mari le sceut bien passé dix ou douze ans , si ne lui en feit oncques mal ; ains lui monstroit grand amottr jusqu'à cestuy jour. Or, advint-il, ainsi que Dieu le veut, et que tel meurdre ne se peut céler „ que aucuns bergers regardèrent au puich où ceste femme estoit ; si veirent quelque personne et allèrent dire à la justice de Péronne, laquelle y vint, et fust la femme thirée hors , et cogjiut-on que c'estcwlt la femme dudit BuSardin ; et tantost ledit BuffardÂn de ce adverti , lui et ses feères s'enffuireot hor* d» pays ; et combien que a^dit meurd):*e faire , je ne dis pas que ledit Buflferdin y fust, toutesfois les plusieurs discnent que ledit Buûardin y avoit esté et qu'il lui avc^t donné trois co^ps de dague et l'appelant fausse ribaude ; laquelle elle respondit^ que

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ce qu'elle avoit fait il en es toit cause. Icellui Buffardin n'estoit pas aimé au pays , parce qu'il avoit esté cause de remectre sups la gabelle du sel, et le avoit mis à prix et donné grands deniers , adfin qu'elle recourust.

Assés tost après il fust print en la ville de Noyon, et fust en grand dangier d'eslre exécuté ; mais il fust requis comme clercq; et depuis, par forche d'amis et de grands seigneurs à qui il avoit fait plaisir, et par espécial du seigneur de Crêvecœur, il eut sa remission et fust autant honoré que dessus , et oit ses offices et encoires autres, Icellui Buffardin avoit plusieurs enfants de sa femme.

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